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Interview
Yann Lambiel

«Le but du rire, c'est de faire du bien»

Yann Lambiel revient avec un nouveau spectacle, «Multiple», qu’il a créé dans une nouvelle philosophie de vie plus apaisée. Il nous parle de son rapport au temps, du rire, de sa famille, de ses multiples activités. Et de sa timidité. 

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Darrin Vanselow
10 février 2020

Yann Lambiel survolant les pavés de Morges (VD), où il habite.

Le Valaisan de 46 ans, originaire de Saxon, imite de nombreuses célébrités, surtout suisses, depuis plus de vingt ans. Le titre de son nouveau spectacle solo, «Multiple», que Yann Lambiel présentera dans toute la Suisse romande à partir du 27 février, résonne bien. Il s’applique aussi à nos vies ultra-remplies et pourrait qualifier son auteur, ancien plombier, étonnamment sérieux hors de scène. Et détendu, malgré la première imminente de son show.

Vous n’avez pas l’air stressé!

Je me réjouis, car je travaille sur «Multiple» depuis deux ans. Avant, il y avait des moments de création (apprendre par cœur!) que je n’aimais pas. Là, j’ai voulu que toutes les phases soient agréables.

Comment y êtes-vous parvenu?

J’ai anticipé. J’ai écrit bien en amont, j’ai appris le texte pendant trois semaines, donc pas dans la précipitation comme avant, ce qui m’a procuré beaucoup de plaisir. Je veux que ce soit pareil pour la suite. Car, avant, à la fin des représentations, je me disais: «Ouf, j’ai tout bien fait.» Mais j’aurais plutôt dû me dire: «J’ai passé un bon moment.»

Qu’est-ce qui a motivé cette nouvelle philosophie?

A mes débuts, je voulais faire le plus de choses possible. Je me disais toujours: «Vivement la première du spectacle.» Puis, le lendemain: «Vivement dans un an le prochain show.» C’était une course. Maintenant, je veux profiter de l’instant présent parce que le temps passe vite. C’est le parcours qui est important, pas le but. Même quand je rencontrais des journalistes, je voulais vite expédier l’interview pour tout de suite après me consacrer à autre chose. Il n’y a rien à faire vite, en réalité. Ma nouvelle façon de vivre fait beaucoup de bien, mais elle n’est pas facile à mettre en pratique!

Vous étiez hyperactif?

J’étais moins posé avant, et je m’ennuie très vite. Même si je me soigne! Je fais un peu de méditation, pour arrêter le cerveau de temps en temps.

«Mon travail, c’est un cataplasme, un sirop pour la toux!»

 

En parlant avec vous, je constate que vous n’êtes pas le même sur scène. Vous avez de multiples personnalités?

Je suis très introverti et timide en privé. Parfois, je n’ose pas entrer dans un bistrot parce qu’il y a du monde. Les personnes qui me connaissent dans le privé ont été surprises la première fois qu’elles m’ont vu sur scène, elles n’ont pas reconnu celui avec qui elles avaient bu un verre juste avant.

Vous vous forcez dans vos shows ou c’est naturel?

Je suis très à l’aise dans mon personnage public. Mais je dois faire attention à ce qu’il ne prenne pas le dessus sur Yann le papa et le mari, ce que je n’ai pas assez fait pendant des années. Pour cela, il faut nourrir l’homme privé en faisant d’autres choses afin qu’il ait la même intensité que l’artiste. Là, il va y avoir la période de promotion, je vais être très exposé, l’artiste va prendre le dessus, l’autre doit être prêt!

C’est étonnant ce que vous dites…

Il y a vraiment deux personnages différents. En plus, je porte des lentilles de contact sur scène, et dès que j’en sors, je remets mes lunettes, un peu comme Clark Kent, alias Superman! (Rires)

Que nous réserve votre nouveau spectacle, «Multiple»?

Il y aura 80 voix et 20 sujets différents: l’écologie, la place de la femme, les nouvelles technologies, le handicap ou les nouveaux chanteurs et humoristes romands, comme Nathanaël Rochat, Thomas Wiesel, Aliose, Phanee de Pool. Le spectacle parle du monde actuel et de la multitude de choses dans nos vies.

N’en avons-nous déjà pas trop? Trop d’activités, de loisirs…

Tout se multiplie en effet de façon hallucinante, il y a de plus en plus de spectacles, de news, de séries télé. Du coup, on doit faire le tri, et ça prend du temps. Moi-même, j’aime faire plein de choses: musique, danse, chant…

Votre spectacle sera d’ailleurs très musical.

Je serai accompagné d’un guitariste. J’ai besoin de musique, de pouvoir pousser la chansonnette, danser, faire le show!

Yann Lambiel, en tournée avec «Multiple». L'humoriste sera aussi à Morges-sous-Rire, le 9 avril, et Maxi-Rires (à Champéry), le 21 mai.

A quand un album?

Je prends des cours de chant depuis quelques années, cela m’a beaucoup aidé à améliorer ma voix. Mais je ne suis pas chanteur, ni musicien. Je suis un artiste de music-hall spécialisé dans l’imitation, un clown. Je peux chanter, jouer de la basse, de la guitare, du piano, mais je ne connais qu’un ou deux morceaux.

Après plus de vingt ans de carrière, vous sentez-vous dans une nouvelle phase professionnelle?

D’un côté, je sens l’expérience et, de l’autre, j’ai l’impression que je viens de commencer et que j’ai tout à faire. Ce qui est un peu bizarre, c’est quand on me considère comme une référence et qu’on me dit que j’ai toujours été là. Il y a aussi une génération qui me découvre.

Puisque ce qui est multiple vous tient à cœur, êtes-vous multitâche?

J’ai fait un apprentissage dans le bâtiment, je suis donc assez manuel. Je sais m’adapter un peu partout.

Etes-vous multilingue?

J’adorerais, mais je crois que ce n’est pas mon truc. L’année dernière, je suis parti trois mois à Londres, seul, sans connaître un mot d’anglais. Quand je suis revenu, Maxime, mon fils de 12 ans, m’a posé une question en anglais que je n’ai pas comprise! Quand j’étais petit, mes parents écoutaient de la musique française, aucun de mes copains ne parlait anglais et on n’apprenait pas cette langue à l’école. Aujourd’hui, mon fils a plusieurs camarades bilingues dans sa classe, il écoute de la musique anglo-saxonne.

Le rire a de multiples formes. Laquelle préférez-vous?

Le rire méchant me dérange, ce n’est pas mon truc. Le but du rire, c’est de faire du bien, pas du mal.

Le rire a de multiples fonctions?

C’est en tout cas un très bon antidépresseur. Les humoristes cartonnent partout, tout le monde a besoin de rire. C’est un peu comme la musique. Quand vous n’êtes pas très heureux, vous passez une chanson que vous aimez et vous allez mieux. Beaucoup de gens me disent que ma chronique du matin sur LFM leur fait du bien. Pareil pour mes spectacles. Mon travail, c’est un cataplasme, un sirop pour la toux!

Etes-vous intéressé par ce qui est multiculturel?

On a fait pas mal de voyages avec ma femme, et découvrir la culture anglaise était sympa. Mais un de mes défauts, c’est mon manque de curiosité.

Pourtant, vous vous intéressez à l’actualité!

Ce n’est pas être curieux. Heureusement, j’ai une épouse très curieuse et qui m’emmène voyager.

Votre fils est-il imitateur?

Non, mais parfois il me dit: «Ce gag-là n’est pas bien.» Il est bon musicien, il joue du saxophone. A son âge, je savais que je voulais être sous les projecteurs. J’étais fan de Cloclo, je voulais chanter et danser. J’ai appris la batterie, j’ai essayé de faire des chansons et des gags, mais ce n’était pas ça. J’ai eu le déclic en voyant un spectacle de Patrick Sébastien. Il y avait tout ce que j’aimais: l’émotion, le chant, la satire, les imitations.

Et aux fourneaux, avez-vous de multiples talents?

Je serais un excellent commis, car j’adore couper, peler et dresser, mais je ne suis pas doué pour la durée de cuisson ou le choix des assaisonnements, sauf si on m’explique ce qu’il faut faire.

Qui préférez-vous imiter?

Les nouveaux, comme Philippe Etchebest et Philippe Revaz. Ce dernier ne rit pas, mais il me fait rire. Et aussi Stan Wawrinka et Alexandre Jollien.

Ceux que vous aimez le moins imiter?

Si je n’aime pas les personnes, je ne les imite pas.

Qui est plus difficile à imiter?

Les meilleures imitations sont celles que je n’ai pas travaillées, qui sont venues toutes seules. Il y en a plein que je n’arrive pas à faire. Par exemple, Bastian Baker lorsqu’il parle.

Les personnes que vous imitez sont-elles parfois vexées?

Elles sont plutôt flattées. Et ça les fait rire. Elles trouvent toutes que je les imite moins bien que les autres célébrités!

Vous arrive-t-il de faire des imitations quand vous êtes en famille ou entre amis?

J’ai des copains imitateurs français qui le font tout le temps, mais pas moi.

Ces dernières années, pas mal de nouveaux humoristes sont arrivés, cela a-t-il provoqué une remise en question chez vous?

C’est assez fou le nombre d’humoristes qu’il y a actuellement en Suisse romande par rapport à la taille de la région. Ils font tous des choses assez différentes, c’est bien. Il y a une nouvelle façon de faire de l’humour, et aussi de communiquer grâce aux réseaux sociaux. C’est sûr qu’il ne faut pas que je m’endorme! Mais dans ma discipline il n’y a pas trop de concurrence, je ne fais pas la même chose que les autres.

Vous avez débuté comme plombier, quel regard portez-vous sur votre carrière?

Je pense que les choses doivent se faire comme elles doivent se faire. J’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Il y a des choix de carrière, évidemment. Mais j’ai l’impression que mon parcours était assez logique.

Aimeriez-vous tourner au cinéma ou dans des séries télé?

Je n’ai jamais vraiment été comédien. Mais si on me le propose, oui, ce serait une belle expérience.

Dates de la tournée «Multiple»

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