«Le côté obscur en moi m'intrigue» | Coopération
X

Recherches fréquentes

INTERVIEW
Paloma Faith

«Le côté obscur en moi m'intrigue»

Paloma Faith jongle entre trois carrières et son rôle de maman. A la manière d’une Lady Gaga, la Britannique d’origine espagnole panache compositions engagées et folies dansantes. Derrière le caméléon se dévoile un être humain en perpétuelle évolution.

TEXTE
16 novembre 2020

La chanteuse Paloma Faith (39 ans) est une pile d'énergie aussi bien dans la musique que dans la vie.

Paloma Faith est sur tous les fronts. L’exubérante chanteuse anglaise revient avec «Infinite Things», son album le plus introspectif. On la retrouvera aussi prochainement en méchante dans l’univers de Batman dans la deuxième saison de la série «Pennyworth» (sur Amazon Prime), qui met en scène les aventures d’Alfred, le futur majordome de Bruce Wayne, dans les années 1960.

Coach de «The Voice Kids» à la télévision britannique, elle s’apprête à donner naissance à son deuxième enfant. Elle nous parle franchement et avec une bonne dose d’humour des leçons qu’elle a tirées de la pandémie, des joies et difficultés de la maternité, du couple qu’elle forme avec l’artiste français Leyman Lahcine et de ses racines espagnoles.

«Pour vivre pleinement, il faut accepter l’échec»

Paloma Faith

Pourquoi avez-vous décidé de recommencer votre album pendant le confinement au printemps?

Parce que les chansons que j’avais ne me semblaient plus appropriées au vu de la situation. Le confinement m’a aussi fait réévaluer ma carrière. J’avais l’impression d’être en mode pilote automatique, de pondre des disques comme un McDonald’s musical! Je me suis souvenue de qui j’étais avant que ma créativité ne soit diluée par la pression d’avoir toujours l’air glamour. Cela m’a poussée à l’introspection et à retourner à l’essentiel. J’ai appris à produire de la musique chez moi et devenir plus autonome. Du coup, mes nouvelles chansons ont gagné en honnêteté et me représentent mieux.

Dans le clip de «Better Than This», vous évoquez l’état inquiétant du monde, de l’urgence climatique aux émeutes raciales. Comment pouvons-nous faire mieux?

On pourrait commencer par se débarrasser de Boris Johnson! (Rires) Je crois que le système actuel ne fonctionne plus. La pandémie a montré que l’économie n’est pas tout. On a besoin d’humilité, de bonté et d’esprit communautaire. Notre système encourage l’individualisme et non à faire preuve de considération envers les autres. On pourrait donc commencer à faire mieux en regardant plus loin que le bout de son nez!

Etes-vous de nature optimiste?

Oui, mais je suis aussi réaliste. On peut être optimiste par rapport à des choses que d’autres considèrent négatives. Par exemple, je crois que pour vivre pleinement, il faut accepter l’échec, la perte, la tristesse et le chaos autant que la joie, la beauté et le bonheur. Les deux côtés de la médaille sont aussi importants l’un que l’autre.

La maternité vous a-t-elle aussi forcée à devenir optimiste par rapport à l’avenir?

Non, parce que je l’ai toujours été. La chanson «Infinite Things» est une lettre d’amour à ma fille. Elle parle de ce que j’ai réalisé en la mettant au monde. Je pensais qu’avoir un bébé allait m’apporter une joie et un bonheur éternels. Mais j’ai aussi ressenti du chagrin, le sentiment de perdre mon identité, et de la déception (elle a souffert de dépression post-partum). En fin de compte, je dis à ma fille: «Tu sais quoi? Ces choses arrivent donc on peut compter l’une sur l’autre.» L’important n’est pas ce qui nous arrive dans la vie, c’est la manière dont on affronte ces épreuves.

Un nouveau disque et un deuxième bébé en route: vous ne faites pas les choses à moitié…

J’adore me compliquer la vie! J’ai tenté durant longtemps de trouver le moment parfait, les circonstances idéales, pour avoir un enfant. Mais, en fin de compte, c’est la nature qui décide si ça va marcher ou pas (sa nouvelle grossesse a eu lieu par fécondation in vitro après six tentatives). Il faut suivre le mouvement. Et à 39 ans, je n’ai plus beaucoup de temps à gaspiller. C’était maintenant ou jamais!

Dans vos nouvelles chansons, il est aussi question des hauts et des bas d’une relation à long terme…

On entend constamment des chansons d’amour qui parlent du moment où les gens se rencontrent ou se séparent. Moins souvent des chansons d’amour où il est question du boulot qu’il faut faire pour maintenir une relation.

Comment entretenez-vous la flamme dans votre couple?

J’ai le sentiment que nous sommes devenus meilleurs amis. Quand on a des enfants en bas âge, le plus important est d’avoir confiance en l’autre pour faire ce qui est juste, de partager les mêmes valeurs morales et éthiques, d’éduquer nos enfants ensemble. Je n’ai pas connu ça parce que ma mère m’a élevée seule (ndlr: ses parents ont divorcé quand elle était petite). Mon compagnon et moi faisons une thérapie pour apprendre à bien faire les choses, et cela nous a beaucoup rapprochés. C’est aussi la première fois que je me sens vraiment aimée par quelqu’un, même quand je ne suis pas au top. Il m’a fallu longtemps après la naissance de notre bébé pour avoir à nouveau confiance en lui parce que j’avais honte qu’il m’ait vue au plus bas.

Le titre de l’album est inspiré par une nouvelle de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges. Etes-vous une grande lectrice?

Je l’étais. Ma maison est remplie de livres et quand les gens viennent chez moi, ils me demandent si je les ai tous lus. La réponse est oui, j’ai lu beaucoup et vite toute ma vie. Mais depuis que j’ai eu ma fille il y a quatre ans, j’ai un mal fou à me concentrer sur un bouquin. Je crois que ma capacité d’attention a changé et que je suis aussi juste fatiguée. Je suis maman d’une fillette, je jongle entre trois carrières et j’attends un nouveau bébé. Quand je finis un chapitre, j’ai l’impression de ne pas avoir retenu un seul mot de ce que j’ai lu!

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer une méchante dans la série «Pennyworth»?

Je crois que le côté obscur en moi m’intrigue! J’ai passé plein d’auditions et ce personnage est particulièrement intéressant. Les réalisateurs de la série ont aimé mon interprétation parce qu’elle est basée sur l’observation de la culture du nord de l’Angleterre et reflète la frontière ténue entre raison et folie. Ce que j’apprécie réellement dans le métier d’actrice, c’est qu’il me permet d’éprouver de l’empathie pour des gens qu’on ignore généralement. J’ai besoin d’aimer la personne que j’incarne même si elle est folle.

Courez écouter la chanson «Gold», où Paloma Faith danse à travers un marché.

 

Que vous apporte votre rôle de coach dans «The Voice Kids»?

J’adore «The Voice Kids». C’est mon expérience la plus satisfaisante à la télé. Ces enfants n’ont réellement aucune exigence ni attente. Ils sont juste heureux d’être là. Nous, les adultes, devrions nous inspirer d’eux parce qu’ils vivent complètement dans l’instant présent. Et même s’ils ont un talent fou, ils ne pensent pas que cela leur donne le droit de se sentir supérieurs. Avec l’âge, on se dit souvent: «Pourquoi n’ai-je pas gagné?» ou «Pourquoi n’ai-je pas décroché ce job?» ou encore «Je le mérite, j’ai bossé très dur.» En fait, non. La réalité, c’est que personne ne nous doit rien et qu’on a de la chance ou pas! Les gosses comprennent ça. Ils sont les grands philosophes de notre époque.

Restez-vous proche de vos racines espagnoles?

J’aimerais l’être davantage. J’ai été élevée par ma mère anglaise et j’allais passer mes week-ends chez mon père, qui est Espagnol. En fait, les Britanniques trouvent que mon franc-parler et mon caractère passionné sont très peu anglais! Plus tard, j’ai développé un rapport avec ma «abuela», ma grand-mère paternelle. Je n’ai pas vraiment appris à parler l’espagnol correctement. Mais plus que la langue, la cuisine du pays est enracinée en moi. J’adore cuisiner, comme mon père qui était brillant aux fourneaux. Il m’a appris à concocter plein de délicieux plats typiques