«Le virus ne se déplace pas tout seul» | Coopération
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«Le virus ne se déplace pas tout seul»

Quelles sont les questions que se posent de jeunes apprentis en ce moment? Le conseiller fédéral Alain Berset a pris le temps de rencontrer des apprentis de Coop et de parler de masque, d’usage du smartphone et d’un jour de congé parfait.

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Peter Mosimann
09 novembre 2020
Au Bernerhof,  il y a deux semaines. Le conseiller fédéral entre dans la pièce où va se tenir l'interview: «Bonjour, ça va?» Et ensuite: «Vous pouvez enlever vos masques maintenant.»

Au Bernerhof, il y a deux semaines. Le conseiller fédéral entre dans la pièce où va se tenir l'interview: «Bonjour, ça va?» Et ensuite: «Vous pouvez enlever vos masques maintenant.»

Le conseiller fédéral Alain Berset nous reçoit au Bernerhof pour cette rencontre avec de jeunes apprentis. Il n’y avait pas de salle disponible au Palais fédéral pour nous accueillir en respectant les distances nécessaires. Elles sont pourtant essentielles, car Alain Berset souhaitait échanger sans masque avec nous, jeunes journalistes d’un jour. Il s’excuse de son retard: «Nous vivons des temps compliqués.»

 

Monsieur le conseiller fédéral, à quelle fréquence vous faites-vous tester pour la Covid-19?

Il ne faut se faire tester que si cela est justifié. Pour moi, ce cas de figure s’est présenté deux fois. La première suite à la contamination d’une collaboratrice du département. Nous avons eu une séance dans la même salle, mais elle était assise à cinq ou six mètres de moi. Et la deuxième, c’était lorsqu’un membre de ma famille a présenté des symptômes. Et parmi vous, certains ont-ils déjà fait le test?

Oui.

Ce n’est pas aussi désagréable qu’on le dit, n’est-ce pas?

Honnêtement? C’était tout de même assez inconfortable. Mais voilà quelque chose qui nous intéresse, Monsieur le conseiller fédéral: est-ce que l’origine du virus est un sujet qui vous préoccupe?

Sur le plan international, c’est une question très importante. J’ai lu plusieurs hypothèses sur le sujet. Mais pour nous, l’origine du virus n’est pas un facteur déterminant. Le fait est qu’il est présent, parmi nous. Et qu’il est très difficile à gérer.

Aujourd’hui, le port du masque est considéré comme allant de soi dans de nombreux endroits. Au printemps, c’était très différent: l’idée d’une obligation du port du masque a été abandonnée. Pourquoi?

En mars et en avril, de nombreux lieux étaient fermés, mais pas les commerces alimentaires. Je suis d’ailleurs très reconnaissant que l’approvisionnement en produits essentiels ait été si performant. Comme les écoles, les restaurants, les cinémas et les autres établissements étaient fermés, la population n’avait pas besoin de porter le masque. A l’exception, bien sûr, du personnel soignant et des autres personnes exposées. Ceux-ci en avaient. Dès les premières réouvertures le 27 avril, la situation a changé. Nous avons précisé qu’il faudrait porter des masques quand la distance suffisante entre les individus ne pouvait être respectée. Cela a été le cas par exemple pour se rendre chez le coiffeur. Evidemment, moi je n’en ai pas eu besoin, mais d’autres si. (Rires) La situation s’est ensuite apaisée, mais le sujet est resté très présent. Le masque est devenu obligatoire début juillet dans les transports en commun, partout en Suisse. Et depuis peu, d’autres mesures ont encore été prises.

Dans cette pandémie, qu’est-ce que vous avez bien fait, et mal fait?

J’ai très mal dormi… (Rires) Si nous pouvions dresser un bilan à ce stade, il ne serait sûrement pas trop mauvais pour la première vague. Nous avons probablement eu raison d’interdire assez tôt les grands rassemblements. Je suis sûr que cela a beaucoup aidé. Notre hésitation à fermer les frontières est peut-être un aspect moins positif. Mais il est bien trop tôt pour tirer toutes les conclusions. Nous sommes encore au milieu du gué. La deuxième vague est là et la Suisse est en mauvaise posture. Nous devons maintenant redoubler de prudence et appliquer scrupuleusement les règles dans notre vie quotidienne. Le plus dur n’est pas derrière nous, il est devant nous.

Pouvez-vous nous donner un aperçu de ce que cela signifie? Vous voulez parler de l’hiver entier?

C’est difficile à dire. Nous avons beaucoup appris de la première vague. Cela peut représenter un avantage. Nous sommes en revanche tous un peu usés par cette pandémie. Tout dépend de nous. Le virus n’a pas de pattes. Le virus ne se déplace pas tout seul pour nous infecter. Seuls les gens se déplacent et véhiculent le virus. Lorsque nous gardons nos distances, comme dans cette pièce, nous sommes en sécurité. Partout où ce n’est pas le cas, nous devons porter un masque. Malheureusement, beaucoup de personnes se disent: «Pfff, je n’ai plus envie de faire attention partout et tout le temps.» C’est ce qui m’inquiète en ce moment, ça pourrait nous mettre dans une situation difficile. Mais si tout le monde joue le jeu, fait un véritable effort, les choses peuvent aussi s’améliorer.

La pandémie va donc encore nous occuper pendant longtemps?

L’hiver ne sera pas simple. Nous espérons qu’un vaccin arrive un jour. Mais attention, cela ne résoudra pas tout. Ce n’est pas comme si l’on pouvait vacciner 8 millions de personnes en même temps. C’est un processus qui prend du temps. Mais une chose est sûre: quand le vaccin sera là, la situation s’améliorera.

Ressentez-vous une certaine pression?

Oui, absolument. En mars et en avril, je l’ai même ressentie physiquement. J’ai travaillé entre 12 et 18 heures par jour durant plusieurs semaines, sans pause, samedi et dimanche compris. Je pense avoir été proche de mes limites. Mais c’était nécessaire, vu la situation.

Qu’auriez-vous fait si vous n’étiez pas devenu conseiller fédéral?

Conducteur de train. J’aurais bien aimé faire cela, mais je ne sais pas si j’aurais pu. J’ai choisi une autre voie en travaillant dans la recherche et dans l’administration.

Que nous conseilleriez-vous de faire pour devenir conseillère fédérale ou conseiller fédéral?

Je ne crois pas que ce genre de parcours puisse être anticipé dès l’adolescence, avec la garantie que cela fonctionne. Celui qui planifie sa vie de manière trop précise, dès le plus jeune âge, prend le risque d’être déçu. Il faut rester ouvert aux surprises que nous réserve la vie. Cela dit, s’intéresser au débat politique ne peut être que positif, tout comme s’impliquer dans un domaine, que ce soit le sport, une association ou ailleurs. Parfois, les événements s’enchaînent et, à un moment donné, vous devenez conseiller fédéral par hasard. Mais qui sait, peut-être que je serais plus heureux si j’étais devenu conducteur de train?

Où vous voyez-vous dans dix ans?

Là, c’est sûr, je serai conducteur de train!

Visiblement, vous vous êtes trompé de Département. Vous auriez dû prendre en charge le Département des transports.

C’est vrai. Mais il était déjà pris. (Rires)

Vous parlez avec votre famille de votre quotidien de conseiller fédéral?

C’est assez rare, même si je n’ai pas dressé de muraille de Chine entre mes activités professionnelles et ma famille. En fait, je suis très heureux de pouvoir parler d’autre chose et d’aborder d’autres sujets quand je suis à la maison. Comme, par exemple, la musique ou les films.

Votre jour de congé idéal?

Actuellement, je me contente de très peu pour être heureux! Comme une journée au calme, à la maison. Elle commence tout d’abord sans être sorti du lit par mon réveil. Ensuite, j’apprécie un cappuccino que je prépare moi-même. Puis peut-être une activité en famille, comme une pièce de théâtre ou aller manger quelque chose dans une pizzeria. Des activités très simples qui me distraient de mon travail. J’aime aussi jouer du piano, pour me détendre. C’est dommage, mais je ne fais pas assez de sport. Je dois l’admettre. C’est comme ça.

Etes-vous un modèle pour vos enfants sur le plan de l’utilisation du téléphone portable?

Ah, c’est une question piège! La réponse est difficile, parce que j’essaie de faire en sorte que mes enfants ne soient pas trop accros à leur portable. Mais comme je travaille moi-même beaucoup sur mon téléphone, cela n’aide pas. Ils me disent: «Mais tu ne donnes pas l’exemple.» Du coup ma réponse est un peu bancale: «Moi je dois travailler avec, pas toi.» C’est un champ de tension à travers lequel il n’y a pas de réponse facile. On essaie tout de même de faire au mieux.

Le téléphone portable est-il un mal ou un bien?

Lorsque j’avais votre âge, il n’existait pas. Je sais donc ce qu’était la vie sans téléphone portable. Probablement que cela a été un avantage pour nous de grandir sans ces trucs…

Pourquoi?

Je trouve qu’on peut vite devenir très dépendant du flux d’informations, de notifications, de messages. On a l’impression de toujours courir derrière quelque chose. Cela détourne aussi notre attention, de choses parfois plus importantes. Pour cette raison, nous devons toujours nous interroger sur ce que devient la vie de famille, quand tout le monde a les yeux rivés sur son téléphone.

Donc plutôt un mal qu’un bien!

C’est évident que le portable a aussi des avantages. On peut entrer en contact facilement avec d’autres personnes. A mon époque, on utilisait encore les vieux téléphones fixes. Vous savez, ces appareils avec un fil et un cadran qu’il fallait tourner pour composer les numéros. Lorsqu’on appelait un ami, on croisait les doigts pour qu’il soit chez lui. Sinon, on ne pouvait pas le joindre. Vous imaginez? (Il regarde le groupe) C’était un monde très différent. Il y a quelque temps, j’ai trouvé que c’était trop. J’ai souhaité prendre un peu de distance avec mon portable, en débranchant toutes les notifications push. Et je le recommande vivement!

Maintenant, quelques questions «pour ou contre». Bière ou vin?

Les deux.

Economie ou environnement?

Les deux aussi! Mais attention, nuance. Tout est affaire d’équilibre. Une bonne société a besoin d’une économie qui protège l’environnement.

Biden ou Trump?

En tant que représentant officiel de la Suisse, je ne me prononcerai pas. Je laisse la réponse à votre imagination politique.

Et maintenant, êtes-vous d’accord de compléter les phrases suivantes? Si je pouvais remonter le temps…

Eh bien… Ça, c’est intéressant, je ne m’étais jamais posé la question. Si je pouvais remonter le temps, je deviendrais peut-être bien… conducteur de train!

Mon proverbe préféré, c’est…

… Profiter de chaque jour et vivre l’instant présent. Carpe diem.

Sur l’île déserte, j’emmènerais…

… Un objet? Pas une personne? Alors un piano, ou mieux, un piano à queue. Mais seulement si l’île est assez grande.

Mes enfants ne supportent plus d’entendre l’expression…

… Tiens-toi droit! 

 

Les apprentis de Coop en journalistes d'un jour durant leur interview avec le conseiller fédéral Alain Berset.


«Si tout le monde joue le jeu, les choses peuvent s’améliorer»

Autour du conseiller fédéral Alain Berset (48 ans), de la gauche: Jon Shala (18 ans), Sharon Hunziker (19 ans), Joel Weber (15 ans), Paul Gaigl (24 ans), Anisa Ademi (16 ans) et Mihajlo Stefanov (16 ans).