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INTERVIEW
CINéMA

«On incarne des gangsters»

Matthew McConaughey et Hugh Grant sont à l’affiche de la comédie mordante «The Gentlemen». Ils nous parlent de leur rôle, de leurs vices à l’écran et dans la vie. Et du coach de Federer.

27 janvier 2020

L'acteur américain Matthew McConaughey (50 ans, à g.) et le Londonien Hugh Grant (59 ans).

C’est dans un pub londonien cossu que Matthew McConaughey et Hugh Grant nous donnent rendez-vous pour évoquer «The Gentlemen», en salle le 5 février. Normal, puisque le propriétaire de l’établissement (nommé Lore of The Land) n’est autre que Guy Ritchie, le réalisateur de cette comédie de gangsters truffée d’action et d’humour mordant. L’acteur américain oscarisé y campe un baron du cannabis de la capitale anglaise qui s’attire de sérieux ennuis en décidant de vendre sa juteuse entreprise. Le comédien anglais, quant à lui, s’éclate dans la peau d’un détective privé cockney véreux à la solde du rédacteur en chef d’un tabloïd. Un rôle qui ne manque pas de piquant quand on sait que la star de «Coup de foudre à Notting Hill» est en guerre contre les tabloïds britanniques depuis des années. Durant cette interview croisée, Hugh Grant domine la conversation avec son sens de l’auto­dérision et sa repartie inimitables.

Est-ce toujours le summum de la coolitude de recevoir une offre d’emploi de Guy Ritchie?

Hugh Grant: Oui. Et nous sommes la quintessence de la coolitude, Matthew et moi, n’est-ce pas? J’avais tourné «Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E» avec Guy, donc je le connaissais. Et j’ai compris pourquoi il voulait que je joue ce rôle. C’est une bonne plaisanterie parce que j’ai passé sept ans à mener une campagne contre des détectives privés employés par les tabloïds pour m’espionner. Et maintenant, j’incarne un de ces gars!

Votre définition d’un gentleman?

Matthew McConaughey: Un gentleman ne s’immisce pas dans la vie privée d’autrui. J’en connais un et il refuse de rapporter des ragots sur les gens qu’il fréquente.

Hugh Grant: C’est un peu prétentieux! J’aime bien les potins donc je ne suis pas un gentleman. Et le personnage que j’incarne dans ce film est l’opposé d’un gentleman. Il ne s’intéresse à rien d’autre qu’à lui-même. Je ne sais pas pourquoi je campe toujours ces fichus narcissiques…

Matthew: Parce que tu es doué pour ça!

Hugh, votre personnage est-il basé sur ces détectives que vous avez confrontés pendant sept ans?

Hugh: Il n’est basé sur personne en particulier mais quand j’ai accepté le rôle, j’ai déjeuné avec certains de ces détectives contre qui je luttais et qui pirataient mon téléphone, dérobaient mes dossiers médicaux, entraient chez moi par effraction mais qui sont par la suite devenus des amis. Ils travaillent maintenant pour le groupe de pression que j’ai formé parce que nous voulons attraper les grands chefs. Ces gars étaient juste des sous-fifres. Et je suppose que j’ai été influencé par certains de leurs manières, leur façon de s’habiller et leurs lunettes de soleil.

Les dialogues et la façon de parler des personnages jouent un rôle très important dans cet univers, non?

Matthew: Oui, la façon dont les personnages parlent est plus importante que ce qu’ils disent à certains égards. On ne joue pas des astronautes ou des avocats qui s’expriment dans un langage bien particulier. On incarne des gangsters qui s’adonnent à des jeux de pouvoir et ont de la repartie. Normalement, j’aime avoir l’air naturel quand je récite mes répliques. Guy ne voulait pas de ça. Il souhaitait que les dialogues soient délivrés de façon très précise et rapide. Une fois que j’ai pigé, j’ai assez aimé ça.

«Par quoi voulez-vous que je commence? Je suis cupide, vaniteux…»

Hugh Grant

Apparemment, Guy Ritchie réécrit les dialogues à la dernière minute…

Hugh: Oui et j’avais de très longs discours. Comme j’ai maintenant 59 ans et que je bois trop, je ne me souviens pas très bien de mes répliques. J’ai commencé à les apprendre trois ou quatre semaines avant le début du tournage donc je les connaissais sur le bout des doigts et je suis arrivé sur le plateau très satisfait de moi, comme un pro. Puis Guy m’a dit: «Non, non, on a tout changé. Voici deux nouvelles pages de dialogues.» J’ai piqué une petite crise.

Comment ça, «petite»?

Hugh: J’ai dit: «Je ne peux pas apprendre ça en cinq minutes.» Il m’a répondu: «Ça ne fait rien. Tu pourras lire tes répliques sur un téléprompteur.» Et je lui ai rétorqué: «Chéri, je suis un acteur, pas un présentateur de téléjournal!» Il y a donc eu une petite confrontation mais à la fin, on a gardé le dialogue originel.

Vous êtes-vous éclaté dans ce rôle à contre-emploi?

Hugh: Oui, c’était fun. J’ai eu un grand moment de doute où je me suis dit que je pourrais me ramasser. Mais après le premier jour de tournage, j’ai commencé à me convaincre que ça irait. J’ai eu toute une carrière avant «Quatre mariages et un enterrement» durant laquelle j’étais un acteur de genre. Je campais des gens ridicules et prenais des voix absurdes. Et je suis beaucoup plus doué pour ça que pour les premiers rôles romantiques.

Matthew, votre personnage donne un grand discours sur le vice. Pouvez-vous nous dire quels sont les vôtres?

Matthew: De quel discours s’agit-il déjà? Ah oui, la différence entre le cannabis et l’héroïne. Je n’ai jamais touché à l’héro dans les 50 premières années de ma vie et je n’ai aucune intention de commencer maintenant. Quels sont mes vices? Laissez-moi réfléchir. (Il s’adresse à Hugh.) Tu connais les tiens par cœur. Si tu as envie de répondre d’abord…

Hugh: Par quoi voulez-vous que je commence? Je suis cupide, vaniteux…

Matthew: Oh, je suis totalement vaniteux aussi. Mais la vanité a plein d’attributs.

Quel est votre poison?

Hugh: Je bois. Mais à ma décharge j’ai cinq enfants. Je n’ai pas d’autre choix que de boire.

Que buvez-vous? Vin, whisky?

Hugh: Tout ce qui me tombe entre les mains. A partir de 18 heures.

Le cannabis est légal dans une partie des Etats-Unis. Est-ce une bonne ou mauvaise chose selon vous?

Hugh: On verra. Le Colorado a été le premier Etat à légaliser la marijuana. Faisons le point dans dix ou quinze ans. Regardons alors le taux de criminalité, l’état de l’économie, tout, en fait. Ce sera la meilleure façon de juger la chose.

«Quels sont mes vices? Laissez-moi réfléchir…»

Matthew McConaughey

D’après le film, certaines activités criminelles sont plus nobles que d’autres. Pensez-vous vraiment que c’est le cas?

Hugh: Oui, j’aime bien cette notion. Je me souviens quand j’ai tourné «Mickey les yeux bleus» et fréquenté la mafia italienne à New York. Ces gens aimaient beaucoup dire qu’il y avait une différence entre eux et la mafia russe. Selon eux, la mafia russe éliminerait n’importe qui tandis que la mafia italienne tuerait uniquement d’autres mafieux italiens. Je ne sais pas si c’est vrai mais j’aimerais croire que ça l’est. C’est tout l’attrait des films de Scorsese.

Et on retrouve absolument cette idée dans ce film. Matthew, tu n’y es qu’un simple dealer de marijuana.

Tu ne tues pas n’importe qui. Tandis que l’autre salaud, dont j’ai oublié le nom, tue des gens.

Hugh et Matthew, quelles qualités d’acteur admirez-vous chez l’autre?

Matthew: Une chose que j’ai toujours admirée chez lui et que j’apprécie maintenant depuis que je l’ai rencontré, c’est son timing impeccable. Ses pauses éloquentes m’ont toujours fait rigoler.

Hugh: Matthew est à la fois un brillant acteur et une vraie star de cinéma parce qu’il existe une différence entre les deux. Il a une réelle présence à l’écran.

Il m’a raconté qu’il a un prof d’art dramatique depuis dix-neuf ans. Vous croyez ça? L’homme qui a gagné un Oscar a un coach!

Ce n’est pas déraisonnable. Pourquoi pas?

Hugh: Vous avez raison: parce que Roger Federer a un prof de tennis.

Et vous, n’avez-vous jamais eu un coach?

Hugh: Non, et ça se voit!