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INTERVIEW
ORNELLA DOMINI

Boxe, glam et paillettes

Championne d’Europe catégorie welters, la boxeuse Ornella Domini parle de ses différentes passions,

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Patrick Gilliéron Lopreno
24 décembre 2020
Sur le seuil de l'an, Ornella Domini nous envoie un gant rempli de voeux: «de ne pas laisser passer ses rêves et de tout faire pour les réaliser, parce qu'on ne sait jamais sur quoi ça peut déboucher?»

Sur le seuil de l'an, Ornella Domini nous envoie un gant rempli de voeux: «de ne pas laisser passer ses rêves et de tout faire pour les réaliser, parce qu'on ne sait jamais sur quoi ça peut déboucher?»

La boxeuse Ornella Domini surprend et défie les clichés. La jeune femme impressionne sur le ring aussi bien que sur des talons. Petite voix douce et poings mauvais, elle travaille dans le domaine de la sécurité, aime les armes à feu et les motos, mais aussi les robes de soirée, les pythons, et pas en sac à main. Née en 1988, elle pratique avec son entraîneur Samir Hotic, responsable du Boxing Club Genevois, essaiera sûrement une nouvelle recette pour Nouvel-An et convoite le titre de championne du monde pour 2021.

Quand vous avez débuté la boxe, comment vos parents l’ont-ils pris?

J’étais assez discrète au début, donc quand j’ai fait mon premier combat, mon père l’a appris dans le journal. Depuis, ma mère n’a jamais raté un seul de mes combats professionnels. Tous deux me soutiennent, et sont fiers de mon parcours.

Pourquoi avez-vous été aussi discrète?

Quand je faisais du foot, mon père était entraîneur, et il prenait pas mal de place au sein de l’équipe. Quand on est adolescent, on a envie d’indépendance. Et je voulais un sport à moi, que personne dans la famille n’avait pratiqué. Je ne l’ai pas dit pour qu’on ne s’immisce pas trop et que je puisse m’épanouir et me réaliser seule là-dedans. D’où le choix du sport individuel.

Est-ce que les boxeurs sont des gens plus violents que les autres?

Non, au contraire, les boxeurs sont des gens qui canalisent plus. Moi en tout cas, plus je m’entraîne, plus je prends les problèmes avec du recul. Je pense que les gens colériques et impulsifs ne pratiquent pas de sport de combat.

Dans un reportage, je vous ai vue avec votre entraîneur parler dans sa langue maternelle. Vous le comprenez?

Quand je boxais en Suisse alémanique, ou en Suisse romande, parfois sur le ring, pour que les adversaires ne nous comprennent pas, il parlait bosniaque. Il disait lieve, c’est gauche, et desna, c’est droite. Je comprends quelques mots et expressions, mais je ne parle pas la langue.

Avez-vous des projets pour Nouvel-An?

Etre avec mon copain, ça c’est sûr.

Comment l’avez-vous rencontré?

On a pas mal de points communs. Il est rugbyman, il s’entraîne dans l’équipe d’Hermance. Le rugby, c’est un sport de combat collectif, donc on se comprend au niveau de nos carrières, puisqu’il est sujet aux coups, notamment. Il est aussi artiste, il fait de très beaux dessins. Et épicurien. Lui, avec le rugby, il a plus de chance, au niveau du poids, il n’a pas de restrictions! J’aime bien qu’il vienne voir mes combats, et le voir jouer. Et même faire ce qu’on appelle les troisièmes mi-temps. Le rugby, c’est festif, et loyal. Il y a un esprit d’équipe. Ce n’est pas qu’il n’y en a pas en boxe, mais vu que c’est un sport individuel, c’est un autre esprit. Moi j’ai l’esprit d’équipe avec mon entraîneur-manager, par exemple.

Côté réalisation artistique, vous avez notamment peint une série d’animaux colorés et fantaisistes. Avez-vous des animaux domestiques?

J’ai un perroquet qui parle beaucoup, et des reptiles. J’aimerais bien dire chien et chat, mais je suis très allergique aux chats.

Quel genre de reptiles avez-vous?

Six pythons qui font environ un mètre, un mètre vingt. J’aime les animaux qui sortent de l’ordinaire. Ils ne demandent pas beaucoup de soins, et mangent environ toutes les trois semaines.

Sont-ils affectueux?

Au contraire, mais ils ne sont pas considérés comme des animaux dangereux, le risque de morsure est faible. Les gens se demandent pourquoi j’ai ces animaux de compagnie. Moi j’adore les observer.

Et votre copain?

Il accepte! Bon, il aime bien regarder quand je les nourris avec des rats, parce que c’est assez spectaculaire. Pour moi, c’est comme avoir des poissons. On ne peut pas les manipuler, juste les observer. Faire une jolie décoration dans les terrariums qui offrent un univers apaisant, nature.

Et pour votre déménagement récent, ça a posé un problème?

Je pense que les déménageurs ont l’habitude de voir des animaux pas courants. Par contre, c’est moi qui me charge de manipuler les serpents!

Un déménagement, et après? Avez-vous envie d’avoir des enfants?

Je pense que pour une femme, c’est un rêve assez commun. Même si je fais dans le non-conventionnel d’habitude, une famille, c’est envisageable. Surtout depuis que j’ai rencontré mon conjoint actuel. C’est quelqu’un qui me donne envie de voir plus loin. A l’époque, en toute transparence, je n’y pensais pas.

Elle est championne de boxe, son copain est rugbyman, ils font tous deux de la peinture, elle a six pythons et un perroquet et elle pétille: Ornella Domini, 32 ans.

Que souhaitez-vous aux gens pour la nouvelle année?

Je leur souhaite d’être eux-mêmes et de vivre ce qu’ils veulent, de ne pas laisser passer leurs rêves comme de simples pensées ou des moments apaisants, mais de tout faire pour les réaliser, parce qu’on ne sait jamais sur quoi ça peut déboucher. Parfois on est étonné du résultat. C’est important de réaliser ses rêves, quels qu’ils soient: sportifs, intellectuels, personnels, familiaux. De s’autoriser ses rêves.

Et pour vous? Toujours cette envie de faire un combat contre une championne du monde?

J’ai plein d’envies, c’est clair! Ce championnat du monde, avec mon manager, on l’attend depuis deux ans. On est prêts, on ne sait pas si l’opportunité va se présenter, il y a eu différents empêchements. L’important c’est de s’adapter. Pour me préparer, quand c’est possible, on organise des combats. Les boxeuses doivent avoir un certain niveau et viennent d’Europe de l’Est, avec les frais de logement et de voyage que ça implique. On a besoin de sponsors.

Une recette pour fêter le passage?

Mon beau-frère aime mon tiramisù. J’aime bien cuisiner en général, pour mon copain. Des recettes revisitées. Pour l’Epiphanie, l’an passé, on a fait une galette des rois salée, au reblochon. Cela ressemble à une frangipane, mais en fait c’est une sorte de tartiflette avec de la pâte feuilletée, dorée avec de l’œuf. Cela a eu un franc succès auprès de la famille. Il y a aussi la tarte Tatin foie de canard, avec Calvados et pommes.

Un personnage qui vous inspire?

C’est difficile. Un personnage réaliste? Mon exemple, c’est un peu les animaux. Le loup, parce que c’est un animal qui a l’esprit de meute. Il est loyal envers son partenaire. Il en choisit un et reste toute sa vie avec.

Votre fête préférée?

J’aime l’esprit festif. Noël.

Une phrase qui vous inspire?

«Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une». Réaliser avec gratitude qu’on peut faire tout ce qu’on veut, se rendre compte qu’on a la chance de vivre. J’aime aussi «Sois fort sans être brutal. Sois doux sans être faible».

Une couleur qui vous met en joie?

Le rose. Dans la peinture, j’adore le fuchsia, mais pour les vêtements, un rose plus doux. En fait, le rose dans tous ses états!

A quoi vous ne pouvez pas résister?

Au chocolat, ça fait partie de ma vie. C’est peut-être mon côté suisse, aussi.