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Charlotte Gabris

Charlotte Gabris: «Je suis confiante dans la vie»

Un film, un livre: la Lausannoise Charlotte Gabris a le vent en poupe à Paris. Elle nous parle de «Divorce Club» qui sort le 15 juillet, mais aussi d’amour, de maternité, de féminisme.

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Sedrik Nemeth
06 juillet 2020
Actrice, scénariste, romancière, Charlotte Gabris (33 ans) est aussi polyglotte.  Sa langue maternelle est l'allemand et elle a appris le français, l'anglais, l'italien...

Actrice, scénariste, romancière, Charlotte Gabris (33 ans) est aussi polyglotte. Sa langue maternelle est l'allemand et elle a appris le français, l'anglais, l'italien...

En début d’année, Charlotte Gabris et l’équipe du film «Divorce Club» avaient enchaîné interviews et avant-premières. Puis, ce fut la douche froide: le coronavirus avait contraint au confinement et donc à l’annulation de la sortie du film. Mais la comédie réalisée par Michaël Youn va débarquer dans les salles obscures le 15 juillet. La Suissesse de 33 ans y incarne une prof de sports de combat au sale caractère, entourée d’Arnaud Ducret, Caroline Anglade, François-­Xavier Demaison, Audrey Fleurot et Jarry. Après des one-woman-shows, des chroniques radio pour Michel Drucker et Laurent Ruquier, puis des films à succès, comme «Babysitting», la jeune femme partie à Paris à 19 ans continue son beau parcours et est même devenue romancière. Dans son livre «Déjeuner en paix», paru cette année, elle raconte avec humour les pensées d’une jeune femme qui mange sur une terrasse et observe une autre cliente. Rencontre après l’heure du repas de midi, à Lausanne.

Avez-vous déjeuné en paix tout à l’heure?

Ah oui! J’étais avec mon père, c’était très agréable.

Dans «Divorce Club», vous n’avez pas la paix lors d’un dîner, au point de devenir agressive. Votre rôle est musclé!

C’était marrant de jouer un personnage opposé à ce que je suis, je me suis beaucoup amusée. Quand Michaël Youn m’a proposé ce rôle, il m’a dit que cette fille faisait de la boxe, qu’elle était très sportive, qu’elle participerait même à un match de boxe, pour lequel j’aurais une doublure. Je lui ai dit que je voulais tourner cette scène moi-même. J’ai pris des cours de boxe et un coach m’a aidée pour le combat.

Dans la vraie vie, vous faites du sport?

Assez peu parce que je me blesse vite, mais j’aime bien nager et je fais de la barre au sol. J’adore aussi skier et jouer au tennis.

Normal, votre petit ami, le journaliste Antoine Benneteau, est un ancien tennisman!

Avec lui, j’ai l’impression de bien jouer, car il m’envoie les bonnes balles, mais avec d’autres personnes je m’aperçois parfois que je ne suis pas si douée! J’adore jouer au tennis: je ne pense à rien d’autre, je suis concentrée.

Il y a un beau casting dans ce film. Comment était l’ambiance sur le tournage?

Je connais la plupart des acteurs depuis des années, ce sont des copains. Vincent Desagnat et Jarry comptent parmi mes meilleurs amis. C’est un luxe de travailler avec des gens qu’on aime et qui nous aiment.

Charlotte Gabris lors de notre interview, à Lausanne, sa ville natale.

Est-ce que ce film a changé votre regard sur le couple et le mariage?

Non, parce que c’est une comédie, montrant des profils différents. Le film dit qu’on peut être très content en étant divorcé, qu’on peut être divorcé, retomber amoureux, ou être célibataire sans faire n’importe quoi tous les jours.

Votre personnage, et l’héroïne de votre roman «Déjeuner en paix», sont féministes. Vous aussi?

Pour moi, c’est normal et évident. Une femme ne peut pas ne pas l’être. La fille que je joue le montre d’une manière assez agressive, mais on peut être féministe de différentes façons.

Quelle est la vôtre?

Je reste calme parce qu’on n’écoute pas les gens en colère et je n’aime pas m’énerver. Mais ça me rend dingue quand des copains disent: «On ne peut plus rien dire, on n’a plus le droit de regarder les femmes.» Mais ça n’a jamais été OK! C’était le moment que les choses évoluent, aussi dans le cinéma. On n’a pas à accepter certaines choses.

Pour l’instant, vous jouez des rôles secondaires. Avez-vous hâte d’être en tête d’affiche?

Je suis assez confiante dans la vie et j’aime tellement créer des choses (j’écris pour le cinéma et le théâtre) que je n’ai pas le temps d’y penser. Mais j’en ai très envie et je rêve qu’on me propose un personnage qui me corresponde totalement ou, au contraire, qui soit à l’opposé de ce que j’ai déjà fait.

Vous aimeriez des rôles dramatiques?

C’est noble de faire rire, j’adore ça. Mais j’aimerais que le cinéma d’auteur soit moins séparé de la comédie, comme aux Etats-Unis. Si on peut faire rire, on peut aller vers autre chose. On verra, j’ai du temps devant moi. C’est bien d’être content de ce qu’on a. Ça me ferait plaisir aussi de travailler en Suisse, ce que je n’ai jamais fait.

L’héroïne de «Déjeuner en paix» est une Suissesse installée à Paris, comme vous. Qu’est-ce qui est autobiographique dans cet ouvrage?

L’arrivée à Paris, la solitude, le temps qu’on met à se faire de vrais amis, l’impression que d’autres filles ont une vie plus simple, sont plus belles ou plus intelligentes, et le passage compliqué à l’âge adulte. J’ai exagéré certaines choses qui me font de la peine ou qui m’interpellent. Le roman n’est pas autobiographique, ce n’est pas mon histoire, mais je me livre quand même.

«Déjeuner en paix» parle notamment de la maternité. Un sujet qui vous touche?

Ce qui m’interpelle, c’est le passage à la trentaine où, tout à coup, les gens se permettent de poser des questions indiscrètes: si on va se marier, avoir un enfant, puis un deuxième. Cette pression m’agace. C’est violent et personnel, d’autant plus que certaines personnes ne veulent pas d’enfants ou ne peuvent pas en avoir.

Comment avez-vous vécu la période difficile que nous venons de traverser?

La nature et mes proches m’ont beaucoup manqué pendant le confinement. Je suis encore un peu déphasée, le rythme n’a pas totalement repris, surtout dans le monde artistique. Je me sens flottante.

Cet été, qu’allez-vous faire?

Voir ma famille et faire des barbecues avec des amis. Je pense revenir en Suisse − peut-être à la montagne − et aller un peu dans le sud de la France.

Est-ce que vous aimez faire à manger?

J’adore cuisiner pour mes copains, surtout des pâtes. Mes spécialités sont les pâtes aux champignons ou aux crevettes avec des petits légumes. J’aime aussi faire des plats au curry. 

Le titre de votre livre est aussi celui d’un tube de Stephan Eicher. Avez-vous eu facilement la permission de l’utiliser?

On l’a eue en même pas un mois, j’ai été étonnée. J’étais tellement contente, car le titre me tenait à cœur, et je suis fan de Stephan Eicher et de cette chanson.

Avez-vous reçu un message de sa part?

Non, mais j’aimerais tellement lui envoyer le bouquin ou le rencontrer!

L’héroïne de votre roman dit qu’elle est déçue par Paris. Vous l’étiez aussi en y débarquant?

Je n’étais pas déçue, mais je pensais que ce serait plus magique et rapide, que j’allais rencontrer des gens très vite. Ce qui est dur, c’est d’être seule et de ne connaître personne. C’est pareil pour des copains qui se sont installés en Suisse. Parfois, quand on décroche le téléphone, on se rend compte qu’on n’a pas parlé depuis deux jours. Maintenant, ma vie est à Paris, même si j’ai ma famille et mes amis d’enfance en Suisse. J’adore Paris et son ambiance, m’asseoir à une terrasse, voir des films dans la journée, aller au théâtre, aux musées. Il s’y passe toujours quelque chose.

Pour une Lausannoise de 19 ans, partir à Paris dans le but d’être actrice, c’était courageux!

Je ne sais pas si j’oserais le faire aujourd’hui! A cet âge, on se dit que si on échoue, on fera autre chose. Je n’avais rien à perdre et j’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont aidée financièrement quand je travaillais moins. Des copains ont dû faire un autre boulot à côté parce qu’on ne vit pas tout de suite de la comédie. 

Vous devez encore passer beaucoup de castings, vous battre?

J’ai la chance qu’on me propose des rôles, mais je passe des castings, c’est normal. Il y a plein de fois où je ne suis pas prise et je suis triste.

Ce n’est pas difficile?

Ce n’est jamais trop difficile. Ça fait partie du jeu. Je fais ce que j’aime tous les jours, il faut accepter de ne pas tout avoir. Je ne gagne pas le même salaire tous les mois, je peux travailler un an non-stop et ensuite ne plus avoir d’engagement pendant six mois, mais je n’ai besoin de personne pour écrire, et j’aime cette indépendance.

Votre père est américano-hongrois et votre mère allemande. Combien de langues parlez-vous?

Mon père est né aux Etats-Unis et est d’origine hongroise, mais il dit qu’il est suisse. Il a fait son service militaire ici. Ma langue maternelle est l’allemand, d’ailleurs, j’aimerais bien jouer dans cette langue. J’ai ensuite appris le français, et je parle anglais. Je maîtrisais bien l’italien - je l’ai appris à l’école et je suis partie en Italie - mais j’ai pas mal perdu, car je ne le pratique plus, par contre, je comprends tout.