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Mieux contrôler sa transpiration

Fièvre, efforts sportifs, stress durant un entretien professionnel: autant de situations qui nous font suer. Comment ce phénomène s’explique-t-il et que faire en cas de transpiration excessive?

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alamy, DR
22 juin 2020
Elle a souvent mauvaise réputation, pourtant la  transpiration est très importante pour réguler  la température  du corps.

Elle a souvent mauvaise réputation, pourtant la transpiration est très importante pour réguler la température du corps.

«Mais pourquoi moi?» Sébastien* s’est souvent posé la question. Surtout lorsqu’il essayait de cacher les taches de sueur qui apparaissaient sur ses vêtements. Déjà à cette époque, il était sportif et en bonne santé. Et pourtant! «Eté comme hiver, je transpirais tout le temps, et pas rien qu’un peu», déclare le trentenaire. Le phénomène est devenu vraiment dérangeant pendant un stage en cabinet juridique, où il devait en permanence porter une chemise. Les taches se voyaient beaucoup. «Le pire, c’était durant les rendez-vous professionnels: au bout de quelques minutes, j’étais déjà en nage au niveau des aisselles.» Il se demandait sans arrêt si les autres le voyaient ou comment dissimuler les taches. Ce qui le faisait transpirer encore plus... Bref, un cercle infernal.

En cas de peur, de stress ou de nervosité, la transpiration est dite «émotionnelle». La circulation diminue et fait refroidir la peau, d'où les sueurs froides.

Alexander Navarini (44 ans) connaît parfaitement le sujet. Le médecin-chef du service de dermatologie de l’hôpital universitaire de Bâle conseille et soigne les personnes comme Sébastien. «La transpiration est avant tout un problème social», observe-t-il. Une forte transpiration est rarement due à des problèmes de santé. Elle provoque cependant un stress très important pour les gens qui en souffrent.

La transpiration est mal vue dans notre société, alors qu’elle est en réalité un phénomène totalement naturel. Tout le monde transpire. Certains plus que d’autres. Or beaucoup en ont honte. «La sueur est considérée comme quelque chose de dégoûtant, en premier lieu à cause de l’odeur», explique Alexander Navarini. En plus, elle est souvent associée à la faiblesse ou à la peur.

Une transpiration excessive n’a pourtant rien à voir avec un manque d’hygiène ou une perte de contrôle. C’est même une fonction vitale. «La sudation joue un rôle extraordinaire pour notre santé.» Il s’agit en effet d’un mécanisme de défense qui permet à notre corps d’éviter la surchauffe. Nos deux à quatre millions de glandes sudoripares sont en quelque sorte le système de «climatisation» de notre corps. Selon le spécialiste, notre température idéale est de 37 degrés. «Pour la maintenir, nous avons besoin de différents mécanismes, dont l’un des plus importants est la transpiration.» Si la température corporelle dépasse la normale, les glandes sudoripares diffusent la sueur sur la peau. En s’évaporant, celle-ci absorbe la chaleur du corps pour le refroidir. «En temps normal, nous transpirons quelques centaines de millilitres par jour», précise Alexander Navarini. Mais quand il fait très chaud, on peut transpirer plusieurs litres.

Cela devrait être une évidence: il ne faut pas considérer la transpiration comme dégoûtante, car elle protège le corps de la surchauffe.

«Nous transpirons principalement sous les aisselles, car les glandes sudoripares qui se trouvent à cet endroit sont très actives.» Mais beaucoup de sueur se forme également au niveau de la zone génitale, sur les mains et sur les pieds. Bien sûr, les températures élevées ou les exercices physiques nous font transpirer. Il s’agit alors de transpiration thermique. Mais il nous arrive aussi de transpirer quand nous sommes nerveux, stressés ou effrayés. «Mécaniquement parlant, cela fonctionne de la même manière.» Toutefois, avec la transpiration dite «émotionnelle», les hormones jouent un rôle important. «En cas de stress, de peur ou de nervosité, le corps produit l’hormone du stress, l’adrénaline», explique le dermatologue. Celle-ci provoque un resserrement des vaisseaux sanguins. «La circulation du sang diminue au niveau de la peau et la fait refroidir.» C’est pour cette raison que la peur est associée aux sueurs froides. Il y a également les bouffées de chaleur, une forme de transpiration provoquée par le changement hormonal et dont souffrent environ 75% des femmes au moment de la ménopause.

Pour atténuer la transpiration

La fréquence et l’intensité de la transpiration varient d’une personne à l’autre. Il existe cependant certains facteurs qui peuvent stimuler la sudation, comme la consommation d’alcool ou de caféine, l’ingestion d’épices fortes ou certains médicaments. «En principe, les personnes en surpoids transpirent davantage, car elles ont plus de surfaces de peau superposées.» Les sportifs suent eux aussi davantage, mais leur transpiration est plus efficace. «Quand quelqu’un est souvent actif, le corps s’adapte et produit plus de sueur pour se rafraîchir.»

Bien que la transpiration soit une fonction vitale, nous ne voulons pas que le déclenchement de la régulation de notre propre corps s’affiche – littéralement – sur notre front. Et encore moins sentir mauvais! Pourtant, contrairement à ce que beaucoup pensent, ce n’est pas la sueur qui a une mauvaise odeur, car elle est composée à 99% d’eau. L’odeur âcre que nous percevons provient en fait des petites bactéries qui vivent sur la surface de l’épiderme. «Elles fabriquent des molécules de graisse et c’est ce processus qui dégage ce parfum désagréable», indique Alexander Navarini.

Les bactéries colonisent volontiers les glandes sudoripares dites apocrines. A l’inverse des glandes eccrines, réparties sur l’ensemble du corps, les glandes apocrines ne sont présentes que dans certaines parties du corps – au niveau des aisselles, des pieds ou des zones génitales. C’est pourquoi l’odeur de sueur désagréable est plus forte à ces endroits. Le dermatologue conseille par conséquent de se raser les aisselles. «L’odeur met ainsi plus de temps à arriver. Toutefois, pour des raisons génétiques, la sueur de certaines personnes contient des substances qui sentent relativement fort. L’odeur peut aussi être liée à l’alimentation.» Des douches régulières permettent d’éviter son apparition, tout comme d’autres médications directement disponibles en pharmacie.

Les athlètes transpirent plus que les personnes non entraînées et, de surcroît, plus efficacement.

Quelques astuces

En principe, Alexander Navarini recommande d’essayer plusieurs médications pour trouver la plus efficace et de s’informer auprès d’un phar­macien ou d’un dermatologue. «Nous préconisons différents produits en fonction du type de sueur», explique Christian Bender (52 ans), pharmacien à la pharmacie Coop Vitality du centre commercial Sihlcity de Zurich. Des produits à base de plantes, avec de la sauge par exemple, peuvent aider à lutter contre les troubles de la transpiration liés au stress ou aux bouffées de chaleur de la ménopause. Pour la transpiration des pieds et des mains, ce dernier conseille l’application locale de crèmes ou de lotions. «Dans ce cas, il est préférable de le faire le soir avant d’aller se coucher plutôt que le matin après la douche, quand les glandes sudoripares sont déjà actives.» C’est à ce moment et durant la nuit que les glandes sudoripares sont moins sollicitées et que les substances actives peuvent mieux pénétrer.

Un déodorant classique peut aussi aider à contrôler la transpiration mais «les plus efficaces sont ceux contenant de l’aluminium». Un composant qui a été beaucoup critiqué ces dernières années, et même accusé d’être cancérigène au bout d’un certain temps. Alexander Navarini affirme toutefois que ces craintes sont infondées: «Rien n’indique que l’aluminium présent dans les préparations serait nocif.» Ces anti-transpirants sont plus efficaces parce qu’ils bloquent les glandes sudoripares, réduisant ainsi la production de sueur. «Les déodorants sans aluminium ne peuvent donc pas avoir le même effet», conclut Christian Bender.

Une fonction vitale

Chez certains, l’anti-transpirant ne suffit pas. Une forte transpiration peut avoir plusieurs origines. «Si une personne se met brusquement à transpirer à grosses gouttes, la première question à se poser est de savoir s’il y a des raisons tangibles pouvant l’expliquer, poursuit Alexander Navarini. Comme, entre autres, la ménopause, des troubles hormonaux ou nerveux, les effets secondaires de médicaments, une augmentation de la tension artérielle, ou même un cancer ou une maladie infectieuse.» Si toutes ces causes peuvent être écartées, le patient souffre peut-être d’hyperhidrose. Dans ce cas, ce dernier transpire plus que ce qui est nécessaire pour refroidir son corps. Environ 3% de la population sont concernés. «Un chiffre sans doute sous-estimé, car beaucoup de personnes transpirent fortement sans considérer cela comme un problème ou une honte.» Il est très rare de trouver une cause extérieure à une transpiration excessive. «Un élément génétique existe certainement», commente le dermatologue. Aucun seuil précis ne détermine à partir de quel moment un patient souffre d’hyper­hidrose. «Quand la transpiration nuit à la qualité de vie, il convient d’aller consulter un médecin.» Mais d’après ce que le spécialiste a pu constater jusqu’à présent, il en faut beaucoup pour que la démarche soit faite. «La plupart des personnes qui arrivent chez nous ont souvent déjà essayé tous les types de produits possibles.»

Le bon traitement

C’était justement le cas de Sébastien. «J’ai vraiment tout essayé: différents déodorants, et même des lingettes spéciales, que l’on peut coller sous sa chemise. Rien n’a marché.» Il a attendu plusieurs années avant d’aller enfin consulter une dermatologue, qui lui a conseillé un traitement au botox. «La méthode la plus efficace, affirme Alexander Navarini. Le botox est injecté sous la peau dans les zones où la transpiration est la plus forte. La personne ne transpire ensuite quasiment plus aux endroits qui causaient problème.» Un traitement qui doit être renouvelé tous les six à douze mois.

Il est aussi possible de soigner l’hyperhidrose par des bains électriques, notamment pour les mains et les pieds. «Ils peuvent réduire l’activité des glandes sudoripares.» Enfin, on peut détruire les glandes sudoripares ou les nerfs, ou encore retirer complètement les glandes. Mais le dermatologue le déconseille.

Sébastien ne regrette pas d’être allé consulter un médecin. Depuis son traitement, il ne transpire presque plus sous les aisselles, même avec une seule injection de botox. «C’est seulement maintenant que je réalise combien cette transpiration rendait mon quotidien difficile.» Désormais, cela ne l’inquiète plus. «C’est un énorme soulagement et ma vie a complètement changé.»

* Nom modifié