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L'INTERVIEW
Nathanaël Rochat

Nathanaël Rochat: «Rester à ne rien faire, avec un prétexte»

Nathanaël Rochat devait donner des spectacles, bien sûr annulés.  Mais on peut toujours l’écouter (et le voir) dans l’émission «Les Beaux Parleurs» de La Première. Confinement oblige, entretien par Skype, à peine interrompu par ses enfants.

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Louise Rossier | Mike Wolf
27 avril 2020
Comment un humoriste vit-il  ce temps confiné? Nathanaël Rochat  et son humour au flegme unique.

Comment un humoriste vit-il ce temps confiné? Nathanaël Rochat et son humour au flegme unique.

On le croyait nonchalant, flegmatique et tranquille. Et il l’est! Sur des scènes libres depuis ses 25 ans, puis à la radio, amené à l’humour par la littérature et le goût d’écrire, c’est Nathanaël Rochat, né en 1973 à la vallée de Joux. En ces temps étranges, une discussion avec un humoriste, ça ne se refuse pas. Zut, il ne répond pas à l’appel Skype, pourtant arrangé. Quelques échanges téléphoniques, essais, clics et bidouillages techniques plus tard, le voilà à l’écran. Aussitôt éclipsé par sa fille de 9 ans, qui esquisse un chaleureux signe de la main. Puis son fils de 13 ans, qui s’y met aussi.

Vous faites l’école à la maison, je vois…

Oui, on a une garde partagée, donc je les ai la moitié du temps.

Quel est le rythme de garde?

Deux jours, deux jours, à peu près. On alterne. Leur mère travaille de la maison, normalement. Quand on en a marre, on les renvoie chez l’autre.

Vous avez l’habitude de travailler à la maison?

Oui, ma boîte de prod met des bureaux à ma disposition, mais je n’y vais jamais. Si j’y vais, il y a les collègues, et on bosse pas, on rit!

Nathanaël Rochat, 47 ans, Prix SSA de l’Humour 2019, ici pendant notre interview: «Non, je ne crois pas qu’on puisse rire de tout.»

Comment se passe ce confinement?

On est assez disciplinés, je trouve. J’autorise ma fille à faire du patin à roulettes devant la maison, et mon fils à faire des tours à vélo tout seul. Je ne me considère pas comme très à plaindre dans cette situation. Cela ne bouleverse pas tellement mes habitudes, si ce n’est que je n’ai pas le choix maintenant. Toutes les choses qu’on tient pour acquises, c’est étrange de devoir y renoncer. Mais j’imagine qu’il y a des gens beaucoup plus mal lotis.

Est-ce que ça vous permet de faire des choses que vous ne feriez pas en temps normal?

Oui, rester à ne rien faire, avec un prétexte. Sans la culpabilité. En soi, c’est précieux, j’avoue. Prendre un petit peu plus de temps pour les enfants. Ce n’est pas rien, s’intéresser à ce qu’ils font à l’école. Bon je survole, je les laisse un peu gérer.

Pensez-vous que vous allez retenir quelque chose de cette expérience?

De manière générale, j’ai un peu peur qu’on n’en retienne pas grand-chose.

Vous n’êtes pas matérialiste?

C’est le moins qu’on puisse dire. Je n’aime pas les objets, à part mon ordinateur, parce qu’il me permet de travailler. Ma télé aussi. Et mon canapé. J’aime beaucoup mon canapé!

Est-ce que ça va apporter quelque chose à vos spectacles?

C’est un sujet qui est difficile à éviter. J’ai l’impression que maintenant on voit tout par ce prisme-là. C’est un peu étouffant, quand même. Ça ridiculise tous les autres sujets.

Quel monde espérez-vous pour vos enfants?

C’est une question difficile. Le meilleur possible, mais comme le dit la chanteuse Amy Macdonald, It’s not your day no more: «Ce n’est plus votre temps». Que ce soit le leur! Je sais qu’il y a des défis à relever, j’en suis bien conscient. J’ai des fois un peu de peine avec les gens qui parlent d’apocalypse parce qu’il y a des problèmes en Europe. Il y a 80 ans, il y a eu 40 millions de morts, je crois, sur ce continent. Ça, il me semble que ça ressemble à l’apocalypse. Mais ce n’est pas vraiment ce qu’on vit maintenant.

Vous êtes capable de relativiser.

J’ai lu un article dans le Guardian, un journal assez sérieux, qui disait que le monde va de mieux en mieux, et ils avaient des tas de critères objectifs, comme l’espérance de vie. On ne peut pas se permettre d’être négatif, quand on parle avec ses enfants. Ils sont déjà très préoccupés par la question de l’écologie. A un point excessif. C’est difficile pour eux. Par exemple, ma fille n’est pas toujours capable de nuancer ce que ça veut dire, le réchauffement climatique. Pour eux, c’est vraiment après-demain. Et ce n’est pas très juste, qu’ils doivent avoir cette inquiétude.

Vous vous faites du souci pour eux?

En même temps, ce sont des enfants, ils vivent au jour le jour. J’espère que le monde sera beau pour eux. C’est aussi leur perception qui est importante. J’ai rencontré des gens qui avaient un discours très noir avec ce confinement, ce virus, c’est presque eschatologique – je crois que c’est comme ça qu’on dit? Je trouve qu’il y a un manque d’humilité. Il y a des gens à travers le monde qui vivent dans le dénuement, dans la simplicité, qui ont des problèmes de santé graves. Je pense que la pénurie, d’autres l’ont connue avant nous. Tout d’un coup ça nous arrive dans notre coin du monde, il manque certaines choses dans les supermarchés, et c’est l’apocalypse. Il y en a pour qui ça fait longtemps que c’est l’apocalypse chez eux.

Est-ce qu’on peut rire de tout?

Non. Je ne crois pas. Dans mon domaine d’activité, cette question revient souvent, évidemment. Il y a des choses pas drôles. Il m’arrive d’être mal à l’aise avec certaines formes d’humour. D’ailleurs je me censure. Il faut qu’il y ait un équilibre entre la souffrance que les gens peuvent vivre, et le rire qu’on va susciter. Le danger, c’est que certains sujets deviennent tentants, parce qu’ils sont défendus. On croit qu’ils sont drôles parce qu’ils sont polémiques.

Vous arrive-t-il des réactions négatives?

La pire réaction, c’était ma mère, je me suis fait engueuler pour une blague. Cela remet les pieds sur terre.

Est-ce que je peux vous demander quelle blague?

Non, non! J’ai compris la leçon!

Vous vivez à Lausanne, mais vous venez de la vallée de Joux. Est-ce qu’elle vous manque?

Oui. Je suis obligé de répondre oui, si jamais mes parents me lisent! Certains aspects me manquent et d’autres non.

Que regrettez-vous, par exemple?

La proximité avec la nature. Dans la vallée de Joux, vous faites 300 mètres et vous êtes au bord d’un lac, dans une forêt, tout seul, tranquille.

Est-ce que vous vous promenez?

Oui, j’aime bien. Mais je n’aime pas l’idée de prendre la voiture avant d’aller marcher, donc je ne vais pas bien loin. J’aime bien me promener en ville, aussi.

Pourquoi n’aimez-vous pas prendre la voiture?

Je n’aime pas l’idée de polluer avant d’aller marcher. C’est comme les gens qui vont au fitness et qui prennent leur voiture. Ils pourraient y aller à pied, toucher la porte, et repartir chez eux, ils auraient fait autant de sport. Mais avec les gamins, bien sûr qu’on sort de Lausanne parfois.

Avez-vous une blague à nous raconter?

Oui, je vais vous trouver ça… C’est Toto qui demande un verre d’eau à son père: «Papa, s’il te plaît, j’ai soif.» Comme son père ne répond pas, il insiste : «Papa, j’ai soif...» Dans son lit, son père répond: «Si tu continues, je vais venir te donner une fessée.» Et là, Toto lui dit : «Si tu viens me donner une fessée, tu peux m’amener un verre d’eau?» Je la trouve jolie. Ce sont souvent les plus simples les meilleures.


Aux «beaux parleurs»

Le dimanche sur La Première, et en vidéo relayée sur RTS2, de 11h03 à 12h30, Nathanaël Rochat est l’un des chroniqueurs de l’émission «Les Beaux Parleurs», animée par Jonas Schneiter.