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PORTRAIT
RAPHAëL BLANC

«J'étais fait pour la fiction»

Le réalisateur Raphaël Blanc retrace dans ses documentaires des destins hors du commun. Le parcours méconnu de ce Valaisan, formé à l’école du cinéma français, vaut à lui seul un scénario.

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Valentin Flauraud
13 juillet 2020
Raphaël  Blanc a fait des études  de cinéma à Paris.

Raphaël Blanc a fait des études de cinéma à Paris.

On lui doit d’extraordinaires moments d’émotion sur grand écran. Le voyage «intérieur» de Mike Horn le long du cercle polaire. Un portrait intimiste pour les 100 ans de l’artiste Hans Erni. Et, plus récemment, les explorations inouïes – spirituelles aussi – de l’infatigable Ella Maillart. Mais Raphaël Blanc (69 ans) n’est pas du sérail, insiste-t-il. Dans ce carnotzet d’Ayent (VS), le village natal où le réalisateur a réélu domicile, on ne parlera pas tapis rouge. Sur une table, l’affiche de son dernier documentaire: «Le Rêve des enfants du lac Inle».

Métier à risque

Discret mais intarissable, calme mais déconcertant, le Valaisan s’emballe en évoquant le tournage, les plateaux, le métier qu’il a dans la peau, envers et contre tout. « Comme producteur, on est souvent à l’étroit», avoue-t-il. Il vient de travailler presque trois ans au salaire minimum. «Je préfère investir dans mon film, en espérant récupérer plus tard. C’est quand même un métier à risque, très aléatoire.» Et pour cause! L’avant-première de son nouveau film était agendée pour ce printemps. La crise du coronavirus a tout chamboulé.

Son dernier coup de cœur, Raphaël Blanc l’a financé avec le «bas de laine» de ses succès précédents. Des amis proches lui parlent du projet. Dans la région du lac Inle, en Birmanie, des enfants veulent sauver leur lac menacé par la pollution. Avec le soutien de deux ONG suisses, les élèves vont ramasser des déchets plastique, dont ils construisent leur école. Si ses tournages l’emmènent souvent aux quatre coins du monde, sur les traces de personnages hors du commun et porteurs d’espoir, le cinéaste aime aussi filmer sa terre, ses montagnes, ses gens.

Il a déjà en tête une série consacrée aux proches aidants, ces héros du quotidien. Parce que depuis trente ans, cet homme distrait mais tenace, «qui n’a jamais arrêté de bosser», s’occupe aussi de son épouse handicapée. «Depuis son accident, elle ne peut plus parler, ni écrire, ni lire. Elle ne peut plus marcher maintenant.» Pudique, il n’en dira pas davantage. Autrefois, il emmenait sa femme sur les tournages. «J’ai pu tout gérer sans trop de souci, car c’est une fille fantastique avec énormément de volonté.» Les collaborateurs viennent travailler chez lui, où il a son studio de montage. «Il faut se débrouiller. Dans la vie, on n’a pas d’autres choses à faire que d’aller de l’avant.»

Missionnaire en Bolivie

Son seul regret: le cinéma. «J’étais fait pour la fiction», sourit-il. Pourtant à 12 ans, Raphaël Blanc a une toute autre vocation en tête. Il fréquente un internat à Matran (FR) dans l’intention de devenir missionnaire en Bolivie. «Je me suis dit, pourquoi pas, ça peut être intéressant, les voyages.» Et voilà qu’un prêtre «fana de cinéma» l’initie au 7e art. «On décortiquait les classiques. On faisait aussi des petits films en super 8.» A 15 ans, il est déterminé. « J’ai voulu faire une école.» D’accord, mais il devra d’abord terminer son CFC en comptabilité, à Sion. «Cela m’a d’ailleurs énormément servi!»

Raphaël Blanc démarre des études de cinéma à Paris. Il loge chez des parents. Le matin, il travaille comme coursier dans une agence de publicité en distribuant le courrier. Il décroche par ce biais un poste de stagiaire. Puis rencontre le réalisateur Serge Korber. Celui qui vient de réaliser «L’Homme orchestre» (1970) et «Sur un arbre perché» (1971) avec Louis de Funès l’engage sur-le-champ comme deuxième assistant pour tourner une comédie avec Annie Girardot. Il débute le lendemain à Nice. Et obtient, au passage, son diplôme de cinéma, signé par son professeur, le réalisateur Henri Verneuil. A partir de là, il fera film sur film, entre la Suisse et la France, notamment comme premier assistant auprès de Robert Hossein, Claude Goretta ou José Giovanni.

Polars pour la TV

Avec ce dernier, installé aux Marécottes (VS), Raphaël Blanc tourne «Mon ami le traître» (1988) et des polars pour la télévision. «Premier assistant, c’est passionnant, mais c’est un métier usant», se souvient-il. Pour avoir la liberté de choisir ses films, il fonde sa propre société de production audiovisuelle. Faute de moyens et de soutiens, il se réoriente vers le documentaire. «J’étais étiqueté outsider. J’ai dû ramer!» confie, en riant, le réalisateur, qui n’en a pas moins raflé plusieurs prix internationaux et produit également aux Etats-Unis.

Plus d’informations sur «Le Rêve des enfants du lac Inle» sur le site: www.artemis-films.ch


Mini-questionnaire

  • Un beau souvenir? Le tournage d’«Ella Maillart»
  • Quel est votre plus vilain défaut? Je suis distrait, mais je me soigne.
  • Votre plat préféré? Le curry indien
  • Quelle est la chose qui vous irrite le plus? Les gens bornés
  • Votre mot préféré? Action!