Une étoile sédunoise à Paris | Coopération
X

Recherches fréquentes

INTERVIEW
Noémie Schmidt

Une étoile sédunoise à Paris

Une nouvelle série TV en décembre et un film tourné en six jours à Paris, Noémie Schmidt ne connaît pas la crise, du moment qu’on la laisse faire du vélo, et méditer en montagne.

PHOTO
Mon Voisin Productions / Qui Vive | Keystone
30 novembre 2020

Loin de son image glamour d’égérie d’une grande marque de parfum, Noémie Schmidt vit en coloc, roule à vélo et fait pousser ses légumes. Voix presque enfantine, sourire large et yeux lumineux, elle n’est pas du genre à plier sans rien dire, et cherche la voie d’un monde meilleur. Née à Sion en 1990, elle passe par Bruxelles pour des cours de théâtre. Repérée grâce au court- métrage «Coda», rôle-titre dans «L’étudiante et Monsieur Henri», audacieuse dans «Le formidable envol de Motti Wolkenbruch», comique dans «Radin!» avec Dany Boon, la jeune femme ne renie pas ses origines de montagnarde, et fait volontiers le clown.

Vous partagez une maison à plusieurs. Comment ça se passe?

Je vis à Montreuil, une ville collée à Paris. On est six et on a réussi à mettre une table de ping-pong au milieu du salon. Il y a même un petit jardin, des tomates et des citrouilles.

Vous aimez cuisiner pour vos colocs?

Je suis plutôt celle qui va tout ranger et faire la vaisselle. Mais j’adore faire des raclettes.

Votre prochaine sortie, c’est la série «3615 Monique».

Ce qui m’a passionnée dans cette série, c’est le minitel rose, que je ne connaissais pas. Comment certaines personnes ont bâti des fortunes colossales sur cette espèce d’arnaque. Ils ont exploité la solitude des gens et monétisé des discussions soi-disant avec des femmes. La plupart du temps, en réalité des étudiants. C’est très intéressant de voir ça à travers cette série qui est aussi comique, un peu provoc, et parle d’amitié: trois personnes qui veulent faire de l’argent et qui finalement sont liées par plus fort que ça.

Il y a cet autre projet, «Années 20».

L’autre jour, je suis rentrée de mon casting et on a discuté de la post-synchro dans le jardin. Parce que dans ma coloc, il y a la réalisatrice Elisabeth Vogler, et l’un des comédiens du film, François Mark, qui est constructeur de décors à la base, et Joris Avodo. Ça nous permet de travailler tout le temps sur ce projet.

Il n’est pas terminé?

Oui. Mais surtout, le film n’a pas encore de diffuseur, c’est la phase de négociation. On l’a auto-produit, ce qui nous a donné une indépendance totale. On travaille en bonne intelligence, en confiance, dans le respect. Il n’y a pas de problème de hiérarchie ou d’abus de pouvoir.

Pendant le premier confinement, chacun de nous quatre a écrit une scène en fonction de ses questionnements, de sa sensibilité. Dès qu’on a pu sortir, on a commencé à répéter avec les comédiens à qui on avait proposé le challenge: pas de certitude d’avoir un film au final, un défi technique.

Lequel?

Un plan-séquence, dans Paris, au milieu de la foule, de la circulation, sans aucune autorisation, avec un très petit budget. Tout le monde a répondu oui, à un moment où tous les films sont à l’arrêt, où il n’y a plus de tournage. On avait décidé de faire six tentatives, six plans, fin juin. On espérait qu’une allait marcher. On a toujours eu quelques petits problèmes, il n’y avait pas assez de micros, il fallait courir pour se les passer. Le jeudi, la prise a magnifiquement marché, c’était magique.

Avoir grandi en Valais vous a donné quelle vision du monde?

Je ne suis pas tellement une citadine, mais une fille de montagnards. J’ai vraiment cette conscience très forte de faire partie de la nature et que nous formons tous cet univers. Quand je vais à la montagne, ça m’apaise, ça me permet de méditer. Je suis rentrée en Suisse il y a deux mois. Ici en France c’était la catastrophe, parce que la situation hospitalière est compliquée et tragique, au lieu d’engager des soignants, on engage des policiers, la politique sanitaire est plutôt une politique de répression.

Et en Valais?

Les gens m’ont rassurée. Il faut accepter ce virus, le fait qu’il existe, accepter la mort. Ça m’a tranquillisée. En plus, ma grand-mère est décédée deux jours plus tard et j’ai pu vivre son décès, c’était vraiment très tranquille, très beau. Elle a pu mourir dans son lit, sans être médicalisée, il n’y a pas eu d’acharnement thérapeutique. Ça a vraiment été une mort dans la paix, la confiance, et la foi. Elle était sûre qu’elle allait aller au paradis, elle a dit: «Merci à la vie, j’ai été heureuse, je suis fatiguée, je vais y aller, je vais retrouver votre grand-père.» Et cette confiance, cette force me vient vraiment du Valais. Quand je rentre en France, je la donne à mes amis. Gratuitement! C’est important car c’est plus difficile quand on te donne une amende avec une insulte.

C’est choquant. Vous avez été insultée en recevant une amende?

Bien sûr, et je sors avec un métis, je peux vous dire, les insultes, je les connais. Il va falloir trouver une manière de vivre ensemble. On a besoin d’une nouvelle philosophie.

Vous l’avez rencontré à Paris, il travaille dans votre milieu?

Oui, on bosse souvent ensemble.

Pour les Fêtes, allez-vous retourner en Valais?

Ça dépend des frontières, du stress, des amendes, de mon (autre) grand-père. J’aimerais quand même le voir. Mais ce n’est pas la fin du monde, on va s’en sortir si on ne fait pas Noël. Il faut se protéger les uns les autres. Pour l’instant, je vis au jour le jour. Les premiers jours du confinement, tu les vis très mal, parce que tu n’as aucune activité à part être face à ton miroir. Qui tu es, qu’est-ce que tu fais, c’est pas facile. De grands moments d’écriture, de remise en question, parfois de déprime. En plus, mon vélo vient de crever; sans vélo je suis malheureuse. Le vélo, c’est vraiment la liberté à Paris. Tu ne te fais pas contrôler, pas besoin de mettre le masque parce que tu fais du sport, pas de harcèlement de rue, parce que le mec n’a pas le temps.

Quel est le rôle qui vous ressemblerait le plus?

Une servante clown!

Et parmi ceux que vous avez joués?

Chaque personnage est une facette de moi. En tout cas, l’autre jour, au tarot, j’ai tiré la carte du Pape!

Ce qui signifie?

Les voies de communication, la révélation des secrets et l’unicité du haut et du bas, du ciel et de la terre.

Vous avez vu ça comme un bon présage?

Ça m’a fait très plaisir.

A quels moments tirez-vous les cartes?

C’était à 4 heures du matin, avec des copains!

Comment vous ressourcez-vous?

Là, on est en train d’acheter une maison à la campagne, avec mon copain. Pour les châtaignes qui tombent par terre, les pommes, un potager, essayer d’être un peu autonome.

Ça reflète ce qui vous manque du Valais?

Oui, se lever avec la rosée, ce n’est pas la même chose que se lever avec la pollution.

Qu’est-ce qui vous donne envie de vous lever le matin?

Mes copains. Quand je les entends en train de boire le thé dans la cuisine, ça me fait du bien, je me lève et je les rejoins. La création, les œuvres d’art, les films, tout ce qui me donne des émotions. L’amour!

Deux choses que vous aimez en automne?

La lumière et la brisolée.