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INTERVIEW
Kate Winslet

«Arrête, Kate, tu en fais trop!»

Kate Winslet revient au premier plan sur le grand et petit écran. L’actrice anglaise nous parle de son dernier rôle, du confinement familial à la campagne, des femmes de l’époque victorienne et de ses retrouvailles avec le réalisateur de «Titanic».

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Photo Andy Gotts/Camera Press/Keystone
17 mai 2021
Détonante Kate Winslet! Fou rire ou crise de nerfs? L'actrice de «Titanic» excelle dans tous les rôles.

Détonante Kate Winslet! Fou rire ou crise de nerfs? L'actrice de «Titanic» excelle dans tous les rôles.

On ne présente plus Kate Winslet. La star de «Titanic», oscarisée en 2009 pour son rôle dans «The Reader», est l’une des plus grandes actrices de sa génération. Elle campe la paléontologue anglaise Mary Anning dans «Ammonite», une romance féminine intimiste à l’époque victorienne en duo avec Saoirse Ronan (actuellement en salles). Et fait une rare incursion sur le petit écran dans la mini-­série «Mare of Easttown» (diffusée dès le 24 mai sur RTS1, voir l’article en page 93) en policière cabossée par la vie enquêtant sur un meurtre dans une bourgade maussade de Pennsylvanie. On la retrouvera aussi l’an prochain dans la suite très attendue d’«Avatar» sous la houlette de James Cameron. En privé, la Britannique de 45 ans coule des jours heureux avec son troisième époux et leur fils, Bear (7 ans), ainsi que ses deux enfants nés d’unions précédentes – Mia, 20 ans, elle aussi comédienne, et Joe, 17 ans. Interview sur Zoom de chez elle, dans un village du Sussex, en Angleterre.

Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de Mary Anning?

Quand j’étais plus jeune. Lorsqu’on vit en Angleterre, il est rare de passer complètement à côté d’une personne qui a une importance historique. Je savais donc qui elle était, ce qu’elle avait fait dans sa vie mais je ne connaissais pas l’étendue de son intelligence, ses réussites scientifiques et ses découvertes novatrices dans l’univers de la paléontologie. J’ai donc dû me documenter pour jouer ce rôle.

Qu’est-ce qui vous a motivée à faire le film?

J’ai trouvé qu’il était très important de raconter l’histoire de Mary Anning à une époque où l’on prend de plus en plus conscience de figures historiques féminines dont les réussites ont été complètement éclipsées par les succès de leurs homologues masculins. Mais aussi d’attribuer à Mary une histoire d’amour imaginaire avec une autre femme et de créer une relation qui soit digne d’elle. Et puis c’était un rôle très différent pour moi.

A quel égard?

Je suis quelqu’un de très physique, toujours en mouvement et occupée. J’ai dû faire abstraction de tout ça pour jouer le personnage, ce qui a été un sacré défi et assez effrayant. J’ai essayé autant que possible de me plonger dans le monde dans lequel Mary aurait vécu.

Comment?

J’ai vécu séparément des autres acteurs et membres de l’équipe pendant le tournage. Je me suis isolée du lundi au vendredi dans une maison minuscule située sur une plage et exposée à la mer, au vent et à la pluie. Les vagues venaient s’écraser sur les fenêtres, provoquant régulièrement des pannes de courant. Parfois, je me disais: «Oh mon Dieu, Kate, tu en fais trop! Arrête!» Le film se déroule en 1840 et je ne ressemble en rien à Mary donc j’ai fait ce que j’ai pu pour tenter de vivre un peu son existence solitaire.

Et comment avez-vous vécu le confinement avec votre famille?

Je crois que nos enfants, les deux aînés, en ont complètement marre de nous maintenant (rires). Nous sommes bénis d’habiter ici. Nous avons un jardin et vivons près de la mer donc cela a été très agréable. On s’est sentis en sécurité avec tout cet air frais. Mais mes amis, que je n’ai pas revus depuis une éternité, me manquent terriblement. Mon père a 81 ans et nous avons perdu ma mère il y a trois ans, donc il est tout seul. Heureusement, il va bien. Puis ma sœur cadette a cinq enfants que je n’ai pas pu voir. Le manque de contact humain est très dur, comme pour tout le monde.

Vous avez repris le travail pour la série «Mare Of Easttown»?

Oui. Je suis retournée à Philadelphie pour terminer cette mini-série de HBO dont nous avions dû interrompre le tournage. Je me suis retrouvée sur le plateau avec les mêmes personnes qu’avant mais je n’avais pas le droit de les toucher. Ça m’a bouleversée.

Votre façon de choisir vos rôles a-t-elle changé au fil du temps?

Pas vraiment. Je suis toujours mon instinct. J’aimerais tourner une comédie. Je suis assez drôle et pleine d’esprit, vous savez! (Rires) Mais personne ne semble penser que je suis assez drôle pour jouer dans un film marrant, donc je continuerai à incarner des personnages sérieux qui ont une importance historique parce que ça me va très bien!

Qu’avez-vous appris sur vous-même en interprétant un personnage aussi différent de vous que Mary Anning?

Qu’il y a, en fait, quelque chose de beau dans le silence, le calme et la tranquillité. Je ne suis jamais calme ni silencieuse, et il y a toujours de l’animation chez moi et dans ma vie. Vivre séparément des autres pendant le tournage a été un peu bizarre et très dur. Je rentrais chez moi le week-end mais un jour, en semaine, j’ai dit à mon mari : «Je n’y arrive pas. C’est trop difficile. Pouvez-vous tous venir ici?» Le lendemain, il a fait deux heures et demie de route avec les enfants et le chien. A la minute où ils sont arrivés, je me suis dit: «Oh mon Dieu, repartez tous!» (Rires) C’était trop chaotique pendant que je m’efforçais d’entrer dans la peau de cette femme.

Kate Winslet s'est muée en Mary Anning, paléontologue passionnée qui se lie à Charlottte Murchison (l'actrice Saoirse Ronan).

En quoi cette femme est-elle très contemporaine?

Il me semble que la seule différence entre les femmes d’aujourd’hui et de l’époque est leur façon de s’habiller. Nous avions les mêmes désirs, la même force physique, la même capacité de penser par nous-mêmes et travailler pour nous-mêmes, la même capacité d’aimer. En créant cette histoire intime, nous souhaitions absolument célébrer et reconnaître les liens noués entre les femmes au travers de leur travail et leur art. Nous avons aussi lu beaucoup de lettres que s’écrivaient à l’époque des femmes mariées dont l’amitié débouchait sur des relations plus intimes qui duraient parfois toute une vie. C’était une époque où l’on croyait que les femmes ne possédaient pas d’organes du plaisir sexuel, une société patriarcale.

Pour la suite d’«Avatar», vous retrouvez James Cameron, qui vous avait dirigée dans «Titanic». Avez-vous un peu le sentiment de boucler la boucle?

Oui, même si nous avons tous les deux beaucoup changé depuis l’époque. J’ai souvent pensé à lui durant cette pandémie car, depuis «Titanic», j’ai toujours dit qu’en cas de crise mondiale, Jim Cameron serait l’homme de la situation. Il saurait quoi faire, aurait préparé les abris et récolté toutes les dernières informations scientifiques. Et je vous parie qu’il a probablement fait toutes ces choses. Je ne l’ai pas vu durant la pandémie mais c’était extraordinaire de retravailler avec lui.

Comment s’est déroulé le tournage?

Comme nous avions travaillé avec d’énormes volumes d’eau sur le tournage de «Titanic», il a beaucoup appris. Les bassins sur «Avatar» étaient donc incroyables et ultramodernes. L’un d’entre eux s’est fissuré, a dû être vidé et reconstruit, mais il y avait un système en place très efficace et fascinant. J’ai adoré travailler dans ces bassins: j’ai appris à plonger en apnée et à retenir mon souffle durant de longues minutes. La façon de tourner «Avatar» en motion capture et avec une multitude de caméras est remarquable. Je n’avais jamais bossé dans ces conditions et l’expérience était extraordinaire. Mes gosses sont encore plus excités que moi de voir le film.