«C'est ok pour un homme de pleurer» | Coopération
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INTERVIEW
RAG'N'BONE MAN

«C'est ok pour un homme de pleurer»

Rag’n’Bone Man évoque sa vie dans un second album teinté de mélancolie. Le colosse tatoué à la voix d’or nous parle de son nouveau rôle de père, de sa sœur trisomique, des bons côtés de la pandémie et de son malaise face à la célébrité.

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GettyImages
07 juin 2021

Depuis le tube mondial «Human» et l’album éponyme paru en 2017, Rag’n’Bone Man a eu une vie mouvementée. L’ancien aide-soignant de Brighton, à la voix soul incandescente, est devenu riche, célèbre et père d’un petit garçon prénommé Reuben. Il s’est marié en 2019 avec son amie de longue date, avant de se séparer d’elle l’année suivante

Rag’n’Bone Man (Le ferrailleur), son nom de scène, Rory Graham à la ville, s’est aussi rendu à Nashville pour enregistrer son deuxième album «Life By Misadventure» (traduisible par «vie accidentelle»), à la tonalité acoustique et teinté de mélancolie où les ballades se taillent la part du lion mais ne négligeant pas pour autant le rhythm & blues et le rock. Il y évoque sa vie, de sa jeunesse à la gloire et la paternité, sans s’attarder sur sa rupture. Le colosse sensible de 36 ans se confie sur Zoom de chez lui, près de Brighton (Angleterre).

La voix soul incandescente de Rag'n'Bone Man: il sera au MontreuxJazz Festival le 11 juillet, en concert à 18 h et 21 h 30.

Etiez-vous angoissé à l’heure de réaliser ce deuxième disque après le succès du premier?

Franchement, je n’ai pas senti la pression. Dans ma tête, j’ai tourné la page et me suis dit que j’allais tenter de faire quelque chose de totalement différent. La tentation de répéter la même formule était grande. Mais personne n’a envie d’écouter le même disque deux fois.

Pourquoi avez-vous décidé de partir écrire des chansons à Nashville?

J’ai composé la moitié des titres ici et puis l’inspiration s’est envolée. Je me suis senti à plat et ne savais plus de quoi parler. Je crois que j’avais surtout besoin de changer de décor et d’aborder l’écriture sous un nouvel angle. Je suis donc parti avec mon équipe à Nashville (Etats-Unis) pour travailler avec des compositeurs dont j’adore les chansons. On s’est achetés un pick-up et posés à la campagne. On a passé notre temps à écrire dans un ranch, entouré de chevaux. C’était super relaxant et inspirant.

L’album s’ouvre sur «Fireflies», une ballade acoustique dédiée à votre fils de 3 ans. Devenir père a changé votre vie?

Mon fils est né durant l’année la plus folle de ma vie, en été 2017. Mais c’est l’expérience la plus merveilleuse de mon existence, et je crois qu’elle m’a réellement transformé. Du point de vue personnel mais aussi en tant que compositeur parce que je parle plus franchement de mes sentiments. Je n’ai plus peur de dire des choses, parfois brutalement honnêtes, dans mes chansons. J’ai toujours voulu être un auteur qui va droit au but.

Quelles valeurs essentielles voulez-­vous transmettre à votre fils?

Ma génération est très différente de la sienne. Mon éducation ne ressemble pas à celle des enfants d’aujourd’hui. Il est très important pour moi que mon fils sache que c’est ok pour un homme de pleurer. Ce n’est pas un signe de faiblesse. J’aurais aimé qu’on m’ait appris ça quand j’étais gosse. Puis, il faut aussi aider les enfants à croire en eux, à penser qu’ils peuvent réaliser leurs ambitions. Ado, on ne m’a jamais dit que je pouvais devenir musicien, juste que c’était un rêve ou un hobby.

Vous vous êtes marié, puis séparé de votre épouse. Pourquoi n’avez-vous pas souhaité faire un disque de rupture?

Je n’avais pas envie d’écrire des chansons quand j’étais dans cet état parce que je me suis dit qu’il existe déjà assez de musique de ce type. Je trouve que Lewis Capaldi a fait le tour de la question! Le monde n’a pas besoin d’un autre disque de rupture. J’avais envie d’apporter un peu d’optimisme. Et puis, j’ai eu le sentiment que cette période de ma vie n’a pas duré longtemps. Ma femme et moi sommes séparés, pas divorcés. On s’entend très bien et la situation négative n’a duré que brièvement. Je ne pouvais donc pas trop en parler parce que je n’étais plus dans cet état d’esprit.

Vous abordez brièvement la séparation sur une chanson, «Talking To Myself».

Oui, et je n’avais même pas envie de la mettre sur l’album. Je me suis battu avec mon label parce qu’il disait que c’était une très bonne chanson, que je devais l’inclure. Moi, je rétorquais qu’elle était trop triste. Mais il s’agit, en effet, d’un bon titre auquel quelqu’un pourrait s’identifier. Et c’est le but d’une chanson.

Le chanteur Rag'n'Bone Man vient de sortir un second album: «Life by Misadventure».

Vous étiez aide-soignant autrefois. Que vous a inspiré la pandémie?

J’ai eu de la peine pour les aides-soignants, mais aussi pour ceux dont ils s’occupent. Ma sœur est trisomique et a trouvé cette situation très difficile. Si son esprit reste actif, c’est parce que d’habitude elle est très entourée. Elle est toujours occupée et voit des amis. Ces activités sont très importantes pour ces personnes. Leur enlever ça et les laisser seules trop longtemps est terriblement dur. Elles doivent trouver ça étrange et difficile à comprendre.

Qu’est-ce qui vous a manqué le plus pendant cette crise?

On venait de rentrer de Nashville quand le confinement a été instauré. Je ne pouvais aller nulle part ni voir grand monde, évidemment. J’étais triste parce que tous mes concerts ont été annulés, plus d’une trentaine de dates dans des festivals. Et puis, j’ai réalisé que je n’avais plus passé un été chez moi depuis sept ans. Comme mon fils est trop jeune pour aller à l’école, on a pu profiter de passer tout ce temps ensemble. Ça a été le bon côté de cette période sombre.

Vous dites que vous ne vous sentez pas à votre place dans «Anywhere Away from Here», votre duo avec Pink. Ce titre évoque-t-il votre rapport compliqué à la célébrité?

Tout à fait. Je me souviens de ce que j’ai ressenti quand j’ai commencé à être connu. Lorsque j’arrivais quelque part, je me retrouvais face à plein de gens qui me dévisageaient. Je trouvais ce type de situation très difficile et j’avais envie d’être ailleurs. Parfois, je me disais que j’avais peut-être fait une erreur, que cette situation n’était pas pour moi, mais il était trop tard. Je m’y suis plus ou moins habitué, mais je ne suis toujours pas à l’aise avec ça.

Vous n’êtes pas très branché réseaux sociaux…

Non, j’ai quitté les réseaux sociaux parce que ce n’était pas bon pour moi. Je sais qu’il s’agit d’un outil nécessaire dans mon métier mais j’ai des collaborateurs qui s’en occupent pour moi. Si certaines choses doivent être postées en ligne, je n’ai pas besoin de le faire moi-même. Je trouve que je vis mieux sans ça.

Votre chat a toujours son propre compte Instagram, @ragnbonecat?

(Rires) Je ne sais pas, en fait. Je crois bien qu’il l’a toujours, oui!

Une chose qui reste constante chez vous, c’est votre passion des tatouages. Vous faites-vous tatouer dans le monde entier?

J’ai quelques tatouages faits à l’étranger. Je crois que j’en ai un de Berlin, un autre de Los Angeles. Mais la plupart sont d’ici parce que mon tatoueur est un très bon ami et il a un salon à Brighton, qui se trouve à 20 minutes de chez moi. Et puis, il est aussi moins cher!

Avez-vous déménagé à la campagne parce que vous en aviez assez des grandes métropoles?

Oui. Je ne pourrais plus vivre dans une grande ville. Ça me rend claustro et il y a trop de bruit. Et si j’ai déménagé ici, c’est aussi surtout parce que j’ai grandi à la campagne. Et je voulais que mon fils soit élevé à la campagne. C’est un lieu magnifique pour un gosse. On va faire de longues balades dans la forêt avec le chien et mon gamin adore cet endroit. Après une journée de travail frénétique à Londres, je peux vraiment décompresser en rentrant chez moi.