«D'où vient votre énergie, Mr Meylan?» | Coopération
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INTERVIEW
ANDRé-DANIEL MEYLAN

«D'où vient votre énergie, Mr Meylan?»

André-Daniel Meylan sort un nouvel album qui célèbre les petits bonheurs et un clip qui s’amuse avec le suisse allemand et les clichés clivants du röstigraben. Interview d’un touche-à-tout qui a la niaque et qui nous booste de son énergie sur le seuil de 2021.

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darrin vanselow
04 janvier 2021
«Nos petites différences font qu'on est unique»: le musicien André-Daniel Meylan, qui vient de sortir l'album «Célébrations».

«Nos petites différences font qu'on est unique»: le musicien André-Daniel Meylan, qui vient de sortir l'album «Célébrations».

Il sent bon la graisse à fusil, c’est l’avis de la belle Trudi dans son clip, mais André-Daniel Meylan a d’autres qualités. Né à la vallée de Joux, forcément formé en horlogerie, il se consacre vite à la musique, enregistre un disque avec le groupe Sarclon, puis se lance en solo, enseigne en parallèle le théâtre et les arts visuels, et élève deux filles avec sa femme.

Que ce soit avec la vidéo de «Eche lébé dèche», où il joue tous les rôles de son drôle de rap suisse, du troufion à la serveuse en passant par le capitaine, ou au détour de la conversation, André-Daniel aime rire et pratique la bienveillance.

Votre clip est plein d’énergie. D’où vient-elle?

Du plaisir de vivre, d’avoir des projets et de les réaliser.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce clip?

J’ai découvert très tôt, je crois à l’âge de 12 ans pendant une soirée scolaire, l’immense bonheur qu’il y a à déclencher le rire dans une salle de spectacle ou en société autour d’une table. Je prends un malin plaisir à répéter cette sensation de jouissance. Il y avait dans ce disque une chanson qui permettait d’être interprétée un peu à la mode de François Silvant. J’ai toujours admiré sa faculté de passer d’un personnage à un autre. On s’y est pris avec une équipe technique très réduite... Il n’y avait qu’une personne, le réalisateur, Alain Margot. On s’est amusés comme des fous.

Vous avez grandi dans la vallée de Joux. Mais au fait, quel est donc votre rapport avec les Suisses allemands?

Ma maman était Suisse allemande! On allait en vacances chez les cousins cousines. J’ai toujours trouvé la barrière de rösti complètement ridicule. C’est des gens comme nous. Pour le gag, c’est vrai qu’il existe des préjugés. Vous allez rigoler. Mon père, qui était défenseur du français, ne voulait pas que notre mère nous apprenne «cette langue de barbares», disait-il. Ce qui était absolument ridicule. On a quand même fini par l’apprendre. Cette chanson est un clin d’œil avec des mots typiquement suisses allemands comme Donnerwetter et Chuchichäschtli.

Chuchichäschtli?

Ça veut dire petite armoire. C’est comme si on disait nom d’une pipe! Je trouve que dans la période actuelle, c’est important de trouver des moments pour rigoler, pour se détendre, pour oublier.

Vous alliez où en vacances?

Ma maman venait du canton d’Argovie, d’un tout petit village, Fislisbach. On allait dans la ferme familiale, mon grand-papa était paysan. Des deux côtés d’ailleurs. Mes grands-parents paternels et maternels était des gens de la terre, ce dont je suis très fier. Cela donne le sens de la réalité, et les pieds sur terre.

Ça vous a donné un rapport à la nature spécifique?

Personnellement j’ai passé toutes mes vacances et tout mon temps libre chez le paysan du village, jusqu’à mes 14 ans, et je voulais être paysan. Mais finalement, comme dit Francis Cabrel, mon chemin a rencontré une guitare et mon chemin a bifurqué.

Qu’est-ce qui vous a mené à la musique?

Mes parents étaient bon musiciens amateurs. Mon père jouait très bien du piano et de la guitare. On était une famille très simple, des ouvriers horlogers. Les soirées d’hiver, qui étaient un peu longues à la vallée de Joux, se déroulaient souvent autour du piano. Je me souviens, le lampadaire était allumé. Mon père accompagnait au piano, et ma mère chantait des yodels. C’est très émouvant de se souvenir de ça. Un ami de la famille m’a offert, il y a quelque temps, un enregistrement de la voix de ma mère qui chante il y a 40 ans. Pour moi, c’est un peu un trésor. La voix des gens, lorsqu’ils ne sont plus de ce monde, c’est assez touchant.

Vous enseignez le théâtre et les travaux manuels. Que souhaitez-vous à vos élèves?

Je n’enseigne plus depuis deux ans, mais mon but, en plus d’apprendre les fondamentaux de mes branches, a toujours été d’encourager et d’aider les élèves à développer leur différence, ce qui fait leur particularité, leur personnalité, ce qui fait qu’ils vont trouver leur bonheur personnel dans la vie. Parce que faire comme tout le monde, c’est moyennement intéressant. Il faut faire son chemin. Et je pense que nos petites différences font qu’on est unique et nous permettent de nous épanouir. C’est un but de la vie, si possible, de s’épanouir!

L'enjambée d'André-Daniel Meylan (67 ans) au bord du Léman (ici à Cully), où le musicien nous dit les secrets de son énergie.

Vous-même, qui êtes musicien et ne pouvez pas jouer dans des salles, comment allez-vous de l’avant?

C’est en même temps un grand malheur, ce coronavirus, et en même temps un truc qui nous offre des opportunités. Personnellement, je découvre les réseaux sociaux, dont je n’étais pas du tout ni adepte ni addict, et je me rends compte que c’est finalement une bonne manière, si ce n’est la seule, d’aller vers le public. Je trouve aussi que ça nous a permis de retrouver des valeurs fondamentales, et de ralentir. Je suis plutôt bâti sur des ressorts, et ralentir, ça me fait un bien extraordinaire. Un grand luxe pour moi, c’est de prendre les escaliers à côté d’un ascenseur. S’autoriser à ne pas être forcément performant. Laisser la vie couler tranquillement. Retrouver des plaisirs aussi simples qu’un feu de brindilles, l’odeur de la pluie.

Votre album s’appelle «Célébrations». Il célèbre les petites choses?

Surtout les bonnes choses et les choses heureuses. Et «Aujourd’hui ici et maintenant» parle de cette pleine conscience, de ne pas se projeter dans l’avenir et de ne pas regretter ce qu’on n’a pas eu, et se contenter de ce qu’on a aujourd’hui. Il y a une phrase que j’aime beaucoup dans cet ordre d’idées: le bonheur, c’est continuer à désirer ce que l’on possède. S’abstenir de vouloir ressembler aux autres, courir plus vite que les autres… manger plus gras ​(Il rit).

Vous avez écrit une chanson qui s’appelle «Le meilleur de nous-mêmes». Elle parle de solidarité, non?

Complètement. Je l’ai écrite sur une plage en Inde, c’était bonnard! Je voyais les pêcheurs rentrer des barques remplies de poissons, ou pas, et porter les barques sur le bord de la rive en se faisant chahuter par les vagues. Cette chanson a trouvé un très grand succès dans les chœurs et chorales de toute la francophonie. Vous pouvez jouer au chanteur maudit qui s’enferme dans sa tour d’ivoire, qui est sûr d’être un très grand génie, mais incompris, et vous pouvez faire de la musique pour la partager. Je suis heureux quand ça peut arriver. Evidemment, dans le rap il n’y a pas beaucoup de mélodie, dans le slam pas du tout, du coup les chorales sont bien ennuyées pour interpréter ces titres. Par contre moi, j’en suis encore à faire des mélodies. Mon plus grand bonheur, c’est de chanter. Je ne prétends pas avoir quelque chose à dire. Si j’écris, c’est pour pouvoir chanter.