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INTERVIEW
MONICA BELUCCI

«J'ai bien les pieds sur terre»

Femme admirée, actrice souvent primée, Monica Bellucci nous explique que la seule beauté ne suffit pas pour faire une grande carrière. Et par exemple quand un homme commence à l’ennuyer.

18 janvier 2021

Peut-on dire que vous êtes une icône de beauté, voire un sex-symbol? Ou trouvez-­vous que ces expressions sont aujourd’hui inappropriées?

Je ne ressens pas la beauté extérieure comme quelque chose de pesant ou de stressant. On sait qu’elle ne dure pas éternellement. Lorsque la beauté de la jeunesse disparaît, elle est remplacée par la beauté intérieure et la sagesse.

Quand avez-vous débuté au cinéma?

J’avais 27 ans et, à cette époque, je n’étais certainement pas la meilleure des actrices. Francis Ford Coppola m’avait donné un petit rôle dans le film «Dracula» d’après l’œuvre de Bram Stoker, et j’ai saisi ma chance. J’ai vite compris que je devrais me battre si je voulais ne pas dépendre de mon apparence. Il y a beaucoup de jolies femmes dans le monde.

Quand même, vous avez par la suite séduit James Bond…

C’est vrai! Au moment des tournages de «Spectre», j’avais 50 ans et j’étais donc plus âgée que Daniel Craig, alias 007. (Elle rit) C’était une petite révolution dans le monde du cinéma.

Etes-vous parfois une vraie diva?

Non, j’ai bien les pieds sur terre! Mais c’est un fait, le risque que des acteurs ne fassent plus la différence entre la personne qu’ils sont vraiment et leur image est bien réel.

Comment en arrive-t-on là?

Vous tournez un film, vous êtes photographié pour les couvertures des magazines, vous faites la promotion du film. Petit à petit, il se crée une image qui, à un moment ou à un autre, se détache de vous et n’a plus grand-chose à voir avec vous. Si vous croyez vraiment que vous êtes ce que projette cette image, vous êtes alors en danger!

«Les hommes ne s’en sortent pas tous très bien»

Monica Belucci

Vous avez également le courage d’affronter la laideur?

Je l’ai déjà prouvé dans «Un été brûlant» de Philippe Garrel. Nous avons tourné un mois après la naissance de ma deuxième fille. Je l’allaitais toutes les deux heures et dormais à peine la nuit. Pourtant, je jouais le rôle d’une femme qui devait être dangereusement sexy! J’avais en plus pas mal de scènes de nu, bien que mon corps était loin d’être au mieux de ses formes. En clair, je n’étais pas à mon avantage, mais j’étais encore tellement dans l’euphorie de la naissance que ça ne m’a rien fait.

Ce que vous dites paraît très beau et sans prétention…

J’ai trouvé, et je trouve encore, tout cela très bien. Justement parce que je n’étais pas parfaite et que je me sentais vulnérable. C’est aussi pour cette raison que le film est beaucoup plus humain et qu’il a touché les gens.

Vous avez tourné avec Robert De Niro dans «L’amour a ses raisons». Vous étiez un couple bien assorti?

Absolument, car il y était tellement italien! C’était fantastique de travailler avec lui. Tout le monde sait que c’est un acteur extraordinaire, mais très peu de gens savent que c’est aussi une personne fantastique!

Comment était-il?

Sur le plateau, il était gentil avec tout le monde. C’est vrai. Et incroyablement courtois, respectueux. Je crois que nous étions tous surpris de voir que ce dieu du cinéma était d’un abord aussi facile et humble.

Quand trouvez-vous qu’un homme est beau?

La perception de la beauté est quelque chose de très personnel. Ce qui la rend intéressante. La beauté objective peut aussi être très ennuyeuse. Je ne crois pas à la beauté seule: je m’ennuie très vite s’il n’y a rien derrière. Dans ce cas, la beauté disparaît en quelques minutes.

«Irréversible» est resté dans les annales de Cannes comme le «film le plus abandonné par les spectateurs» en raison de ses scènes de grandes violences. De nombreux critiques ont aussi quitté la salle.

Le film (ndlr: sorti en 2002), évidemment, est extrêmement violent. Oui. Il montre la monstruosité qui habite l’homme – mais aussi sa beauté. En quittant la salle prématurément, les gens ne pouvaient pas saisir la dimension du film. Ils sont complètement passés à côté de la poésie de la fin.

Dix-sept ans plus tard, Gaspard Noé présente cette œuvre dans une nouvelle version, maintenant disponible en DVD. Le film original est déjà devenu culte au fil des années …

Oui, le film est intense et dérangeant. Mais il a aussi joué un rôle décisif en déclenchant à l’époque un débat public dont nous avions grandement besoin. Au début du siècle, «Irréversible» a soulevé une vague d’indignation. Aujour­d’hui, au contraire, tout le monde est d’accord pour dire que le message du film est important. Les films peuvent nous changer, comme «Orange mécanique», ou «La Vie d’Adèle – Le bleu est une couleur chaude». Ce sont des films perturbants, douloureux, mais également très beaux, à leur façon.

Dans «Irréversible», il est aussi question d’oppression et de violences faites aux femmes. Ces thèmes sont-ils traités autrement depuis le mouvement #MeToo?

Oui! Quand je regarde mes filles, je vois une génération qui gère ces questions sensibles complètement différemment. Les règles de notre culture changent. Nous pouvons aborder ces thèmes de façon plus claire, et les femmes peuvent aussi évoquer ces choses plus directement. «Irréversible» est en fait un film féministe qui a été réalisé par un homme. Car les hommes ne s’en sortent pas tous très bien.

Vous étiez d’ailleurs mariée à l’époque avec l’un des acteurs, Vincent Cassel. Ce film a-t-il eu des conséquences sur votre relation avec votre mari?

Nous avons divorcé dès que le film a été terminé. (Elle rit) Non, bien sûr, je plaisante. En réalité, cela a été une magnifique expérience. Il était d’ailleurs beaucoup plus facile de tourner les scènes intimes en étant mariés. Ça aurait été complètement différent avec un autre acteur. Je ne suis encore jamais allée aussi loin dans un rôle. C’est pourquoi j’étais très heureuse que mon partenaire soit aussi mon mari dans la vie. Ça a été pour moi une expérience intense et captivante. Il y avait des scènes qui duraient presque 20 minutes, c’est une durée inhabituelle pour le cinéma. En ce qui me concerne, j’ai vécu cela plutôt comme une pièce de théâtre.

Vous pourriez tourner exclusivement dans de grosses productions comme «Matrix» ou les «James Bond». Mais vous participez aussi à des projets d’art et d’essai d’un réalisateur kurdo-iranien. Est-ce par générosité artistique?

Non, non, non – ce sont aussi de grands films, vraiment! Pour moi, le budget n’est pas réellement important. Je peux m’estimer heureuse de pouvoir travailler avec des artistes aussi talentueux que Bahman Ghobadi. Son «Rhino Season» était un film fort et très intéressant. Son budget était assez modeste, à l’inverse de sa dimension artistique qui était immense! Bahman est un réalisateur remarquable. L’équipe venait de Téhéran; elle était jeune, pleine d’énergie et de curiosité. Pour toutes ces raisons, cela a été une expérience formidable. 

 

Monica Bellucci

Dans un nouveau film

Monica Bellucci est née en 1964 en Ombrie, dans le centre de l’Italie. Elle a étudié le droit tout en travaillant comme modèle. Elle débute au cinéma en 1990 et a tourné depuis dans plus de 70 productions. L’actrice dit miser sur l’acupuncture plutôt que sur le botox. Monica Bellucci vit à Paris avec ses deux filles Deva (16 ans) et Léonie (10 ans), qu’elle a eues avec l’acteur Vincent Cassel. Prochain film (sortie annoncée cet été): «Les Fantasmes», des frères Foenkinos, six tableaux sur l’amour d’aujourd’hui.