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PORTRAIT
DIDIER PITTET

«J'aime le contact avec la terre»

Le célèbre épidémiologiste Didier Pittet, père de la popularisation du gel hydroalcoolique, a grandi dans un milieu modeste. Il adore passer du temps dans la nature, notamment dans le potager de sa maison à la campagne.

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Patrick Gilliéron Lopreno
08 mars 2021
Pour le médecin Didier Pittet – ici dans son bureau des HUG –, la vaccination est une étape clé vers la sortie de la crise sanitaire.

Pour le médecin Didier Pittet – ici dans son bureau des HUG –, la vaccination est une étape clé vers la sortie de la crise sanitaire.

Les stéréotypes ont la vie dure: on imagine souvent les scientifiques arc-boutés dans un rationalisme intransigeant. Avec Didier Pittet, épidémiologiste de renommée mondiale, on découvre une personnalité sensible, animée par l’amour de la nature et un penchant pour la spiritualité. Dame! Le médecin genevois de 63 ans a crevé les écrans de la popularité en contribuant à la diffusion planétaire du gel hydroalcoolique, prouesse qui lui a valu d’être anobli par la reine d’Angleterre. Le directeur du service de prévention et de contrôle de l’infection aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) s’est imposé comme l’un des oracles de la crise sanitaire, prodiguant conseils et analyses dans les médias. Et suprême honneur, le président Macron l’a nommé à la tête de la mission indépendante d’évaluation de la gestion de la pandémie de Covid-19 par la France.

Des parents fervents catholiques

Cette gloire n’a pas hypertrophié son ego, au point de le transformer en star inaccessible. Bien au contraire, Didier Pittet rappelle sans pathos ses origines modestes. Né d’une mère au foyer et d’un père électricien, enfant de Lancy (GE) où il a grandi, il se plaît à décrire un épisode marquant de son histoire familiale: «Quand je suis venu au monde, le 20 mars 1957, mes parents avaient une toute petite voiture, une Fiat Topolino. Ils l’ont vendue pour pouvoir m’acheter une poussette.»

Très tôt, au contact de parents fervents catholiques, Didier Pittet baigne dans une atmosphère de religiosité. Il rejoint sans tarder les enfants de chœur de la paroisse du Christ-Roi au Petit-Lancy. Cette dimension spirituelle ne le lâchera plus, nourrissant même des rêves de prêtrise. «Si j’en crois ce que disait ma mère, j’aurais, dès mon plus jeune âge, exprimé le désir de devenir médecin. Néanmoins, j’ai eu une période de ma vie, pendant l’adolescence, où j’envisageais de porter la chasuble. Finalement, je n’ai pas pris la direction du séminaire mais celle du cycle d’orientation.»

Le souvenir des séjours à la montagne

Prompt à évoquer son enfance, Didier Pittet se délecte du souvenir des séjours à la montagne dans une colonie de vacances pour enfants au cœur d’un ancien hôtel de La Fouly (VS), racheté, à la suite d’une faillite, par un mécène de la paroisse du Christ-Roi. «J’y allais au début des années 1960 avec mes parents, qui retapaient la maison. On courait dans les champs pendant qu’ils travaillaient. Très vite, je suis devenu colon, grand colon, moniteur, animateur et, enfin, codirecteur de la colonie avec l’abbé, qui gérait l’animation spirituelle.»

L’épidémiologiste – il s’est formé aux Etats-Unis sous l’impulsion de son mentor, le professeur Francis Waldvogel – parle de La Fouly avec tendresse. Intarissable, il dépeint un endroit magique niché à 1600 mètres d’altitude, entouré de glaciers, de pâturages en pente d’un vert exceptionnel, avec des fleurs au moment de la floraison, un lieu propice aux randonnées en montagne.

Le jardinage comme hobby

On l’aura deviné, la passion pour la nature forme un autre pan de la personnalité de Didier Pittet. Elle se double d’un goût insoupçonné pour la contemplation. Dans sa maison de la Croix-de-Rozon, en pleine campagne genevoise, le médecin choie son jardin potager, tout en observant la nature avec les yeux de Chimène. Didier Pittet aime le contact avec la terre, se régale de la nature quand elle s’endort et se réveille, quand elle prend des couleurs. «Planter des tomates ou des salades me détend. Je me lève tôt, vers 5 h du matin. Du coup, au printemps, en été ou en automne, je prends plaisir, aux aurores, à passer un peu de temps dans mon potager», révèle ce père de quatre enfants nés d’un premier mariage et qui élève deux enfants d’un deuxième mariage.

L’actualité liée à la pandémie nous arrache à cette quiétude. Pour Didier Pittet, la vaccination constitue un tournant décisif vers la sortie de la crise sanitaire. «Elle est un outil utile et efficace. Elle permettra, notamment, d’accélérer l’immunité collective, mais cela prendra du temps.» Et d’ajouter: «Il faut tirer un enseignement majeur de cette période: quand on oublie la santé ou quand on néglige les systèmes de santé, on perd l’économie et on peut même perdre politiquement un pays.» 

 


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