«Je dis les choses comme elles sont» | Coopération
X

Recherches fréquentes

INTERVIEW
ZARA LARSSON

«Je dis les choses comme elles sont»

Zara Larsson a pris son temps pour réaliser son nouveau disque. L’égérie pop suédoise nous parle de la pression du succès, de l’amour qui l’inspire, de ses élans féministes, du climat hostile de Twitter et de son insatisfaction permanente.

05 mars 2021

C’est en training et à peine sortie du lit que Zara Larsson nous dit bonjour via Zoom de Stockholm. La chanteuse de 23 ans s’excuse de son retard à cette heure matinale (l’attachée de presse de son label a dû la tirer des bras de Morphée) et on ne lui en tient pas rigueur. Son nouvel album, «Poster Girl», sorti vendredi dernier, s’est lui aussi fait désirer. Elle y décline les vertiges de l’amour sur des ambiances dance-pop et R’n’B avec l’aide d’un bataillon de producteurs chevronnés. Et s’offre un pas de deux avec son nouveau compagnon dans le clip de «Talk About Love».

Votre nouvel album s’est fait attendre quatre ans, une éternité dans la pop. Pourquoi?

Vous avez raison. Mais je trouve que 2020 ne compte pas! Je peux dire ça?

OK, alors disons trois ans!

Même trois ans, c’est vraiment long. Je suis quelqu’un de très désordonné. Mes idées partent dans tous les sens, mes fringues traînent partout et c’est la même chose avec mes chansons. J’avais envie d’essayer plein de trucs différents mais aussi de confectionner un véritable album, même si les gens écoutent plutôt des playlists de nos jours. Et puis je suis perfectionniste. J’ai senti la pression de réaliser un disque parfait parce que le précédent, «So Good», avait si bien marché.

Pourquoi n’avez-vous pas inclus des hits récents comme «Don’t Worry Bout Me» ou «All The Time» dans le disque?

J’aurais pu, mais j’avais envie d’ajouter deux nouvelles chansons à la place pour que la majorité de l’album soit composée d’inédits. Franchement, «So Good» était une collection de singles avec une poignée de nouveaux titres en plus. Je voulais réaliser un disque à l’ancienne, en travaillant sur la promotion des chansons après sa publication. Mais ne pas inclure ces deux titres n’a pas été facile.

Tout le monde sait que vous êtes amoureuse. Ces nouvelles chansons le reflètent-elles vraiment?

Oui, mais je crois que toutes mes chansons parlent d’amour. Comme cette fois j’ai explicitement dit que ce disque parle d’amour, les gens y pensent peut-être plus, mais il est question d’amour dans presque tout ce que j’écris.

Pourquoi cette obsession?

C’est le meilleur feeling du monde, ou le pire ! L’amour nous fait ressentir une myriade d’émotions et tout le monde comprend ça. Mais je trouve que cet album est aussi très direct. Je dis les choses comme elles sont. Et puis, je ne suis plus adolescente mais une jeune femme. J’avais envie d’évoquer ce qui s’est passé dans ma vie ces quatre dernières années et l’amour y a joué un grand rôle. Je crois que c’est la raison pour laquelle nous sommes tous ici: pour nous sentir aimés et donner de l’amour.

Vous dites que la scène est votre endroit préféré. Comment avez-vous vécu les douze derniers mois?

Je me suis sentie un peu perdue, comme si je n’avais plus de but. Je n’ai pas fait grand-chose. En fait, ce n’est pas vrai. J’ai beaucoup bossé, mais pour moi ce job n’en est pas vraiment un. Ce n’est pas dur, juste fun. Je peux travailler toute la journée, rentrer à la maison et me demander: «Pourquoi tu n’as rien fait?» Mais c’était hyper ennuyeux et triste de ne pas être sur scène. Mon identité est tellement liée à mon métier d’artiste que je me suis sentie désorientée. Maintenant, je suis très contente. Je prépare un grand concert live en streaming qui sera probablement la meilleure performance de ma carrière.

A quel point vous engagez-vous à défendre les femmes et le féminisme?

C’est en train de devenir partie intégrante de qui je suis. Même si je fais moins de bruit qu’avant à ce propos sur mes réseaux sociaux, j’ai des opinions très claires. Je tenais un blog sur le sujet. Et je soutiens toutes les mesures nécessaires pour parvenir à l’égalité entre hommes et femmes.

Comment gérez-vous les trolls en ligne? Sont-ils l’une des raisons pour lesquelles vous faites moins de bruit aujourd’hui?

Un peu. J’ai arrêté mon blog parce que ce n’était plus à la mode mais à l’époque, je ne me rendais pas compte de la sévérité du problème. Les gens étaient vraiment méchants avec moi, ou plutôt infects. Je ne me suis pas rendu compte à quel point j’étais anxieuse jusqu’à ce que j’arrête le blog et prenne du recul. Si quelqu’un s’attaque à moi parce que je suis une féministe, je réponds: «Oh, c’est tellement triste que tu ne sois pas sensibilisé sur le sujet». Mais, malgré tout, on est humain, on a des sentiments et instinctivement, on veut être aimé. Et je ne pense pas que nos cerveaux comprennent ça.

C'est-à-dire?

Ce n’est jamais agréable de se faire insulter, mais je trouve plus facile de balayer ça quand l’attaque n’est pas personnelle. Ce qui est bizarre, c’est que les gens pensent me connaître parce qu’ils me suivent sur internet. Mais je ne montre qu’une toute petite partie de moi et on me juge là-dessus. Avant, si quelqu’un m’insultait, je ripostais immédiatement. Maintenant, je ne gaspille plus mon énergie. Surtout sur Twitter et tous ces sites où le climat est hostile. Il faut se rappeler que rien de ce qui se dit sur internet n’est vraiment très profond.

Bon, je dis ça pour me protéger mais parfois, c’est vraiment dur. Je mentirais si je disais que ça ne me touche pas.

De qui ou de quoi êtes-vous la «poster girl», l’égérie? De la Suède?

J’adorerais représenter la Suède. L’égérie de la pop suédoise ou en tout cas une d’entre elles… Je ne sais pas si je peux dire ça parce qu’on a ABBA, Agnetha Fältskog, Robyn. On a aussi plein de compositeurs et de producteurs incroyables. C’est génial d’être une artiste pop suédoise quand on se rend à l’étranger. Si tu dis que tu es Suédois et que tu fais de la pop, les gens te respectent parce qu’ils connaissent ton héritage.

Vous avez connu le succès très jeune. Qu’est-ce qui vous aide à garder les pieds sur terre?

Le fait de croire que tout ce que je fais n’est pas si bon! (Rires) Franchement, je ne suis jamais contente de rien. C’est à la fois une bénédiction et une malédiction: ça me pousse à m’améliorer, mais me laisse aussi perpétuellement insatisfaite. Je ne laisse rien me monter à la tête. Même si parfois j’aimerais bien; ça me permettrait de profiter un peu plus des choses.

C’est peut-être votre ambition…

Je suis très ambitieuse mais je pense aussi que le travail n’est pas tout. Je dois me rappeler parfois qu’être chanteuse est mon hobby, ma passion, mon job, mais qu’il s’agit juste d’un job. Mon métier ne définit pas mon identité tout entière. Tu peux être doué pour une chose mais cela ne signifie pas que tu es une bonne personne et je trouve important d’être une bonne personne. J’ai envie d’être aimée pour qui je suis, plus que pour ce que je fais, c’est-à-dire chanter.