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INTERVIEW
PASSENGER

«Je rêve de pouvoir donner à nouveau des concerts»

Mike Rosenberg, alias Passenger, met du baume au cœur des amoureux déçus avec un beau disque né d’une rupture. Rencontre avec le troubadour anglais.

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Getty Images | Mila Austin
11 janvier 2021

Depuis le succès planétaire de son tube «Let Her Go» il y a quelques années, Passenger a enchaîné disques, tournées et concerts de rue. Freiné dans son élan par le confinement au printemps, le troubadour à la voix éraillée et guitare folk revient avec un 13e album, «Songs For The Drunk And Broken Hearted». Inspirées par une rupture, ces «chansons pour les ivrognes et ceux qui ont le cœur brisé» soignent le vague à l’âme à coups de douces et belles mélodies pop-folk. Installé sur la terrasse d’un hôtel londonien, l’affable Britannique de 36 ans évoque son break forcé, le besoin de noyer son chagrin, la tristesse du clown, son amitié avec Ed Sheeran, ses souvenirs festivaliers en Suisse romande. Et ses vœux pour 2021.

Vous êtes un artiste prolifique mais la pandémie vous a forcé à ralentir…

Oui, ces dix dernières années, j’ai passé neuf mois sur douze sur la route. Et quand j’étais chez moi, j’enregistrais un album. Je crois que je suis accro au boulot. Si ça ne tenait qu’à moi, je ne me serais probablement jamais arrêté, j’aurais continué à enregistrer et à donner des concerts sans reprendre mon souffle. Le Covid est un désastre et le confinement a été très dur, mais son bon côté, c’est qu’il m’a forcé à rester un peu tranquille. Ça s’est avéré bon pour ma santé et aussi d’un point de vue créatif.

«Montreux est l’un de mes festivals préférés, il y a un truc magique»

Mike Rosenberg (Passenger)

L’album était terminé début 2020…

Et il était prêt à sortir en mai. Mais je trouvais dommage de ne pas le promouvoir à cause du confinement. D’habitude, je pars jouer dans la rue pendant des mois avant la sortie d’un disque. Ça peut sembler fou mais c’est génial d’arriver dans une ville et de faire découvrir l’album à une centaine ou un millier de personnes en donnant un concert gratuit. J’adore jouer dans la rue et c’est une excellente façon de susciter l’intérêt. J’ai donc reporté la sortie et tant mieux, parce que j’ai composé une tonne de chansons pendant le confinement. Trois d’entre elles ont pris la place des maillons faibles du disque. Comme dans un match de foot, quand on change trois joueurs dans l’équipe: la qualité du jeu en sort renforcée!

Le disque est inspiré par une rupture?

Oui, j’ai rompu avec ma copine il y a un peu plus d’un an. Je ne suis évidemment pas le premier à écrire des chansons sur ce thème parce qu’il s’agit d’une période où l’on se sent très vulnérable. Beaucoup d’émotions remontent à la surface. Quand on sort d’une relation, on vit des mois étranges où le monde semble chamboulé. On se retrouve seul pour la première fois depuis des années et c’est terrifiant. Comme beaucoup de gens, j’ai probablement trop bu pendant cette période et pris de drôles de décisions, ce qui n’est pas très utile. J’essaie donc juste de décrire ça dans ces chansons, pas seulement pour moi mais pour les autres. Je considère ce disque presque comme un guide pratique pour aider les gens à surmonter cette épreuve.

Mike Rosenberg, ici en concert à Bologne, aime beaucoup le festival de Montreux et a joué aussi au bord du Léman, au Caribana Festival.

Vos nouvelles chansons sont peuplées de personnages qui ont le cœur brisé et noient leur chagrin. Avez-vous rencontré certains d’entre eux?

Quand on grandit en Angleterre et fréquente les pubs, on tombe sur des gens comme Suzanne (ndlr: titre d’une chanson du disque), cette femme âgée, assise seule dans un bar, en train de fumer et ressasser ses erreurs de jeunesse. «Remember To Forget» parle du gars qui est lui aussi seul dans un pub et tente maladroitement d’entamer la conversation avec toi et tes amis tout en renversant sa bière partout. Tous ces personnages bouleversants ont en commun l’alcool, le truc qui soulage leur souffrance et qui est socialement acceptable. En Angleterre, que tu sois heureux, triste ou désespéré, va au pub et tout ira bien!

Pourquoi êtes-vous maquillé comme le Joker dans le clip de «A Song For The Drunk And Broken Hearted»? Et qu’est-ce qui vous plaît dans la figure du clown triste qui illustre la pochette de l’album?

Tout d’abord, je suis un immense fan du Joker et de la dernière trilogie de «Batman». Le clip était un prétexte pour me grimer comme lui et lui rendre hommage. Et puis cette chanson parle de ces instants où tu es en train de boire dans un pub et ne t’amuses pas: soit parce que tu es là avec les mauvaises personnes ou parce que tu es dans le mauvais état d’esprit. Et l’alcool amplifie juste ce que tu ressens. Le clown représente ce qu’on nous apprend à faire quand on est petits, c’est-à-dire à afficher un sourire, à faire bonne figure et à se montrer fort même quand le cœur n’y est pas. Et cela peut faire des dégâts.

Votre pote Ed Sheeran a produit le single «Sword From The Stone». A quand remonte votre amitié?

J’ai rencontré Ed l’année où j’ai commencé à jouer dans la rue. Je devais avoir 23 ans et lui 16 ou 17. On partageait l’affiche d’un concert à Cambridge, dans une salle minuscule, devant une trentaine de spectateurs. Je l’ai regardé sur scène et je n’en revenais pas. Son charisme, ses chansons et sa voix étaient sidérants. Je me suis demandé qui était ce fichu gamin! Et puis, il m’a regardé jouer à son tour et je crois qu’il a apprécié. On a tout de suite sympathisé et dans les années qui ont suivi, on a donné des concerts ensemble à Londres et ailleurs. Quand il est devenu une star, il s’est montré très généreux avec moi et m’a emmené avec lui en tournée. Il a beaucoup contribué à provoquer le tsunami de «Let Her Go».

Vous arrive-t-il de penser à ce tube quand vous composez?

Bien sûr. Une fois qu’on a écrit une chanson qui connaît le succès, c’est un peu comme si tout le monde s’attendait à ce que tu en aies une autre. Sinon, on voit ça

comme une sorte d’échec, ce qui est idiot parce que je ne savais pas que «Let Her Go» allait devenir un tube. Pour moi, ce succès a juste été un immense bonus.

Avez-vous toujours su que vous alliez faire ce métier?

Oui. Je n’étais pas particulièrement doué pour l’école, pas parce que je manquais d’intelligence mais parce que je m’en fichais, ça ne me parlait pas. La musique et le foot ont toujours été mes passions, et je n’étais pas assez bon pour devenir footballeur. J’ai donc appris à jouer de la guitare et commencé à composer des chansons à 14–15 ans. Vu la réaction des gens, je sentais que j’avais du potentiel. Alors j’ai quitté l’école à 17 ans et commencé à jouer dans des pubs et des endroits comme ça. Quand tu es gamin, tu te fais une fausse idée du métier de musicien. Tu imagines la gloire et les numéros 1. Puis, tu réalises que cela n’arrive pas à la majorité des gens. C’est un peu comme de gagner à la loterie. Alors quand cela m’est arrivé, j’ai eu l’impression d’avoir une chance incroyable.

Que souhaitez-vous pour 2021?

Probablement la même chose que tout le monde, c’est-à-dire le retour à une certaine normalité. Je souhaite également que le Brexit se casse la gueule et que le Royaume-Uni reste miraculeusement dans l’Union européenne! Et puis, je rêve de pouvoir donner à nouveau des concerts.

Vous avez une date prévue en Suisse…

Oui, à Zurich (ndlr: au Volkshaus, le 3 octobre). On est aussi censé se produire dans les festivals d’été en Suisse. J’espère donc que ça se concrétisera. Montreux est l’un de mes festivals préférés, c’est un endroit vraiment spectaculaire. J’ai eu la chance d’y jouer deux fois et il s’y passe un truc vraiment magique. Avec tous les artistes incroyables qui sont passés par là, on y sent une énergie particulière. Je me souviens aussi d’un concert à Paléo sous une pluie torrentielle. Les gens ont mis leur capuche et continué à s’éclater, c’était génial!