«L'écriture est mon poumon» | Coopération
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Portrait
Jean-Bernard Vuillème

«L'écriture est mon poumon»

Parmi les écrivains les plus connus de la littérature romande, Jean-Bernard Vuillème vient de sortir «La Mort en gondole». A cette occasion, il évoque son milieu familial, sa découverte de l’écriture et ses passions.

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David Marchon
09 août 2021
L'écrivain Jean-Bernard Vuillème (71 ans) s'est découvert une passion pour la marche.

L'écrivain Jean-Bernard Vuillème (71 ans) s'est découvert une passion pour la marche.

On s’interroge souvent sur la personne tapie derrière les personnages et l’univers que crée l’artiste: avec l’écrivain chaux-de-fonnier Jean-Bernard Vuillème, le dévoilement prend le chemin de la pudeur sans crispation, de l’humour détaché et du regard chirurgical sur le moi et le monde.

Essayiste et romancier à succès (il a reçu plusieurs distinctions comme le Prix Schiller 1996 et le Prix Renfer 2017, notamment), auteur d’une vingtaine d’ouvrages, journaliste et chroniqueur littéraire, Jean-Bernard Vuillème vient de publier La Mort en gondole, aux Editions Zoé. Il y décrit, avec cette patte crépusculaire et ironique dont il est coutumier, la fuite à Venise d’un homme vieillissant parti épauler une étudiante qui travaille sur le suicide du peintre chaux-de-fonnier Léopold Robert (1794–1835).

Poids du secret

Né en 1950, Jean-Bernard Vuillème – mère au foyer issue d’un milieu très catholique des Franches-Montagnes et père technicien – évoque sans tâtonnements une enfance cadenassée par le secret: la découverte que son père n’était pas son père biologique. «Dès mon plus jeune âge, j’ai perçu par instinct, par sensation, par un sentiment d’étrangeté quasi physique, que quelque chose clochait», confie-t-il. Cette fêlure, il la narrera dans Le Fils du lendemain (Editions Zoé, 2006).

La rencontre avec la littérature survient très tôt dans ce contexte familial peu serein. Jean-Bernard Vuillème commence à écrire dès l’adolescence, par besoin de se trouver ou de ne pas se perdre. En classe, la rédaction et la composition sont les branches où il excelle. «Pour moi, l’écriture est très vite devenue un poumon, une respiration et même une nécessité.»

Expression de l’indicible

A ses yeux, la littérature ne relève pas d’un propos de sociologue, de psychologue ou d’historien. Elle cimente tous ces volets, au point qu’elle seule peut révéler ce qu’est vraiment l’humanité, au-delà des discours et des disciplines. «Tout ce qui s’apparente aux arts exprime d’ailleurs ce qu’il y a de plus indicible dans l’humanité», souligne Jean-Bernard Vuillème.

Autodidacte, l’écrivain n’a pas suivi de cursus scolaire ou universitaire classique. «En revanche, j’ai toujours été avide de savoir. J’ai toujours beaucoup lu. Lors de la remise de mon premier prix en 1991, le Prix Auguste Bachelin, on m’avait attribué d’autorité un titre universitaire que je n’avais jamais possédé. J’avais tout de même jugé utile de démentir», plaisante-t-il.

Rôle de la paternité

Père de trois enfants issus de deux mariages, Jean-Bernard Vuillème concède que la paternité constitue l’une des expériences de vie les plus difficiles à assumer et à réussir. «Elever un être, l’éduquer, l’aider à prendre pied sur cette Terre et dans la société, éviter les erreurs, rester dans le juste n’est pas chose aisée. Etre mère et être père, c’est une responsabilité importante, l’une des plus importantes qu’on puisse assumer en tant qu’être humain.»

Quelle relation entretient-il avec cette mort qui rôde dans son dernier ouvrage? Jean-Bernard Vuillème se dit bouleversé et interpellé par la Grande Faucheuse, elle qui l’a frôlé de près en 2007 lors d’un infarctus avec arrêt du cœur. «J’ai perdu un camarade d’école au secondaire, j’ai perdu mon frère qui avait 36 ans, emporté par un cancer. La mort a toujours plané au-dessus de ma tête. Elle est là dans la mesure où elle cadre nos existences. Elle nous oblige à nous rappeler que nous ne sommes pas éternels ou à l’espérer.»

Outre la littérature, cet admirateur de Franz Kafka s’est découvert trois autres passions: l’apprentissage de l’italien, une «très belle langue» qui lui permet d’accéder à cette littérature transalpine qu’il chérit, la photographie et la marche. «Après mon infarctus, j’ai récupéré d’une manière qui a surpris la médecine. Depuis lors, j’ai toujours marché, j’en ai fait une hygiène de vie. Je m’astreins à la balade, à la promenade, un peu dans le style de l’écrivain biennois Robert Walser (1878–1956), dans une posture de contemplation et d’observation minutieuse du monde.»

 


Mini-questionnaire

  • Y a-t-il une vie après la vie? La vie devant soi
  • Comment l’imaginez-vous? Une renaissance
  • Votre bruit préféré? Le cliquetis du soutien-gorge
  • Votre plat préféré? Bœuf braisé au vin rouge
  • Un beau souvenir? Un certain dimanche d’été dans la lumière des Franches-Montagnes
  • Une qualité que les autres ont remarquée chez vous? L’honnêteté
  • Quel est votre plus vilain défaut? La sainte colère
  • Votre remède quand ça va mal? Monter dans un avion, décoller, attendre qu’il tombe, atterrir.