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«Père de trois enfants, c'est héroïque!»

Benedict Cumberbatch joue un père de famille ordinaire promu espion dans un passionnant thriller tiré d’une histoire vraie. Le grand acteur anglais nous parle d’héroïsme au quotidien, de sa transformation physique pour le rôle et de ses tendances stakhanovistes.

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Liam Daniel
21 juin 2021

Il se glisse souvent dans la peau d’individus extravagants, de génies ou de personnalités hors du commun. Benedict Cumberbatch a campé Sherlock Holmes, le mathématicien Alan Turing, le lanceur d’alerte Julian Assange et même le redoutable ancien conseiller de Boris Johnson, Dominic Cummings. Le magnifique acteur britannique est également Docteur Strange, super-héros sorcier Marvel dont les nouvelles aventures sont prévues prochainement.

Dans «Un espion ordinaire», thriller haletant tiré d’une histoire vraie (en salles le 23 juin), il incarne un modeste homme d’affaires anglais qui se voit confier une mission périlleuse par les services secrets britanniques et américains au début des années 1960, au cœur de la guerre froide. Ce père de famille tranquille doit collaborer secrètement avec un colonel soviétique à Moscou pour fournir des renseignements aux Occidentaux et ainsi désamorcer un conflit nucléaire avec la Russie.

Par ailleurs, on retrouvera bientôt Benedict Cumberbatch dans d’autres films: en procureur militaire américain chargé d’inculper un détenu à Guantanamo dans «Désigné coupable» (sortie au cinéma le 14 juillet). Puis sous l’œil de Jane Campion pour Netflix dans «Le Pouvoir du chien» et enfin sous les traits de Louis Wain, peintre anglais porté sur les chats. Le stakhanoviste de 44 ans, père de trois enfants et marié depuis 2015 à Sophie Hunter, une actrice et directrice de théâtre anglaise, nous a accordé un entretien exclusif.

Qu’est-ce qui vous a motivé à porter cette histoire extraordinaire à l’écran? Le film a été développé par votre maison de production, SunnyMarch.

J’ai été fasciné par l’odyssée de ce représentant de commerce naïf et issu d’un milieu modeste qui essaie de gravir les échelons dans sa vie professionnelle et privée. C’est juste un gars ordinaire qui approche la cinquantaine et dont l’existence ne pourrait être plus banale. Et puis, son univers est chamboulé. L’individu abordé par les services secrets au début du film devient à la fin un homme complètement différent qui a sacrifié deux ans de sa vie, mais également sa santé physique et mentale.

L’idée de jouer ce rôle est ce qui m’a attiré en premier lieu, mais j’ai adoré endosser aussi la casquette de producteur. C’était formidable de contribuer à développer le scénario, à choisir l’équipe de production et le casting, à participer aux discussions relatives au budget, ainsi qu’aux lieux de tournage.

Cela vous amuse de camper un gars ordinaire qui n’est ni génie ni super-héros?

Oui, parce que je suis souvent reconnu pour les personnages plus extravagants ou hors du commun que j’ai joués. Pourtant, on trouve dans mon CV des rôles d’individus ordinaires mais ils sont éclipsés par ceux qui en jettent plein la vue. J’ai trouvé génial de camper un type parfaitement banal à qui l’on demande de faire quelque chose d’extraordinaire et auquel le spectateur peut s’identifier, je l’espère. Un débutant qui ne connaît strictement rien du monde dans lequel on lui demande de remplir un rôle crucial. Séduire les gens en jouant un personnage différent me motive à fond.

«Chacun peut avoir un impact immense sur le monde»

Benedict Cumberbatch

Croyez-vous que chacun peut devenir un héros et qu’il suffit de deux personnes pour changer le monde, comme le suggère le film?

Absolument. Même si on ne se considère pas très important dans la société, on peut avoir un impact immense sur le monde. Regardez Greta Thunberg, par exemple, une enfant qui a lancé tout un mouvement. Il faut continuer à le croire malgré ce qui ressemble parfois à une vague insurmontable de comportements agressifs, nuisibles et négatifs. La clé pour y arriver, c’est l’empathie, comme en témoignent ces deux hommes dans le film. Ils sont issus de cultures complètement différentes, l’un est Soviétique, l’autre Britannique, mais ils ont le même objectif en fin de compte. Ils veulent que leurs familles puissent vivre dans un monde en paix, qu’elles ne soient pas menacées d’annihilation nucléaire. Cette menace pèse toujours sur nous. Pendant le tournage, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un testait ses missiles au-dessus du Japon et ailleurs.

Vous est-il arrivé, à vous aussi, de faire preuve de bravoure dans votre vie?

Pas au degré de ces deux hommes! Mais j’ai défendu des causes et je suis resté fidèle à mes prises de position sur certains problèmes. Je ne vais pas revenir dessus maintenant parce que ce n’est pas le moment de faire de la démagogie. J’ai appris des manières plus habiles de m’adonner à cela. Mais quand on vous offre une tribune pour la première fois, c’est… je ne dirais pas que c’est enivrant parce que cela semble très narcissique, mais il devient vite clair qu’on peut faire beaucoup de bien en donnant un petit coup de pouce. Ça peut être en sensibilisant les gens à un problème ou en levant des fonds. Je continuerai sur cette voie mais de façon moins agressive que par le passé.

Sinon, j’ai sauté d’un avion et été kidnappé dans une voiture en Afrique du Sud. Et puis je suis père de trois enfants. Voilà qui est héroïque!

Votre transformation physique à la fin du film est impressionnante. Quel poids avez-vous perdu?

Environ 10 kilos, ce qui n’est pas énorme. On a joué sur l’esthétique, sur mon look. Si vous comparez sur Google une photo de cet homme avant et après être passé par le système carcéral russe, ce n’est plus la même personne. C’est difficile de comparer les deux photos et dire qu’il s’agit du même gars, sauf qu’il porte les mêmes vêtements. Ils sont beaucoup trop larges pour lui à sa sortie de prison. C’était très important pour moi de montrer cette transformation physique. Je suis producteur exécutif du film mais le réalisateur m’a aussi soutenu auprès des investisseurs. Ils ont accepté qu’on interrompe le tournage pour que je puisse perdre du poids.

Comment vous y êtes-vous pris?

J’avais deux mois et demi pour y arriver. J’ai fait un régime, c’est vrai, mais de façon très saine. J’ai jeûné un peu, mais je n’ai réduit sévèrement ma consommation de calories qu’à la fin. J’ai surtout fait des exercices physiques intensifs, nagé dans l’eau froide et juste essayé d’éliminer chaque once de graisse et puis de muscle, ce qui était horrible. Les dernières semaines n’ont donc pas été très agréables.

Mais cela m’a plongé dans l’état physique et mental où je pouvais comprendre un peu la confusion de cet homme, sa désorientation et sa fragilité émotionnelle. Il a enduré un traumatisme profond et je voulais absolument représenter ça. C’était ma façon de lui rendre hommage d’une certaine manière.

Vous serez à l’affiche de plusieurs films prochainement…

J’ai lu un article récemment qui disait: «Où est passé Benedict Cumberbatch?» J’avais envie de répondre: «Vous allez voir… j’ai quatre films qui sont quasiment prêts à sortir.»

Diriez-vous que vous êtes accro au boulot?

Bon, j’ai produit «Désigné coupable» mais je n’ai passé que deux semaines sur le tournage en Afrique du Sud, même si cette quinzaine a été intensive. J’étais terriblement malade et il faisait une chaleur épouvantable à ce moment-là, fin 2019. Je me suis demandé par la suite si j’avais été le patient zéro du Covid-19!

Mais ces deux semaines de boulot n’étaient rien en comparaison de l’effort fourni par mes co-stars: Tahar Rahim, Jodie Foster et même Shailene Woodley dans une certaine mesure. Pour «Le Pouvoir du chien», nous avons fait une très longue pause au milieu du tournage. Nous avons arrêté de bosser plus de trois mois pendant le premier confinement.

Donc pas accro au boulot?

Quand je m’engage dans un projet, je le fais à fond. Dans ce sens, je suis un bourreau de travail. Mais j’ai trouvé désormais un bien meilleur équilibre entre vie professionnelle et privée. J’ai besoin de temps pour réfléchir, récupérer et me concentrer sur ma famille. C’est très important pour moi aujourd’hui.