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INTERVIEW
Simonetta Sommaruga

«Un soutien exceptionnel»

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga nous dit comment elle a vécu ces derniers mois. Ce qu’elle y a appris sur elle et sur la Suisse. Et quels sont les enjeux et l’importance de la loi révisée sur le CO2.

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Fabian Hugo
07 mai 2021

Simonetta Sommaruga, vous êtes aussi pianiste de formation. Trouvez-vous actuellement le temps de jouer du piano, vous qui l’avez enseigné?

Je trouve rarement le temps de jouer du piano durant la semaine, mais plutôt le week-end. Et je choisis alors des morceaux qui correspondent le mieux à mon humeur du moment.

C’est-à-dire?

La musique de Jean-Sébastien Bach m’aide à remettre de l’ordre dans mes idées. Lorsque je suis perturbée, c’est celle de Johannes Brahms que je vais choisir. Enfin quand je suis très énervée, je joue du Béla Bartók.

Quel morceau de piano faut-il absolument avoir écouté?

Les valses de Chopin. Le choix est vaste. Elles sont dansantes et donnent beaucoup d’énergie à celui qui les joue, mais également à celui qui les écoute.

Ecoutez-vous de la musique en travaillant?

Non. Lorsque j’écoute de la musique, j’y accorde toute mon attention et ne fais rien d’autre. D’ailleurs, ce que j’aime le plus, c’est jouer moi-même.

En quoi votre travail a-t-il changé ces quatorze derniers mois?

Depuis l’apparition de la pandémie, le Conseil fédéral a dû prendre de nombreuses décisions importantes. Dans une période ordinaire, on a généralement le temps de procéder à des vérifications supplémentaires, si c’est nécessaire. Ce n’est pas possible en période de pandémie, car tout doit aller vite. Le Conseil fédéral n’avait pas connu une telle situation depuis la Seconde Guerre mondiale.

Qu’avez-vous appris sur vous-même?

J’ai pris conscience du calme dont je peux faire preuve quand je suis sous pression… Plus la situation est difficile, plus je garde mon calme. Ça peut sembler étonnant, mais ça m’a bien sûr aidée.

Et qu’avez-vous appris sur la Suisse?

J’ai pu constater que les services de base fonctionnent, même en temps de crise majeure. Nous avons continué à bénéficier des services postaux, d’internet, de l’électricité. Les hôpitaux sont restés ouverts à tous. Les trains ont continué de rouler. C’était un signal important pour nous tous, qui me renforce dans la conviction que nous devons vraiment préserver les services de base.

De nombreuses personnes en ont assez de cette pandémie. Quels sont les signes d’espoir?

Je sais que la situation est difficile pour de nombreuses personnes. Parce qu’elles ont perdu un proche ou parce que la situation économique a engendré beaucoup d’incertitudes. Pourtant, nous n’avons pas d’autre choix que de regarder vers l’avenir et d’y puiser le courage nécessaire. Les perspectives se sont nettement améliorées: nous testons plus, nous vaccinons plus et nous en savons plus sur le virus.

A quel point le virus a-t-il pu nuire à la protection de l’environnement? Avant la pandémie, le changement climatique était considéré comme la priorité absolue, ce n’est plus le cas.

A première vue, on peut penser que la protection de l’environnement a été reléguée au second plan. Pourtant le changement climatique reste d’actualité, et nous en voyons les conséquences chaque jour: les sols se dessèchent, l’agriculture subit des conditions météorologiques extrêmes, les glaciers sont en train de fondre.

Si le niveau de sensibilisation est resté le même, nous avons donc de bonnes chances de voir adopter la loi sur le CO2, n’est-ce pas?

Cette loi bénéficie d’un soutien exceptionnel. Le TCS, un grand nombre d’associations économiques, l’Association suisse des banquiers, les organisations de protection des consommateurs, l’Union suisse des paysans, le WWF et presque tous les partis politiques, des Verts au PLR en passant par Le Centre: tous soutiennent cette loi parce qu’elle vise à protéger le climat tout en favorisant la création d’emplois.

Pour certains, la loi ne va pas encore assez loin.

Cette loi est équilibrée et juste. Bien sûr qu’il est toujours possible de faire davantage, mais en politique, il importe de trouver des solutions qui remportent le soutien d’une majorité de la population. C’est le cas de cette loi.

Cette loi est-elle suffisante pour réaliser les objectifs fixés dans l’Accord de Paris? Celui-ci engage les pays signataires à atteindre la neutralité climatique dans la seconde moitié de ce siècle, tandis que la Suisse vise déjà la neutralité climatique d’ici à 2050.

En signant l’Accord de Paris, la Suisse s’est engagée à renforcer la protection du climat, ce qui va se traduire par la mise en œuvre de la loi sur le CO₂. Cette loi vient prolonger et renforcer notre politique climatique.

La protection du climat a un coût. Est-ce qu’on est prêts à payer plus pour cela?

De nombreux foyers n’auront aucun coût supplémentaire, et pourront même réaliser des économies. Ainsi, ceux qui n’utilisent ni mazout ni gaz naturel pour se chauffer, à savoir 40% des ménages, ne paieront aucune taxe sur le CO₂. Pour nos entreprises, le bilan sera positif également, car la loi générera des commandes au profit de nos PME. Celle-ci prévoit, en effet, des investissements dans des installations de chauffage respectueuses du climat, dans l’assainissement des maisons, dans des stations de recharge pour voitures électriques ou dans des réseaux de chauffage à distance pour les communes. Des mesures qui sont toutes en faveur du climat, mais aussi des PME de notre pays, qui auront plus de commandes. Ainsi, cette loi contribue également à protéger les emplois ici en Suisse.

Qu’en pensent les automobilistes, qui devront peut-être dépenser davantage pour l’essence?

Grâce à cette loi, de nouveaux modèles d’automobiles, plus économes en essence, seront mis sur le marché, ce qui fera baisser ces dépenses. En outre, la loi va promouvoir les stations de recharge pour véhicules électriques, ce qui favorise les automobilistes. Le prix de l’essence, en revanche, ne dépendra pas de la loi, mais du secteur pétrolier auquel le Parlement a néanmoins imposé une limite maximale. Le TCS, qui représente 1,5 million de membres, a dit une chose essentielle: «Nous voulons pouvoir continuer à utiliser une voiture, mais nous sommes prêts également à apporter notre contribution à la protection du climat.» C’est pourquoi le TCS soutient cette loi.

Un argument favori des opposants à cette loi est qu’il ne sert à rien de renforcer les mesures de protection contre le changement climatique si les autres pays ne font rien ou très peu.

Il est faux de dire que les autres pays ne suivent pas: 189 pays ont signé l’Accord de Paris sur le climat. Certains de nos principaux partenaires commerciaux, comme l’Union européenne, ont des objectifs encore plus ambitieux que la Suisse. Et Joe Biden, le nouveau président des Etats-Unis, met en œuvre des avancées en matière de protection du climat. Le chemin vers l’avenir se dessine très clairement. L’ère du charbon et du pétrole arrive à sa fin et il est important que la Suisse ne se retrouve pas déconnectée du mouvement en faveur de la protection du climat.

Beaucoup de choses vont tout de même dans le mauvais sens. Honnêtement, la situation n’est-elle pas désespérée?

La situation est tout sauf désespérée. Notre environnement quotidien est toujours plus respectueux du climat. Pour se chauffer, de plus en plus de personnes utilisent une pompe à chaleur, du bois ou un réseau de chauffage à distance au lieu du mazout ou du gaz. De plus en plus de personnes installent des panneaux solaires sur le toit de leur maison. Nous n’avons jamais vu autant de monde passer à la voiture électrique que l’an dernier, et ce en pleine pandémie. Nous pouvons le constater: nous sommes toujours plus respectueux du climat dans notre vie quotidienne. Avec cette loi, nous allons encore renforcer la tendance.

A propos: à quoi ressemble votre empreinte écologique personnelle?

J’ai certes réduit mon empreinte écologique, mais sûrement pas assez. En tant que conseillère fédérale, je me déplace beaucoup, ce qui naturellement augmente mon empreinte. C’est pourquoi j’essaie de veiller au respect du climat dans mon quotidien.

Comment le faites-vous?

Je prends souvent les transports publics, j’utilise un véhicule de service électrique et j’ai aussi maintenant des panneaux solaires sur mon toit.

La votation populaire du 13 juin portera aussi sur l’initiative pour l’interdiction des pesticides de synthèse. Le Conseil fédéral la rejette. Pourquoi?

Selon le Conseil fédéral, cette initiative va trop loin et viendrait restreindre trop fortement l’approvisionnement en denrées alimentaires.

Néanmoins, le Conseil fédéral est bien conscient que les pesticides portent atteinte à notre environnement. Aussi se charge-t-il de la réglementation concernant les autorisations et le stockage correct de ces produits.

La pandémie vous donne beaucoup de travail, et les votations populaires viennent s’ajouter à cette charge. Comment vous reposez-vous?

J’aime être dehors, dans la nature, avec des amis. Dès que je le peux, je joue de la musique, je lis. Et pas uniquement des dossiers.

Un des livres de votre mari se trouve-t-il sur votre table de chevet?

Pas en ce moment, mais je lis actuellement son dernier manuscrit.

Vous êtes sa première lectrice?

Oui, quand j’ai le temps de le faire. Il sait que je peux être critique lorsque c’est nécessaire. D’ailleurs, c’est réciproque!

Il modifie ce que vous critiquez?

J’espère bien (rires). Non, plus sérieusement: je peux faire des propositions, mais c’est lui bien sûr qui décide.

Votre collègue du Conseil fédéral Guy Parmelin a confié dans une interview à «Coopération» qu’il contacte parfois spontanément des citoyens qui se plaignent. Le faites-vous également?

Oui, régulièrement. L’an dernier, une personne a exprimé de vives critiques au sujet de la politique relative au coronavirus. Cela m’a préoccupée, alors j’ai immédiatement appelé cette personne, qui a naturellement été très étonnée. Comme à chaque fois que j’appelle.

Appelez-vous uniquement les personnes qui émettent des critiques?

Non, récemment j’ai contacté un paysan de montagne qui voulait verser une partie de sa rente AVS au profit de personnes touchées par la pandémie. J’ai trouvé ce geste de solidarité si beau que j’ai appelé cet homme pour le remercier personnellement. Et je n’échange pas uniquement par téléphone avec nos concitoyens, mais parfois dans le bus ou le samedi au marché à Berne. J’apprécie beaucoup ces échanges directs. La plupart du temps, les gens viennent vers moi. Les discussions entre les personnes sont très importantes dans une démocratie.

Vous prenez souvent vos repas au bureau. Qu’aimez-vous le plus?

En hiver, j’aime manger de la soupe, soit quelque chose de chaud, avec du pain. Maintenant que les températures sont plus douces, je retrouve le plaisir de manger une bonne salade de saison.

Un menu de prédilection quand vous cuisinez?

Je préfère tenter de nouvelles choses. Je ne fais pas partie des personnes qui cuisinent toujours le même plat.

Récemment j’ai préparé une tarte Tatin avec des asperges provenant de Belp. Un régal! 

 

Simonetta Sommaruga

Simonetta Sommaruga (60 ans) a grandi en Argovie, à Sins. Formation de pianiste à Lucerne, en Californie et à Rome. Elle a aussi étudié à l’Université de Fribourg.

Elle a travaillé pour la Fondation alémanique des consommateurs (SKS), qu’elle a présidée, ainsi que Swissaid. Elle a été conseillère communale, puis nationale et conseillère d’Etat et, en 2010, a été nommée au Conseil fédéral. Depuis 2019, elle dirige le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l'énergie et de la communication. Elle est mariée à l’écrivain Lukas Hartmann