Amour, rock et poésie | Coopération
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INTERVIEW
Raphaël

Amour, rock et poésie

Sa musique et son visage d’ange ont valu à Raphaël l’étiquette de chanteur romantique. Il l’est aussi par son goût pour la poésie et l’intime. Il nous en parle, et de sa famille, avant la sortie de son 9e album.

01 mars 2021

Depuis son succès en 2005, avec «Caravane», bien des choses se sont passées dans la vie du Parisien: il a eu deux garçons (12 et 8 ans) avec sa compagne, l’actrice Mélanie Thierry, a joué au cinéma, au théâtre et a reçu le Goncourt de la nouvelle pour Retourner à la mer.

Mais l’artiste n’oublie pas la musique: ce 5 mars, il sortira «Haute Fidélité». Un disque aux sonorités tendant vers l’électro et le rock, mais sans exagération. Car, si son idole est David Bowie, Raphaël a choisi la chanson française pour s’exprimer, avec douceur. Où il susurre ses pensées sur l’amour et la vie. Et quand il répond à nos questions, sa parole est aussi un murmure, lent et berçant.

Vous êtes plutôt calme et doux?
C’est possible. En tout cas, j’aime la poésie. Ce mot est devenu une injure aujourd’hui, le monde est tellement fâché avec la poésie, on nous en dispense si peu, sauf parfois au cinéma et dans les livres. Il y en a dans «Haute Fidélité».

C’est surtout un disque d’amour?

Uniquement d’amour. L’endroit où l’on peut le mieux parler de ce thème, tous arts confondus, c’est la chanson. En trois minutes trente, on peut faire une synthèse du sentiment amoureux, exprimer autant de paradoxes et d’émotions que dans un livre. Vous écrivez sur des amours plutôt douloureuses. Je ne cherche pas ce qui fait mal, je ne suis ni masochiste ni doloriste, mais l’amour est quelque chose de mystérieux, de compliqué, au goût parfois un peu amer.

Cet album est assez nostalgique. Vous l’êtes?

Je pense que tout le monde l’est. On est toujours en exil de l’amour ou de l’enfance. Etymologiquement, la nostalgie, c’est la douleur du retour. On parle de ça depuis «L’Odyssée», c’est l’histoire de l’art. Mais je ne suis nostalgique ni de mon enfance ni de mon adolescence. J’aime l’époque actuelle, j’aime mon âge, je ne voudrais pas revenir en arrière.

Pouvez-vous être pessimiste, comme certains de vos morceaux?

Non, je suis très optimiste! Parfois, vos textes sont presque philosophiques. Il y a quelques phrases mystérieuses qui peuvent faire réfléchir. Les gens peuvent se dire: «Ça raconte ma vie.» Les chansons ont le pouvoir de toucher. Mais mes morceaux ne sont pas philosophiques. Une chanson n’est pas l’endroit pour ça, ni pour faire de la littérature ou de la politique. 

Parfois, vos textes sont presque philosophiques.

Il y a quelques phrases mystérieuses qui peuvent faire réfléchir. Les gens peuvent se dire: «Ça raconte ma vie.» Les chansons ont le pouvoir de toucher. Mais mes morceaux ne sont pas philosophiques. Une chanson n’est pas l’endroit pour ça, ni pour faire de la littérature ou de la politique.

Vous dites dans cet album que ces années 20 sont folles. Comment vivez-vous la crise sanitaire?

Pour écrire, on a besoin d’observer la vie, les gens. Ne plus pouvoir le faire, cela assèche. Sinon, cette période n’est pas douloureuse pour moi, car j’ai la chance de savoir que je pourrai manger à la fin du mois, je suis en famille, je ne souffre pas de la solitude, contrairement à d’autres per- sonnes pour qui ce doit être très difficile.

Vous n’avez pas eu le Covid-19?

Si, en mars 2020, mais sans symptômes graves.

Quand vous composez, vous vous demandez si le public va aimer?

Si on pense à ça, on n’est pas un artiste, mais un commerçant. Quand ce que je crée me plaît, ainsi qu’à mes proches, je me dis que d’autres personnes devraient apprécier. Je voudrais, bien sûr, que ce disque compte dans la vie des gens. J’ai eu un gros succès populaire avec «Cara- vane», mais quand on a connu ça, on ne le cherche plus.

Vraiment?

C’était formidable, mais je n’avais rien cal- culé, je ne pensais pas que cet album mar- cherait autant. Quand les choses doivent arriver, elles arrivent. On ne peut pas chercher le succès, car il est mystérieux. Mon ambition est de continuer à faire des disques, beaux, originaux, d’explorer des sons, de raconter des choses intimes, de m’éclater. Le reste ne m’appartient pas.

Le titre du nouvel album est uniquement une référence au son?

Aussi à ma fidélité en amour, en amitié. J’essaie également d’être fidèle à ce que je voulais être quand j’étais petit, c’est-à- dire chanteur et écrivain, et à une certaine forme de musique.

Vous chantez: «On a eu Twitter, Victoria Beckham s’occupant de nos âmes.» Vous voulez dire que les réseaux sociaux et les stars ont trop d’importance?

Quand j’étais petit, j’imaginais que dans l’avenir on marcherait sur Mars. Aujourd’hui, les satellites et la technologie servent à ce que les gens regardent leur nombril, montrent leur succès, leur beauté. Cette incitation à la vanité et à la bêtise est décourageante. Mais je n’ai rien contre Victoria Beckham! J’aime bien les Spice Girls!

Vous êtes actif sur les réseaux sociaux, mais vous ne vous montrez pas à tort et à travers.

Si on n’y est pas, c’est comme si on n’existait pas. Chacun les utilise comme il veut, suivant son caractère, son besoin de reconnaissance ou sa solitude. Moi, j’aime la vie privée, je trouve qu’aujourd’hui on a un manque de vie privée et d’intimité. Quand l’intime devient public, on enlève quelque chose de très important aux humains.

Dans la chanson «Haute Fidélité», vous dites d’ailleurs qu’il faut garder des choses secrètes.

Il ne faut jamais rien freiner en amour, il faut laisser les sentiments nous submerger. Par contre, il faut avoir comme un sanctuaire, que personne ne peut a¬ eindre, c’est le conseil que je donnerais à mes enfants.

Vous avez des ancêtres suisses, je crois?

C’est vrai. Mes arrière-arrièregrands-parents maternels. Ils étaient de La Chaux-de-Fonds. Je n’y suis jamais allé. Par contre, je connais Lausanne, que j’aime beaucoup, tout comme la région Vevey-Montreux