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Interview
Pat Burgener

Champion et cœur à prendre

Sauvé par la musique, Pat Burgener sort un EP plein de «good vibes». Le snowboarder, qui est souvent parmi les tops 3 mondiaux, espère renouer avec la neige malgré son accident. Et vise les Jeux olympiques de Pékin.

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Darrin Vanselow
14 juin 2021

Sportif professionnel depuis ses 14 ans, Pat Burgener réussit aussi dans la musique: plus d’un million d’écoutes sur Spotify avec «The Route». A 27 ans, un nouvel EP au compteur, il se remet d’une blessure avec un optimisme communicatif. Il faut dire que sa famille le soutient contre vents, marées, tempêtes et giboulées: son petit frère musicien professionnel joue avec lui, et son grand frère entrepreneur gère la «marque» Burgener. Interview dans l’appartement de famille à Lausanne avec un jeune homme positif, spontané, et un «bosseur acharné».

Dans l’EP qui sort le 25 juin, vous avez fait une chanson avec Marius Bear sur le Covid-19 et la culture…

Ça faisait longtemps que je voulais collaborer avec Marius et on n’a jamais eu le temps. Finalement on s’est rencontrés grâce à la pandémie! Il était à Crans pendant les vacances. On s’est vus, on a mangé une fondue ensemble, on a discuté, et j’ai réalisé qu’on avait vraiment le même point de vue sur la situation actuelle, et ce n’est pas le seul. On s’est dit pourquoi ne pas écrire un morceau qui parle du fait que ça fait plus d’un an et demi qu’on n’a pas donné de concert?

Cette situation, comment elle est et a été gérée, bien ou mal, je ne sais pas. Je ne suis pas médecin, mais elle était vraiment sur le point de tuer les artistes et la culture.

Il vient de fêter ses 27 ans, il est champion de snowboard et sort son 4e EP «California Sun»: Pat(rick) Burgener

C’est ce qui vous manque le plus, les concerts?

Oui. J’ai tellement de chance d’avoir le snowboard et la musique, je le réalise de nouveau. Ça paraît bête, mais si je me suis blessé, c’est parce que je n’avais plus la musique. Je faisais six entraînements par semaine. Quand j’avais une interview, je me disais que ça me privait d’un jour de snowboard. Mais en fait ça me permettait de faire des pauses. Je ne faisais presque plus de musique parce qu’on n’avait plus de concerts, et je me suis blessé.

Ce n’est pas la première fois que vous vous blessez. A chaque fois vous vous en remettez. Comment faites-vous pour garder le moral?

On ne va pas se mentir, il y a eu des moments où c’était vraiment dur. J’ai subi une opération, j’ai eu une infection. Je frôlais vraiment la grosse catastrophe. Les scénarios genre, tu te fais amputer une jambe, t’es pas serein. Mais on dit que les blessures font grandir, et ce n’est pas pour rien. Ça fait réaliser à quel point la vie et la santé sont importantes. Ça enlève une pression aussi. Je me préparais pour les Jeux olympiques. Je sais que je me blesse assez souvent quand il y a un gros objectif, parce que je veux tout donner, ne rien laisser au hasard, et là j’en fais un peu trop. Après plusieurs semaines vraiment difficiles, je reviens en mode «je vais aux Jeux olympiques». Je n’ai pas d’attentes, juste profiter avec l’équipe, faire de mon mieux.

Ce nouvel EP, il parle de quoi?

J’ai un grand switch (ndlr: changement) dans mon style musical. Je crois que cette situation avec le Covid m’a fait réaliser que le jugement des autres, vulgairement dit, il faut en avoir rien à foutre. Jusqu’à cet EP, j’ai beaucoup caché ce côté super joyeux et drôle que j’avais, parce que je me disais qu’en musique il fallait que je sois plus sérieux. Mais en fait, pas du tout. Maintenant je me laisse totalement aller. D’ailleurs, je fais des clips débiles. Dans «Make it Home», je commence le clip sur les toilettes. Ça m’a fait marrer et en plus j’ai écrit cette musique sur les toilettes. Je pense que cet EP est plein de good vibes, il n’y a pas un morceau qui est triste. Ça te met le sourire et t’as envie de danser, de vivre des bons moments, et c’était mon objectif.

Comment ça se passait à l’école pour vous?

Quand j’étais enfant, on a voulu me donner de la Ritaline pour me calmer. J’ai fait quatre écoles en une année, la dernière solution selon les médecins était de m’hospitaliser, parce qu’ils me voyaient comme un enfant totalement fou. Et on me le répétait tellement que je commençais à le penser. Mes parents connaissaient la Ritaline, ils ont décidé de ne pas m’en donner. J’ai dit: «Si vous me laissez faire du sport, je serai heureux et j’arrêterai de faire chier tout le monde.» Ils ont trouvé une école qui était d’accord de me faire commencer à 10 ans déjà, matin, études, et après-midi, sport. Du coup j’ai développé mes skills (ndlr: aptitudes) en sport, j’ai commencé à voyager, j’ai appris à parler couramment le suisse allemand, l’anglais, alors que je n’arrivais pas à les apprendre à l’école.

Les changements d’école, c’était à cause de quoi?

Je n’aimais pas ça. Je n’aimais tellement pas que je fuguais de l’école.

Cet été, qu’est-ce que vous faites?

La priorité, c’est mon genou, parce que je dois guérir vite et bien. Je suis quand même un peu en course contre la montre pour les JO. J’ai vraiment envie de reprendre le snowboard en août, à Crans-Montana ou en Nouvelle-Zélande. Ça me ferait vraiment trop mal que ça se complique et de devoir attendre encore jusqu’à octobre ou novembre. A côté de ça, je vais faire beaucoup de musique. Enregistrer un album, travailler sur des projets de clips pour d’autres artistes et pour moi-même.

Concrètement, priorité genou, ça veut dire quoi?

Pas faire de conneries!

Pas de pause estivale?

En fait c’est une vie où je ne travaille jamais, mais je travaille tout le temps. Je vais certainement partir une ou deux semaines à Biarritz. Ou si je pars à Los Angeles faire de la musique, on prendra sûrement une semaine de pause pour surfer, mais pour moi ça fait partie de la réhabilitation.

Vous avez choisi de ne pas couper vos cheveux, pourquoi?

Les cheveux, ça montre beaucoup de soi, je pense. Quand j’étais petit, on ne me laissait plus revenir en cours parce que j’avais les cheveux trop longs. D’où tu interdis à un homme d’avoir les cheveux longs? Je me suis dit: «Le jour où je serai grand, j’aurai les cheveux longs et n’importe comment, et je m’en fous parce que c’est comme je suis et c’est un droit humain!» Ça, il faut vraiment l’écrire dans l’article! Il y a des écoles qui font encore ça. Tu ne peux pas interdire à un enfant d’avoir les cheveux longs. Si mon gamin rentre un jour et qu’il me dit qu’il doit se couper les cheveux, je pense qu’il ne retournera plus jamais dans cette école.

Prendre de la hauteur pour composer, comme ici sur les toits, à Lausanne. C'est là que le musicien vient se poser, trouver sa voix et les «good vibes».

Vous envisagez d’avoir des enfants?

Ça va être dur de trouver la femme. Il y a trois, quatre ans, je répondais: «Des enfants? Absolument pas!» Maintenant, un jeune de 14 ans va rejoindre l’équipe l’année prochaine, je me réjouis trop. J’ai cette énergie que les enfants ont, et je pense que je vais garder ça toute ma vie.

Pour vos premiers voyages, vous étiez tout seul?

Avec l’équipe. C’est pour ça qu’on prend une énorme maturité. Mais il y a un décalage avec les jeunes du même âge. A 20 ans, j’ai failli arrêter le snowboard. C’est une pression énorme. Pour le coup, j’ai commencé la musique et je m’en suis sorti. Je pense que ça fait partie de la vie, il faut l’accepter, et surtout laisser les gens faire et même se tromper. Maintenant j’admire mes parents parce que je réalise à quel point ça devait être dur de me laisser partir pour faire un sport quand même vachement dangereux, sans forcément me demander des nouvelles chaque deux secondes et ajouter de la pression.