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INTERVIEW
EMMA MACKEY

Il y a une vie après «Sex Education»

Révélée par la série «Sex Education», Emma Mackey brille maintenant au cinéma. L’actrice franco-britannique nous parle de sa métamorphose dans «Eiffel» (en salles le 13 octobre), de sa notoriété soudaine et de ses passions dans la vie.

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Antonin Menichetti | getty images
03 octobre 2021

On l’a découverte dans «Sex Education», la série intergénérationnelle de Netflix qui aborde la sexualité des ados sans tabous. Emma Mackey est devenue une star du jour au lendemain dans la peau de Maeve, lycéenne rebelle et attachante à la moue boudeuse. De mère anglaise et de père français, l’actrice parfaitement bilingue a grandi à Sablé-sur-Sarthe (F) avant de partir faire des études universitaires en Angleterre à 17 ans, puis de s’installer à Londres. Elle donne à présent la réplique à Romain Duris dans «Eiffel», un biopic romanesque soigné sur Gustave Eiffel et la construction de sa fameuse tour (au cinéma le 13 octobre). La comédienne de 25 ans est lumineuse dans le rôle d’Adrienne, amour de jeunesse de l’ingénieur qui revient dans sa vie 20 ans plus tard et l’inspire à créer son monument emblématique. On retrouvera aussi Emma Mackey prochainement au sein du casting cinq étoiles de «Mort sur le Nil» et en Emily Brontë dans «Emily».

Que représente pour vous le fait de jouer dans un film français? Et, qui plus est, sur un monument aussi emblématique de la France?

Cela représente beaucoup pour moi, évidemment. Cette proposition est tombée au moment où je me demandais quel genre de films j’avais envie de faire. Je ne m’autorisais pas trop à penser au cinéma français car je n’imaginais pas qu’on allait venir vers moi. Et puis, les étoiles se sont alignées. Ce rôle a quelque chose de symbolique pour moi, c’est comme un retour aux sources. J’ai quitté la France ado, à 17 ans, et j’y reviens en tant que femme. Avec ce que la tour Eiffel représente et la perspective de travailler avec Romain Duris, je ne pouvais pas dire non. Je n’ai eu aucun doute, pour être franche.

Le public a de vous l’image de l’ado rebelle de «Sex Education». Maintenant, vous incarnez une femme à deux époques différentes de sa vie. Comment avez-vous abordé ce challenge?

Avec Martin Bourboulon, le réalisateur, nous n’avons pas souhaité trop focaliser sur l’aspect esthétique du vieillissement. Le but du film n’était pas de nous voir devenir ridés ou porter des prothèses mal faites sur le visage! (Rires) C’était avant tout un travail physique, sur la posture et la voix. Les costumes aident, les cheveux détachés ou attachés également. Après, on se laisse emporter par l’histoire et ça compte beaucoup. L’important était de voir à quel point l’amour impacte la vie de Gustave et d’Adrienne.

Adrienne est décrite par son mari comme «une femme qui aurait pu faire de grandes choses». Comment l’appréhendez-vous?

D’un point de vue historique, on l’a un peu oubliée. C’était une femme parmi tant d’autres dans la vie de Gustave Eiffel mais la seule qu’il ait dit avoir aimée. De par son statut, c’était une femme privilégiée donc son comportement peut sembler moderne ou féministe. En fait, sa classe sociale l’autorise presque à agir comme elle le fait. Elle est curieuse, gourmande de la vie, très solaire au début. Et puis, son père la coupe dans son élan. C’était le lot de beaucoup de femmes à l’époque. Elle est victime de sa situation d’une certaine façon mais prend aussi sa vie en main et avance toujours, même si elle a vécu des choses très douloureuses.

Emma Mackey (Adrienne) ici avec Romain Duris (Gustave Eiffel), dans le long-métrage «Eiffel». Où l'aventure de la construction de la tour se lie à une passion amoureuse.

Le film raconte une grande histoire d’amour. Etes-vous sensible à ce romantisme exacerbé?

Oui, car ça fait du bien aussi de voir ces grandes histoires d’amour à l’écran, de succomber à ces épopées romanesques. Mais le film ne se résume pas qu’à ça. Il raconte également l’histoire de Gustave Eiffel, la construction de sa tour. Et ces deux aspects, l’intime et le concret, se nourrissent l’un de l’autre.

Vous avez grandi en France. Qu’est-ce qui vous a poussée à partir faire des études à Leeds, puis à vous installer à Londres?

Je crois que c’est le propre des personnes qui grandissent dans des foyers bilingues de vouloir apprendre à connaître leurs deux cultures. Depuis toute petite, j’avais envie d’aller vivre en Angleterre. J’adorais la culture anglaise, que je voyais sans doute un peu à travers des lunettes roses. J’adorais le théâtre, même si nous y allions très rarement, une fois par an. Pendant nos vacances, on rendait visite à nos grands-parents en Angleterre. J’avais un besoin viscéral de grandir aussi un peu outre-Manche, comme pour rattraper le temps perdu. Maintenant, j’ai envie de retourner en France!

Vous sentez-vous aussi Anglaise que Française?

Ça dépend, c’est par phases. Mais mon caractère est avant tout français, c’est clair! Mon caractère et mon désir de communiquer, de parler. Je pense être plus Française dans tout ce qui est en rapport avec la passion. Mais dans mes goûts pour le théâtre, la musique et le cinéma, je suis peut-être plus Anglaise. Je pense que c’est un joli mélange des deux et je n’arriverais pas vraiment à vous dire si je me sens plus l’une que l’autre.

Et devenir actrice, Etait-ce pour vous une évidence?

Oui et non. Je voulais faire plein de choses mais ma famille anglaise faisait du théâtre, alors j’ai un peu grandi avec ça. J’aimais beaucoup et j’étais un peu jalouse. Je me disais que j’étais aussi capable de monter sur les planches! L’envie concrète de jouer et le fait de m’autoriser à croire que je pourrais m’aventurer dans cette carrière sont venus plus tard, à l’université. J’ai rencontré des gens pour qui c’était quelque chose de très sérieux et qui travaillaient déjà dans ce milieu-là. Après, j’ai déménagé à Londres, où j’ai pris des cours avec un prof de théâtre et passé des auditions. Tout est allé assez vite, mais ça m’a demandé du travail, évidemment.

Comment vivez-vous le succès de «Sex Education» et votre notoriété?

Je ne sais toujours pas comment je le vis. C’est énorme mais sincèrement, je n’ai pas encore assez de recul pour comprendre comment et si cela m’a affectée tant que ça. La série m’a ouvert beaucoup de portes et j’en suis très reconnaissante. Vanessa Van Zuylen, la productrice de «Eiffel», a vu ma tête de Maeve et s’est dit: «Ah, tiens, voilà Adrienne!» Mais je sens aussi beaucoup d’attentes et de responsabilité sur cette série, parce qu’elle touche beaucoup de gens.

Vous avez dit que la célébrité ne vous intéresse pas, que vous n’y croyez pas. Pourquoi?

Parce que je ne la comprends pas. Peut-être que j’ai peur de quelque chose que je ne comprends pas. Et puis, personne ne nous enseigne comment gérer ça. Je prends mes propres mesures pour me protéger, m’éloigner des choses qui sont pour moi anxiogènes. J’apprends aussi à prendre du recul et à focaliser sur mon métier. Mon travail, ce n’est pas Insta­gram, ce n’est pas de faire la belle ou de travailler pour des marques.

Vous côtoyez de fameux acteurs dans «Mort sur le Nil», Gal Gadot, Kenneth Branagh... Comment s’est passé le tournage?

Le premier jour, j’ai flippé. Je me suis dit: «Qu’est-ce que je fous là? Qui a décidé de me mettre au milieu de ces acteurs que j’admire, beaucoup plus expérimentés et extrêmement talentueux?» En même temps, je ne vais pas me laisser tétaniser par tout ça. En plus, tout le monde a été adorable. Tourner «Mort sur le Nil», c’était vraiment joyeux et génial.

Quelles sont vos passions, hormis votre métier de comédienne?

En ce moment, j’ai envie d’écrire et de réaliser. Tout doucement, je m’autorise dans ma tête à penser à ça. Sinon, j’adore jardiner. J’ai un petit jardin et j’y passe des heures. Je cuisine aussi beaucoup. Ça me calme parce que c’est comme de la méditation avec une récompense à la fin. On peut déguster ce qu’on a préparé. J’aime aussi lire, regarder des films...

Vous êtes fan d’Emily Brontë, que vous allez bientôt incarner à l’écran

J’ai lu ses livres quand j’étais plus jeune mais je ne connaissais pas tant de choses que ça sur elle. Emily Brontë était une femme extrêmement privée et pudique. J’ai lu des biographies pour me préparer à jouer le rôle, mais ce n’est pas vraiment un biopic donc ça enlève un peu de pression. Le film est plus une ode à l’imagination et la créativité, un regard sur son évolution de jeune femme.