La fée du freestyle s'envole vers les JO | Coopération
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L'interview
Mathilde Gremaud

La fée du freestyle s'envole vers les JO

A 21 ans, grâce à son talent en ski freestyle/slopestyle, Mathilde Gremaud a déjà une médaille olympique en argent et vise un nouveau succès aux prochains Jeux de Pékin. Elle nous en parle chez elle, dans son village de La Roche (FR), au-dessous des pistes de la Berra.

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David Marchon
11 octobre 2021
Mathilde Gremaud chez elle à La Roche (FR). La médaillée olympique fêtera ses 22 ans aux JO de Pékin le 8 février.

Mathilde Gremaud chez elle à La Roche (FR). La médaillée olympique fêtera ses 22 ans aux JO de Pékin le 8 février.

Sur la neige, elle exécute des figures plus impressionnantes les unes que les autres, en s’envolant à plusieurs mètres au-dessus du sol et en tournant sur elle-même avant d’atterrir sans accroc. Il n’est pas étonnant que Mathilde Gremaud soit devenue l’une des sportives suisses les plus en vue depuis sa deuxième place aux JO de PyeongChang (Corée du Sud) en 2018 et ses nombreux autres succès, dont l’argent aux Championnats du monde et l’or aux X Games début 2021. En pleine préparation d’une des saisons les plus importantes de sa jeune carrière, la championne de ski freestyle nous a accueillis chez ses parents, où elle vit, à deux pas d’autres membres de sa famille: sa grand-mère et ses cousines habitent dans les maisons voisines. C’est avec joie que la jeune femme retrouve pour quelques jours ce cocon familial et le village où elle est née.

Comment vous sentez-vous à La Roche?

Très bien, cet endroit est calme, joli, vert, on peut vite aller au lac et à la station de La Berra, c’est vallonné, donc on peut faire plein d’activités. Et il y a de beaux couchers de soleil. C’est top!

Vous voyagez beaucoup, mais la Suisse et cette région de la Gruyère restent vos lieux préférés?

Cette région, oui. Il manque un peu de neige et de plus grosses montagnes, mais c’est vraiment bien l’été. J’ai vu plein d’endroits magnifiques dans le monde, mais à chaque fois que je reviens, je me dis: «Ah, c’est vraiment bien ici aussi!»

Cette saison s’annonce encore riche en voyages!

Je suis à fond dans la préparation, je skie, je vais en salle pour faire de l’exercice physique et je m’entraîne sur des airbags en Autriche. Les JO, c’est le gros morceau! Il y aura aussi la saison de Coupe du monde, dont la première étape aura lieu à Coire du 20 au 23 octobre, et la compétition X Games.

Mathilde Gremaud dans l'horizon de la maison familiale. C'est au-dessus de La Roche, à la Berra, qu'elle a fait ses premières pistes.

Après votre médaille d’argent aux JO de 2018, vous espérez l’or à Pékin?

J’ai des objectifs, mais je ne les dis pas forcément à haute voix, et j’avance un pas après l’autre. En 2017, je m’étais blessée à un genou, je n’avais donc pas participé à des compétitions avant les Jeux, je n’avais pas la pression de faire aussi bien qu’à la Coupe du monde précédente. Là, c’est différent, mais avec une médaille olympique à défendre, je peux de nouveau aborder cette saison sans pression énorme.

Ce n’est pas difficile de ne pas stresser?

En y réfléchissant, en étant un peu philosophe, c’est plus facile. Je fonctionne beaucoup mieux sans pression.

Quel a été l’effet de votre médaille olympique sur votre vie?

Il y a beaucoup plus de demandes et d’attention de la part des médias, c’est cool parce que c’est aussi le job d’un sportif. Il y a plus d’opportunités à tous les niveaux. Et plus de tri à faire. En fait, tout prend de l’ampleur.

Ça a été difficile de vous y habituer?

Sur le moment, oui, parce que j’avais fait dix mois de réhabilitation pour mon genou, après il y a eu cette euphorie et j’étais vraiment fatiguée. J’ai dû retourner à l’école après les Jeux, donc j’ai dû dire stop aux sollicitations. Mais je me suis habituée à cette nouvelle situation et j’ai appris plein de choses.

Quoi, par exemple?

S’organiser, avoir une vue d’ensemble de l’agenda, communiquer, notamment. J’étais aux études et maintenant je ne fais que du sport, je n’ai donc jamais vraiment travaillé, ça me permet d’apprendre des choses de la vie normale. Et je rencontre plein de monde.

Vous êtes la première femme à avoir réalisé une figure impressionnante, la Switch Double Cork 1440. Vous êtes entrée dans l’histoire de votre sport!

Cette figure me permet de faire des points et de bons résultats, c’est ce que je vois en ce moment. Quand j’aurai terminé ma carrière, je me dirai sans doute: «Ah, j’ai fait ça!»

Il y a beaucoup d’adeptes du ski freestyle en Suisse?

Par rapport à d’autres sports d’hiver, beaucoup moins. C’est une discipline jeune, moins médiatisée, il faut du temps pour la faire connaître. Mais il y a toujours plus de pratiquants, même si on aimerait davantage de filles. D’autres nations ont une relève féminine plus importante, après moi il y aura un vide en Suisse.

Vous pensez que cette discipline fait un peu peur aux filles?

Oui. Le fait que beaucoup plus de garçons la pratiquent peut aussi être un frein, elles ne veulent pas skier avec des mecs. Mais c’est ce qu’elles doivent faire si elles sont motivées par ce sport.

Le ski freestyle est dangereux?

C’est un sport extrême. Le risque zéro n’existe pas, mais il ne faut pas être tête brûlée. C’est clair qu’on sera un peu plus cassés que les personnes qui skient seulement le week-end.

Vous avez écrit que vous avez toujours été casse-cou. Enfant, que faisiez-vous de téméraire?

On a pas mal de place autour de la maison, j’avais des cousins et cousines qui habitaient à côté, donc on était tout le temps dehors en train de jouer. Il y avait aussi deux trampolines dans le quartier et j’adorais aller dans des skateparks. Je faisais tout le temps des sauts, du skate, du vélo, des choses un peu risquées! (Rires)

Ce que vous faites aujourd’hui, c’est la suite logique?

Exactement!

Vos parents sont sportifs?

Ils skiaient tous les week-ends quand mes sœurs et moi étions petites, j’ai commencé à skier à deux ans. Ma maman n’a jamais eu l’occasion d’être dans une équipe et de participer à des compétitions, mais elle était un peu comme moi, elle faisait plein d’activités dehors. Mon papa a fait de la compétition de ski alpin jusqu’à ses 20 ans environ et ensuite beaucoup de vélo, de ski.

Donc, ils n’ont pas eu peur que vous vous lanciez dans le freestyle?

Non, pas du tout.

Comment avez-vous découvert cette discipline?

Dans ma classe à l’école primaire, on était trois filles et onze garçons, les deux autres filles n’étaient pas très sportives, je faisais donc du sport avec les garçons. Ils ont commencé à sauter à ski, je les ai suivis, ça m’a plu et j’ai fait une compétition vers 13-14 ans. Ça a commencé comme ça.

A part le ski, vous pratiquez d’autres sports?

Plus ou moins tous! Je fais beaucoup de vélo l’été, un peu de skateboard, de roller, de golf. Et du surf sur l’océan.

La guitare qui est dans cette pièce, c’est vous qui en jouez?

J’ai fait de la guitare classique, et de l’athlétisme, jusqu’à 14 ans. J’ai commencé l’athlétisme à 6 ou 7 ans et la guitare deux ans après. Je n’ai plus le temps d’en jouer maintenant, c’est mon papa qui utilise les instruments que nous avons.

Vous êtes fan de fondue, en bonne Fribourgeoise?

Totalement! J’aime aussi la raclette, mais plus la fondue, quand même. J’adore manger, je mange tout le temps. Je ne fais pas de régime particulier.

Vous cuisinez?

Parfois. Ma grande sœur cuisine beaucoup, souvent avec son copain, ils le font trop bien, et je déguste.

Quels sont vos endroits préférés en Suisse pour skier?

Il y a un petit snowpark à La Berra, c’est un endroit super, j’y ai appris à skier. Pour faire du freestyle, Leysin est vraiment bien. Avec mon équipe, on va beaucoup dans les Grisons, à Laax ou à Davos.

Vous avez une longue carrière devant vous. Comment la voyez-vous?

Je n’y pense pas. Je continue tant que ça va et que je suis motivée, on verra quand ça changera, un jour ou l’autre je ferai autre chose. Pour l’instant, je vis dans le moment présent.