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La force de l'optimisme

Président de la Confédération, Guy Parmelin entame une année difficile. Le Vaudois reste malgré tout serein et confiant face à la tâche qui l’attend. La Suisse a les moyens de se sortir de la crise, estime-t-il. Rencontre avec un homme attaché à son pays et à sa région

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FABIAN HUGO
25 janvier 2021

Dans la Berne fédérale, au siège du Département de l’économie, de la formation et de la recherche, 14 janvier. Guy Parmelin nous reçoit au lendemain des nouvelles mesures annoncées par le Conseil fédéral pour lutter contre la pandémie. Son agenda est minuté mais le ministre se montre agréable et accessible, comme à son habitude. Le bavardage introductif se limite à l’essentiel: «Allez, on y va, je vous écoute.»

Guy Parmelin, l’année 2021 est-elle déjà une année à oublier?

Non, je pense que l’on peut quand même être raisonnablement optimiste.

Il y a de meilleures années que celle-ci pour devenir président...

C’est un gros défi mais aussi une extraordinaire motivation. Je me rends compte de la responsabilité de la tâche et des attentes de la population. J’ai de la chance, en général, je dors bien, quoique avant la dernière séance du Conseil fédéral (ndlr: le 13 janvier), j’ai plutôt mal dormi au vu des décisions que nous avons dû prendre.

De combien d’heures de sommeil avez-vous besoin?

En général, 6 heures. Le week-end, j’essaie de dormir un peu plus, ou de faire une sieste si je suis chez moi, à Bursins (VD), mais ce n’est pas toujours possible. C’est un rythme très dur… Il faut de la discipline. Je me lève tôt le matin, mon corps est habitué à ceci. Et le soir, j’essaie de me coucher à 23 heures aussi souvent que possible.

Se lever tôt, ça veut dire quoi?

5 heures. J’arrive au bureau vers 6 heures. J’ai une heure tranquille, pour voir certains dossiers ou répondre à des courriels avant la première séance à 7 h 15.

Le masque sur la photo officielle du gouvernement n’aurait-il pas été un signal fort?

Cette photo est naturellement un montage à cause des directives de distance. Une photo du gouvernement masqué serait restée dans l’histoire, mais je suis déjà entré dans celle-ci en étant le seul président à devoir porter le masque lors de son élection! Sur toutes les photos, j’étais alors masqué. Je pense qu’il est important de montrer que nous sommes des êtres humains, malgré la crise, et qu’il y a un espoir d’en sortir.

Vous incarnez une certaine bonhomie, une capacité à rester serein en toute circonstance. C’est votre côté vaudois?

C’est plutôt lié à mon caractère. Et puis à force de faire de la politique, on s’épaissit le cuir. J’ai vécu des crises, des critiques très dures. A un moment donné, vous devez développer une capacité à encaisser les coups. C’est important envers la famille ou vos collaborateurs de montrer que vous résistez, car eux souffrent des attaques en tous genres, dans les médias ou de la part de la population.

Un bon verre de vin, ça aide à relativiser les choses?

Oui, mais pas trop souvent, et surtout pas au travail!

Quel est votre vin préféré?

Le Chasselas de ma région.

Comment avez-vous vécu vos deux quarantaines?

C’est très spécial. Il faut s’organiser au mieux pour le travail. La technologie heureusement le permet, même si on ne peut pas régler de visu certaines choses entre deux séances comme je le fais d’ordinaire. Il faut toujours appeler les gens, faire des vidéoconférences. C’est fastidieux, mais pour l’essentiel ça permet de fonctionner.

Ces quarantaines ont-elles changé votre regard sur la pandémie?

J’étais en quarantaine préventive mais pas malade. C’était ennuyeux mais bien différent que si vous luttez contre la maladie. J’étais bloqué chez moi, dans ma chambre et mon bureau. Je n’aimerais pas faire ça tous les jours! La lutte contre la pandémie est marquée par le conflit entre les impératifs sanitaires d’un côté et les intérêts économiques de l’autre. Vous avez pris des mesures très dures pour l’économie, malgré votre appartenance bourgeoise... Le Conseil fédéral fait en permanence la pesée des intérêts. Ce n’est jamais tout noir ou tout blanc. Encomparaison internationale, on n’a peut-être pas fait tout juste, mais on s’en sort plutôt bien. La situation peut cependant changer très vite. Le plus dur c’est que nous ne pouvons pas donner de garanties à la population en disant, voilà, dans 3 mois tout est fini. Le durcissement des mesures doit permettre de casser l’évolution exponentielle de la nouvelle souche du virus. La vaccination va monter en puissance, les personnes à risque seront mieux protégées et le système hospitalier ne devrait pas se retrouver saturé.

Les commerces ne sont-ils pas victimes de l’intérêt général?

Leurs mesures de protection étaient pourtant bonnes. Oui, mais la nouvelle souche du virus contient aussi des inconnues. Nous essayons de prendre les mesures les plus ciblées et les moins dommageables possibles mais il y a malheureusement des effets collatéraux extrêmement durs. Et pas seulement pour les commerces. Pensez aux jeunes. Les restrictions à cinq personnes, l’impossibilité de sortir, ce n’est pas évident pour eux. Il y a des aspects psychiques importants pour la population qu’il ne faut pas négliger.

Répondez-vous personnellement aux lettres ou courriels que vous recevez?

Oui, ça m’arrive. J’en reçois plus du double depuis que je suis président… J’appelle parfois même les gens.

Et comment réagissent-ils?

Je peux vous dire que ça les surprend! Ce sont souvent des personnes mécontentes, qui pensent d’abord que c’est un canular quand je leur dis que c’est moi au bout du fil. Généralement, ça permet toujours d’apaiser un peu les désaccords.

En Suisse alémanique, les médias vous appellent volontiers «der nette Herr Parmelin». Qu’en pensez-vous?

«Nett», ça veut dire gentil et agréable, donc tant mieux. Je préfère ça que le contraire. Si c’est, en revanche, ironique pour dire que je suis naïf, alors ça ne me touche pas plus que cela et ça fait partie du jeu.

Les deux ministres romands sont actuellement les plus exposés du gouvernement. Est-ce un problème pour vous de vous imposer malgré le barrage de la langue?

Il ne faut pas sous-estimer les aspects linguistiques et culturels, mais je reçois énormément de courriers de citoyens alémaniques très positifs. Quand je vais en Suisse alémanique, l’accueil est toujours très bon et respectueux.

Un ministre romand fait-il certaines choses mieux qu’un Alémanique? (Il réfléchit).

Franchement, là, joker! Je ne vois pas vraiment. On a tous nos caractères. Ueli Maurer est, par exemple, très spontané, avec une facilité de contact extraordinaire. Moi, j’aime bien le contact avec la population. Mais je ne suis pas forcément expansif au premier abord.

A quoi vous est-il le plus difficile de renoncer à cause du Covid-19?

A beaucoup de choses! J’aimais parfois aller à un concert classique. Ou bien aux matchs de foot ou de hockey. On vote en juin sur deux initiatives visant à éliminer les pesticides. Pourquoi vous y opposez-vous? On a besoin des pesticides pour soigner les plantes, pour éviter des parasites dans les stocks. Le principal étant de les employer judicieusement, en respectant les prescriptions légales qui sont déjà très restrictives. Si vous bannissez ce recours aux pesticides, vous avez un risque de renchérissement des coûts: vous savez très bien que les produits bio sont plus chers que les traditionnels. Vous risquez aussi d’avoir une baisse de l’approvisionnement en Suisse. Si c’est pour importer davantage, ça ne sert à rien.

Vous avez pratiqué le foot, sur des terrains que l’on espère sans pesticide. Quel type de joueur étiez-vous?

Je n’étais pas spécialement doué, mais je ne me suis jamais fait expulser! Je jouais libero ou stoppeur, pour la vision stratégique. Puis après, j’ai fait de l’arbitrage. Une fois l’arbitre aurait dû franchement m’avertir mais il était mauvais. Je lui ai alors dit que je voulais faire de l’arbitrage pour remonter le niveau. Du coup, il m’a donné un carton jaune, mais seulement le jaune! (Rires) Je n’ai jamais regretté de devenir arbitre.

Revenons à la politique, avec la loi sur le CO₂. Pourquoi faut-il absolument cette loi, avec les taxes qu’elle prévoit?

La responsabilité individuelle ne suffit pas? Le Conseil fédéral a pris des engagements en signant l’Accord de Paris. Il a fixé l’objectif de réduire nos gaz à effet de serre d’au moins 50% d’ici à 2030. Dans un second temps, nous voulons atteindre le niveau de zéro émission nette d’ici à 2050. Nous devions prendre des mesures pour respecter ces engagements. Il y a des taxes supplémentaires, certes, mais elles sont ciblées. Ces mesures se trouvent dans la loi sur le CO2, adoptée par le Parlement. C’est une décision politique. On verra maintenant ce que le peuple décide.

Vous êtes aussi ministre de l’Education. Quand une école est-elle une bonne école?

La bonne école, c’est celle qui vous permet d’obtenir les compétences indispensables pour une bonne carrière scolaire et professionnelle et, d’une façon plus générale, pour une vie réussie.

Etes-vous d’accord avec l’affirmation «Pour l’école, on ne dépensera jamais trop d’argent»?

Cet argent vient toujours du contribuable. S’il est juste d’investir dans notre capital de matière grise, on ne peut pas le faire à l’infini non plus. Pour les quatre prochaines années, la Confédération va investir 28 milliards dans la formation et l’innovation. C’est une grosse somme, que l’on doit aussi justifier devant le Parlement.

Vous étiez un bon étudiant?

Oui, sans me vanter. D’après mes notes, en tout cas!

Quelle était votre branche préférée?

J’aimais bien le latin et le français mais nettement moins la physique!

Vous avez une expression latine préférée pour impressionner nos lecteurs?

«La roche tarpéienne est proche du Capitole» (ndlr: Arx tarpeia Capitoli proxima). Dans la Rome antique, on jetait du rocher tarpéien dans le Tibre les condamnés, juste à côté du Capitole, symbole de pouvoir. Une manière de dire que du pouvoir à la chute, ça peut aller très vite. Sinon, bien sûr, «Errare humanum est, perseverare diabolicum» (l’erreur est humaine, persévérer dans son erreur est diabolique).

Et pour l’allemand, avec votre épouse qui l’enseignait, vous le parlez à la maison?

Non, elle aimerait bien mais franchement, j’entends l’allemand toute la semaine, alors le week-end, je veux parler français! Ça m’arrive de parler allemand avec ma belle-mère, mais elle parle le dialecte bavarois, c’est pire que le hautvalaisan! (Rires)

Vous êtes amateur de BD, ça vous aide à décompresser?

Actuellement je n’ai malheureusement pas le temps d’en lire, mais j’ai une belle collection. J’aime bien Blake et Mortimer et, à l’époque, j’étais fan du lieutenant Blueberry, surtout la période avec Charlier et Giraud, les dessins étaient fabuleux et les scénarios brillants.