Le globe-trotteur au cor des Alpes | Coopération
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PORTRAIT
CHRISTOPHE STURZENEGGER

Le globe-trotteur au cor des Alpes

Christophe Sturzenegger se produit avec son cor des Alpes dans des lieux improbables, comme au sommet du Cervin.

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Patrick Gilliéron Lopreno, DR
31 mai 2021

Jouer du cor des Alpes dans des lieux insolites: sans tomber dans la recherche obsessionnelle et narcissique de l’exploit, si fréquente à notre époque d’omniprésence des réseaux sociaux, Christophe Sturzenegger (45 ans) adore surprendre. Professeur à la Haute Ecole de musique de Genève, où il enseigne le piano complémentaire, l’improvisation et l’harmonie au clavier, le corniste, pianiste et compositeur né dans la Cité de Calvin a fait de l’instrument symbole de la tradition suisse un infatigable globe-trotteur.

Qu’il s’agisse des pyramides d’Egypte, du désert du sultanat d’Oman, des plages mexicaines du Yucatan, des villes de San Francisco ou Hong Kong, le cofondateur du Geneva Brass Quintet, une formation de musique de chambre, baladait son cor des Alpes, avant la pandémie, pour se produire devant un public improvisé à la fois surpris et conquis.

Bien sûr, on ne transporte pas dans sa valise ou son sac à dos un cor des Alpes conventionnel (3,4 m pour 3,5 kg) comme un harmonica, de sorte que le musicien utilise une version télescopique et en carbone, démontable et légère (1,4 kg), inventée par l’artiste yverdonnois Roger Zanetti.

«Ces prestations spontanées relèvent d’une forme d’art, tout en s’inscrivant dans mon travail de musicien, explique-t-il. A cela s’ajoutent la touche et le clin d’œil suisses, dans la mesure où le cor des Alpes, un des porte-étendards de notre patrimoine, fait souvent office d’ambassadeur de la culture et de la musique helvétiques lors de mes tournées internationales avec le Geneva Brass Quintet.»

Jusqu’au sommet du Cervin

En 2020, la pandémie réduit à néant les voyages à l’étranger et débouche sur la fermeture des salles de concert. En quête de solutions alternatives, le musicien se convainc que le Cervin, niché à 4478 m d’altitude, constituerait une scène originale et majestueuse pour le cor des Alpes. Dans son esprit, cette ascension lui permet de marier deux passions, celle de la musique bien sûr, et celle de la montagne, qu’il connaît en alpiniste chevronné (il a déjà gravi quatorze 4000 m, dont le Mont-Blanc et la Dent d’Hérens en Valais). Sportif accompli, le Genevois pratique également le ski de vitesse en amateur, avec un record fixé à 141 km/h.

Sentiment de plénitude

Accompagné d’un guide, son cor des Alpes télescopique logé dans un sac à dos, il se hisse, en août 2020, au sommet du Cervin. Au moment de souffler dans l’instrument, un tourbillon d’émotions l’assaille. «A plus de 4400 m, on a la sensation d’effectuer quelque chose d’assez extraordinaire. Au début, on ne fait pas le malin, car à cette altitude, l’oxygène se raréfie, si bien que le ressenti physique est différent de celui qu’on éprouverait en plaine», commente ce père de deux enfants de 15 et 18 ans, qui a épousé une pianiste. Et de poursuivre: «Ce jour-là, la nature était très calme. Il n’y avait pas de vent, à tel point que j’ai ressenti un fort sentiment de plénitude. En revanche, l’acoustique n’avait rien d’exceptionnel, puisque les sons du cor des Alpes s’évanouissent à cette altitude, les échos tels qu’ils résonnent dans une grotte sont inexistants.»

Des projets plein la tête!

Avec le déconfinement qui se dessine à l’heure actuelle, Christophe Sturzenegger nourrit des projets de nouvelles aventures. Avec des amis, il envisage de jouer du cor des Alpes en duo ou en trio sur d’autres sommets, la Dent-Blanche, dans les Alpes valaisannes, ou le massif du Mont-Rose, à cheval entre la Suisse et l’Italie. Il se réjouit surtout à l’idée de pouvoir se produire à nouveau dans les salles, afin d’y présenter son dernier album de piano, consacré au compositeur et chef d’orchestre allemand Richard Strauss (1864–1949).

Genève et Cervin

Le musicien Christophe Sturzenegger aux Bains des Pâquis à Genève et sur le Cervin en août 2020.

 

Mexique

Le corniste a joué du cor des Alpes sur les plages du Yucatan en 2017.

 

Hong Kong

Le pianiste et compositeur avec son cor des Alpes télescopique à Hong Kong en 2014.

 

Mini-questionnaire

  • Y a-t-il une vie après la vie? Tout n’est que spéculation. Mais je n’en serais pas vraiment étonné.
  • Votre bruit préféré? Un ski glissant sur une poudreuse vierge et légère. Ou le bruit ambiant d’un pub.
  • Un beau souvenir? Un concert avec une salle pleine
  • Une qualité que les autres ont remarquée chez vous? La persévérance
  • Quel est votre plus vilain défaut? L’impatience
  • Votre remède quand ça va mal? Chausser les baskets et sortir.