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INTERVIEW MATHIEU FORGET

Le nouvel Icare des réseaux

Mathieu Forget fait actuellement le buzz sur TikTok et Instagram avec des photos et vidéos incroyables dans lesquelles il lévite, saute ou danse! Le Français, fils de l’ex-champion de tennis Guy Forget, nous parle de ses secrets de création et de la Suisse, son second pays.

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Mathieu Forget | SWAPNIL JUNJARE
23 août 2021

Sur TikTok, il compte 700000 abonnés et 10 millions de «J’aime». Sur Instagram: 110000 followers. Certaines de ses publications ont été vues plusieurs millions de fois. Des chiffres qui ont de quoi faire rêver bien des influenceurs. D’autant que ce succès lui permet de décrocher des contrats avec des marques prestigieuses. Mais qu’est-ce qui attire autant de monde sur ses comptes appelés forgetmat? Des images où il s’élève au-dessus du sol en sautant ou en dansant, dans une scénographie à la fois dépouillée et travaillée, visuellement proche de l’art contemporain. Car le jeune homme de 31 ans est danseur et acrobate, en plus d’être photographe et vidéaste. Son exploit est de voler, ou plutôt d’avoir l’air de voler, sans être retenu par un câble. C’est les pieds bien sur terre, de son appartement parisien, que nous parle Mathieu Forget, qui a aussi une résidence près de Genève.

Vos images sont incroyables. C’est quoi le truc?

L’expérience et l’entraînement. J’ai fait tellement de photos que j’ai compris comment paraître à l’aise. Pour donner l’illusion d’être en lévitation, il faut réussir à capter un très bref instant et le rendre léger. Pour ça, il faut penser au visage, au corps et baisser un peu l’appareil pour donner l’impression qu’on est plus haut.

Il est danseur, acrobate, photographe et vidéaste, on le surnomme «Flying Man»: Mathieu Forget (31 ans), ici à Paris dans ses œuvres, qui font le buzz sur le web.

Vous refaites souvent les prises?

Ça dépend. Je fais plein de photos et je choisis les meilleures. Certaines poses marchent à chaque fois, et j’en essaie de nouvelles. Je regarde comment je peux me placer dans le décor; je dois être parfaitement symétrique.

Certaines personnes doivent penser que ce sont des montages.

C’est pour ça que j’ai fait des vidéos où je montre comment je m’y prends. Elles ont cartonné. Au début, j’avais un peu regretté d’avoir dévoilé mes secrets, mais les gens ne vont pas réussir à faire exactement comme moi.

C’est dangereux d’essayer de vous imiter?

Non, mais il faut d’abord connaître son corps, ce qu’on peut faire et ce qu’on veut faire. Un saut tout droit, c’est simple, mais c’est plus difficile de paraître à l’aise sur l’image. Ensuite, on peut passer à un niveau supérieur: lever un bras en sautant, par exemple. Il faut y aller petit à petit. Si on a envie d’essayer des poses à l’horizontale, on peut sauter sur un lit.

Vous vous blessez parfois?

Je ne me suis jamais fait très mal parce que je sais ce que je peux faire. J’espère pouvoir continuer encore longtemps, je dois donc être prudent. J’ai parfois un peu mal parce que je ne me repose pas assez, je suis hyperactif.

Comment en êtes-vous arrivé à faire ça?

Petit, j’adorais la scène, la télé et me donner en spectacle devant mes proches. J’étais fan du boys band 2Be3! Je faisais du surf à Biarritz l’été, j’aimais marcher sur les mains et faire des roues sur la plage. A 16 ans, je suis tombé amoureux de la culture et de la danse hip-hop en regardant des clips. J’ai commencé à danser tous les jours, à imiter ce que je voyais à la télé. Mon rêve était d’accompagner Michael Jackson et Madonna.

Mais maintenant, votre travail, c’est le rêve d’Icare réalisé?

Je rêve de voler, et j’arrive un peu à le faire grâce aux technologies. Les super-héros m’inspirent, je suis un grand enfant, comme la plupart des artistes.

Vous avez beaucoup joué au tennis.

Durant quatre ans j’ai étudié la danse, la musique, la photo et la vidéo dans une université californienne. Je jouais au tennis, ce que je faisais depuis petit, j’avais un très bon niveau. J’ai décidé d’arrêter le tennis et d’aller un an à Hollywood passer des auditions et m’entraîner.

Et puis ensuite?

J’ai travaillé à New York dans une boîte de nuit, j’en suis devenu directeur artistique. J’ai fait des photos, elles ont commencé à marcher. Je dansais aussi avec des artistes, dont Taylor Swift, mais je voulais me lancer dans mon projet.

On peut dire que vous êtes un artiste complet?

Je n’ai pas le même niveau qu’un vrai danseur, je n’ai pas la même expérience qu’un vrai photographe ou réalisateur, mais je suis assez bon dans tout ça. Je suis aussi un entrepreneur-businessman.

Vous entraînez-vous tous les jours?

Trois ou quatre fois par semaine, je fais aussi du renforcement et du stretching. Quand j’ai une séance photo, je bouge pendant six heures, et pour une performance, je répète longtemps. Dans la vie quotidienne, je prends les escaliers, je cours souvent quand je vais d’un endroit à un autre. Je suis toujours en mouvement, sauf quand je travaille sur l’ordinateur, c’est d’ailleurs ce qui me prend le plus de temps.

Mathieu Forget réalise ses photos avec l'aide d'assistants et a fait sienne cette phrase: «La vie est une œuvre d'art.»

Votre réussite sur Instagram et TikTok vous a surpris?

J’étais prêt, je savais qu’à un moment ça allait marcher, mais le succès sur TikTok m’a un peu étonné. Quant à Instagram, il m’a fallu quatre ans et demi pour arriver à 30000 followers, en postant une photo par jour, ce qui faisait beaucoup de sauts, de répétitions, etc. Le plus dur, c’est de lancer la machine. TikTok a tout changé.

On critique parfois les réseaux sociaux, mais vous êtes la preuve qu’on y voit de belles choses!

Ils ont changé ma vie. Ils sont incroyables pour vite trouver des infos, pour communiquer avec le monde entier, ils peuvent changer des choses, comme avec Black Lives Matter. Mais ils peuvent être dan­gereux pour les jeunes en quête d’eux-mêmes, qui se comparent aux autres, qui ne comprennent pas que les photos parfaites des célébrités ne reflètent pas la réalité. Moi, plus jeune, j’avais le tennis, ça a été une incroyable école de vie, quelque chose qui me motivait tous les jours.

La célébrité de votre père, ex-star du tennis et actuel directeur du tournoi de Roland-Garros, a-t-elle fait naître en vous un intérêt pour les médias et l’image?

Inconsciemment, oui. J’ai été habitué à le voir à la télé. Je me suis énormément inspiré de la façon dont il se comportait et s’exprimait. C’est quelqu’un de gentil, qui a une bonne réputation, qui a toujours été droit et humble. Certaines célébrités sont plus excentriques, il faut faire attention à ne pas donner une mauvaise image de soi.

Il y a des artistes dans votre famille?

Mes grands-pères sont musiciens, l’un d’eux est aussi peintre, mais ils n’en ont pas fait leur métier. Mon père adore la musique, il chante très bien. Ma mère est fan de danse. Mes passions ne viennent pas de nulle part.

Avez-vous fait des photos ou des vidéos en Suisse?

Quelques-unes devant chez moi. J’aimerais bien en faire à Zurich et à Lausanne, car il y a de beaux bâtiments. Les lieux et les édifices m’inspirent, j’aime ce qui est asymétrique. Mais il faut que j’aie une raison derrière un projet, une collaboration avec une marque, par exemple.

Vous avez passé toute votre enfance en Suisse?

J’ai grandi à Neuchâtel entre mes 1 an et mes 5 ans, tout en voyageant partout dans le monde avec mes parents pendant cette période. Ensuite, on s’est installés près de Genève, j’ai étudié au Collège du Léman, à Versoix, jusqu’à mes 18 ans.

Quels souvenirs gardez-vous de ces années?

Il y avait les copains, les hivers au ski. Genève est très internationale, ça m’a inspiré. L’ouverture d’esprit des Suisses, leur rigueur, le fait qu’ils aient les pieds sur terre, j’ai ça en moi, même si je pars dans des délires créatifs.