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OSS 117 est de retour, chaud devant!

Avec «OSS 117: Alerte rouge en Afrique noire», c’est un troisième volet de la saga du James Bond franchouillard qui débarque. Rencontre avec celui qui l’incarne à l’écran, Jean Dujardin.

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Christophe Brachet/MANDARIN PRODUCTION
26 juillet 2021
Et c'est peu dire  qu?il ne craint pas  de faire le zèbre: Jean Dujardin en Hubert Bonisseur de La Bath, nommé OSS 117, dans une scène de «OSS 117: Alerte rouge en  Afrique noire».

Et c'est peu dire qu?il ne craint pas de faire le zèbre: Jean Dujardin en Hubert Bonisseur de La Bath, nommé OSS 117, dans une scène de «OSS 117: Alerte rouge en Afrique noire».

Nous sommes en 1981, à quelques semaines des élections qui feront basculer la France en Mitterrandie. On retrouve Hubert Bonisseur de La Bath (OSS 117 donc, Jean Dujardin) en fâcheuse posture, aux mains de geôliers armés de méchantes intentions et de kalachnikovs – pour entrer en trombe dans ce troisième volet de la série culte, «OSS 117: Alerte rouge en Afrique noire» qui débarque sur les écrans romands le mercredi 4 août.

Après Le Caire et Rio, OSS 117 est envoyé dans un pays «ami» d’Afrique pour y mater les velléités de coup d’Etat d’une opposition financée par le bloc communiste. Moulé dans son costard eighties le plus clinquant, pattes d’éph’, Ray-Ban et blagues grivoises, Hubert découvre l’informatique et le tequila sunrise, l’Afrique postcoloniale et les safaris. Autre nouveauté dans son univers, façonné cette fois par Nicolas Bedos, son patron du SDECE (service de renseignement extérieur français ) lui a adjoint un bleu prometteur, incarné par Pierre ­Niney, et on devine déjà que la relation va être tendue entre OSS 117 et OSS 1001. Qu’importe, fidèle à lui-même, «La Bath» va en découdre avec un dictateur au don d’ubiquité, ses barbouzes et ses léopards. Des femmes fortes vont le défier et malmener son insubmersible ego. On se délecte de cette troisième franche déconnade.

 

Jean Dujardin, comment allez-vous et comment avez-vous traversé cette période morose?

Un peu comme tout le monde, en hibernation: on ne fait plus de films et on se demande si l’époque mute, si on est tous en train de muter, si le cinéma va survivre à ça. On se pose plein de questions, les cartes sont en quelque sorte rebattues. C’est marrant, je viens de revoir un documentaire sur Jean-Pierre Melville, dans lequel il annonce la fin du cinéma pour 2022: j’espère qu’il s’est trompé…

Ça faisait un bail, 14 ans après Rio et 6 après Le Caire… Comment se sont passées les retrouvailles avec ce bon vieil Hubert?

Très bien. Assez naturellement, d’ailleurs, dès lors que je m’amuse avec le texte, que je me retrouve dans les dialogues et que le metteur en scène a une pertinence. Tout était en place, c’était assez chimique même, j’ai retrouvé mon costume, j’ai même le sentiment que mon âge collait un peu plus à cette fonction d’agent secret et que j’étais armé de plus d’expériences.

A quel stade de sa vie est Hubert? Il aborde la crise des 40-50 ans?

Oui, on l’a amené sur cette crise, le temps qui passe, son âge, sa sexualité. C’est aussi une façon de casser le jouet, le modèle, l’amoindrir et le rendre plus touchant, avec ses vannes brûlantes et son incapacité à gérer les situations.

On a le sentiment qu’il éprouve des doutes pour la première fois? Serait-il plus fragile?

On l’a confronté à des doutes, sur ses convictions politiques, sur son pouvoir de séduction. C’était la promesse de ce troisième volet, il fallait amener quelque chose de neuf. Si on repasse uniquement par les mêmes effets, personne ne sera surpris.

Comment vous êtes-vous préparé au tournage? En vous replongeant dans l’atmosphère de ce début des années 1980?

Comme à chaque fois, je regarde des documentaires, j’en parle avec l’auteur, j’essaie de projeter ce que je dis dans le contexte de l’époque. Il y a très peu d’impro. Improviser, c’est suspect, ça veut dire qu’on a cherché des effets: je ne fais pas vraiment confiance à l’impro. Il y a une écriture dans OSS, celle de Jean- François Halin, un vocabulaire, un lexique, je ne peux pas y mettre trop de modernité non plus.

Et sur le plan physique, comment vous préparez-vous? Il y a quelques scènes plutôt sportives tout de même…

J’adore ça, je suis un vrai labrador, un acteur d’extérieur, surtout quand mon régleur de cascades me dit que je peux faire certaines choses, je les fais. C’est plus amusant de sauter d’un toit, de se faire tracter ou tirer par les pieds que de rester assis sur sa chaise. Je n’ai pas envie d’attendre dans ma loge que ça se passe. Et donc je fais attention. Je fais du sport, un peu de régime. Je sais que je vais être filmé, je fais en sorte d’être regardable.

Vous vivez avec une sportive de haut vol (Nathalie Péchalat, ancienne championne de patinage), ça aide?

Ce n’est pas elle qui me stimule, je le faisais déjà avant. Comme pour le texte, j’essaie d’être parfaitement préparé sur le plan physique pour arriver détendu sur le tournage. Il faut que mon corps suive.

Après les vagues Me Too et Black Lives Matter entre autres, pourrait-on imaginer Hubert projeté dans les années 2020?

Au fond, c’est peut-être plus intéressant de passer par une autre époque pour commenter la nôtre, par exemple quand il arrive au SDECE avec ses comportements sexistes et ses mains au cul et que s’échangent des «Happy to see you – me too». Regardons cette époque, ne la jugeons pas systématiquement. C’est fou de se dire qu’on pouvait être là à cloper, à prendre des raccourcis. Ce n’est pas un jugement, c’était juste comme ça.

Hubert est un peu votre réplique en connard magnifique: qu’est-ce qui est le plus difficile pour l’interpréter?

On est tellement dans le pastiche, tellement dans les références aux années 1980, ce n’est même pas un personnage réel. On a fait nos courses entre les Indiana Jones, les Roger Moore. On sent la psychologie de temps en temps dans certaines séquences, mais on est dans les archétypes. Je ne peux pas creuser le personnage comme s’il était réel. On voit tout de suite la salle de jeu derrière.

Vous dites vous servir de votre passé de cancre pour jouer?

Oui, c’est ce que je dis du cinéma en général. J’ai un côté scolaire pour apprendre mes textes, j’essaie de bien faire les choses, de ne pas subir. Non pas pour être le premier de la classe mais en tout cas pour ne pas être le dernier.

Vous avez de mauvais souvenirs de l’école?

J’étais dans mon monde, effacé, pas très concerné, pas très épanoui. Je ne m’y retrouvais pas et maintenant, ce n’est pas que je culpabilise mais j’ai besoin d’arriver et d’être près des objectifs.

Mais en fait, à part, bien sûr, un physique de rêve, qu’avez-vous en commun, Hubert et vous?

Difficile de nous trouver un point commun. Une part d’enfance peut-être, une candeur que j’essaie de maîtriser là où lui ne la maîtrise pas. Mais c’est pas mal d’être un imbécile heureux, parfois, ça repose, ça fait du bien.

Qu’allez-vous faire de votre été ?

Là, je pars sur un autre tournage, «Novembre», un film de Cédric Jimenez, celui de «La French», sur les attentats de 2015 à Paris et la traque des terrristes.

Qu’y a-t-il de neuf avec le regard qu’apporte Nicolas Bedos?

Formellement, Nicolas a apporté plus de mouvement, normal, on est dans les ­années 1980. Il apporte pas mal de nouveautés dans le cadrage, les décors, la ­narration. C’est le changement dans la continuité. Le hic, c’est que c’est devenu culte et chacun fantasme la suite comme il aimerait la voir. Historiquement, le personnage d’OSS 117 est même antérieur au James Bond de Fleming. Les romans de gare écrits dès les années 1940 et 1950 par Jean Bruce ont été adaptés plusieurs fois au premier degré, avant que Jean-François Halin s’amuse à les détourner. A faire ce petit pas de côté pour montrer le mâle dominant, raciste, macho, années 1950, sous ses côtés ridicules.

Un décor dans lequel vous vous replongez avec le même bonheur?

Oui, c’est un peu ma petite boutique. On retrouve toute l’équipe, on se ­remet dans la photo avec ­plaisir. C’est comme regarder con­fortablement un vieux film qui nous rappelle notre enfance, des choses agréables. C’est un peu notre mythologie dans laquelle on s’épanouit.

En buvant une Suze?

Ah non, contrairement à Hubert, je n’aime pas la Suze.