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La diversité enrichit la vie, et l’école aussi. En Suisse romande, la tendance est aux classes hétérogènes qui mêlent les élèves de tous niveaux pour favoriser la qualité mais aussi l’égalité.

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06 septembre 2021
En Suisse romande, il existe le système de filières et  celui des classes hétérogènes.

En Suisse romande, il existe le système de filières et celui des classes hétérogènes.

La rentrée scolaire est déjà bien entamée. Avec ou sans masque, avec ou sans tests répétitifs, les élèves romands sont de retour en classe. Et ce petit monde peut à nouveau se côtoyer sur les bancs de l’école dans toute sa diversité.

Des classes où se mêlent les élèves «forts» et «faibles» est aussi un aspect important de cette diversité. Or ce qui va de soi à l’école primaire devient un casse-tête au secondaire obligatoire.

Réforme genevoise

Pour les ados genevois qui démarrent le cycle d’orientation (secondaire I), cette rentrée devrait être la dernière où on les sépare par filières. Dès la rentrée 2022, le canton ne veut plus regrouper ses élèves selon leurs résultats.

Genève se rapprocherait ainsi du Jura, du Valais ou de Neuchâtel. Ces cantons misent déjà sur des classes hétérogènes où les élèves de tous niveaux sont mélangés pour la plupart des branches. Fribourg maintient les filières distinctes, tandis que Vaud et le Jura bernois pratiquent un système mixte de filières. Ce sont donc bien deux «écoles» qui se côtoient aujourd’hui en Suisse romande à la fin de la scolarité obligatoire (9e à 11e HarmoS): en gros, le système de filières et celui des classes hétérogènes.

Séparation selon les notes

Les premières écoles séparent les élèves dans des filières (aussi appelées voies, regroupements ou sections) en fonction de leurs notes. Dans les secondes, les élèves suivent la plupart des branches ensemble dans des classes hétérogènes, avec des cours séparés selon le niveau scolaire pour les branches fondamentales – comme le français et les maths. Ici, il s’agit d’assurer une transition en douceur entre l’école primaire, par définition hétérogène, et le cursus post-­obligatoire.

Atout ou fardeau?

«Le choix de la structure de l’enseignement reflète souvent une représentation – positive ou négative – de l’hétérogénéité des élèves: est-ce un fardeau qui rend l’apprentissage plus complexe? Ou, au contraire, une richesse dont on peut tirer profit?» s’interroge Sonia Revaz, chercheuse en sciences de l’éducation à l’Université de Genève.

Les enseignants ont leur réponse. «De nombreuses études montrent que les cours en classes hétérogènes sont beaucoup plus favorables pour l’apprentissage de tous les élèves quel que soit leur niveau», soutient Samuel Rohrbach, président du SER, l’association faîtière des enseignants romands. «Cela leur permet de mieux développer leurs connaissances, mais surtout leurs compétences.»

«L’hétérogénéité est souvent un facteur d’efficacité»

Sonia Revaz, chercheuse

Dans les classes hétérogènes, le travail en groupe est courant. Les modèles de classes hétérogènes qui fonctionnent bien dans d’autres pays tablent également sur des équipes d’enseignants en classe. La taille de la classe joue aussi un rôle: «Avec des effectifs plus petits pour les élèves en difficulté, cela permet une plus grande individualisation. Par contre l’émulation entre élèves sera moindre, ce qui est l’atout des classes hétérogènes», explique Samuel Rohrbach. Dans ces dernières en effet, la dynamique positive de la classe renforce les compétences des plus faibles, sans produire un nivellement par le bas.

«L’hétérogénéité est souvent un facteur d’efficacité», renchérit Sonia Revaz. Autrement dit, les résultats scolaires ont tendance à être plus élevés en moyenne dans des classes hétérogènes que dans des classes homogènes (filières).


Des classes plus égalitaires

Derrière le choix du système en fin de scolarité obligatoire se pose la question des inégalités. «La recherche montre que les classes hétérogènes favorisent l’égalité», affirme Sonia Revaz, chercheuse en sciences de l’éducation. «Lorsqu’on sépare les élèves selon leur niveau scolaire, on les sépare indirectement en fonction de leur origine sociale.» Dans les classes hétérogènes, les élèves apprennent de leurs pairs. Dans les filières, les élèves forts se stimulent les uns les autres, mais les élèves faibles ont tendance à stagner. Aussi, les forts ont-ils moins à perdre par le brassage que les élèves plus faibles qui restent regroupés entre eux.