Sharleen, le feu de Texas | Coopération
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INTERVIEW
SHARLEEN SPITERI

Sharleen, le feu de Texas

Texas célèbre 30 ans de carrière avec un album et une tournée qui fera escale à Lausanne. Sharleen Spiteri nous parle du décès de sa mère, de ses activités durant la pandémie, de son penchant pour le rap, de ses pépins de santé et de sa colère contre le Brexit.

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Julian Broad | DR | Getty Images
31 mai 2021

Sharleen Spiteri a toujours le feu sacré après plus de 30 ans de complicité avec Texas. Elle et son groupe reviennent avec «Hi», un dixième album studio aux effluves nostalgiques. Pop, rock, soul et hip-hop sont au programme de ces quatorze nouveaux titres qui rappellent les belles heures de la formation écossaise. En attendant de la retrouver sur scène le 1er avril 2022 à la Vaudoise aréna, à Malley. La bouillonnante chanteuse de 53 ans, qui vit entre Londres et le Pays de Galles avec son mari chef cuisinier et sa fille de 18 ans, se raconte sans fard.

Il s’est passé beaucoup de choses depuis notre dernière rencontre en 2017, et en particulier depuis un peu plus d’un an…

Oui, on a vécu plein de choses qui ont bouleversé nos vies. Je ne peux pas dire que cette crise ait été difficile finan­cièrement pour moi parce que j’ai une chance incroyable. Je n’ai pas besoin de paniquer en me demandant comment je vais nourrir ma famille, comme tant d’autres. Par contre, j’ai perdu ma mère juste avant le premier confinement et cela a été très dur parce que je n’ai pas pu être avec ma famille. Mon père souffre de la maladie de Parkinson et de démence. Le décès de ma mère l’a beaucoup affecté. Je ne l’ai pas vu depuis maintenant un an et je ne sais pas combien de temps il me reste avec lui.

Sharleen Spiteri est la voix du groupe Texas qui vient de sortir un dixième opus de 14 titres, «Hi», quatre ans après «Jump on Board». Ils seront en Suisse, à Malley, le 1er avril 2022.

Désolé pour vos parents…

A ma connaissance, ma mère était en pleine forme. Je la trouvais juste maigre et après un examen médical, nous avons découvert qu’elle souffrait d’un cancer très agressif. Elle est décédée deux semaines après le diagnostic, donc ça a été un vrai choc pour la famille. Mais ma sœur et moi nous disons que nous avons eu la chance d’être avec notre mère à la fin. Si elle était partie une semaine plus tard, nous ne l’aurions probablement plus revue. J’ai des amis qui ont perdu des parents durant la pandémie et n’ont pas pu leur dire adieu...

Comment avez-vous vécu les confinements?

Je suis très casanière. J’adore être avec ma tribu, cuisiner, promener le chien, regarder des films. J’ai fait beaucoup de couture et puis quelques projets artistiques. Nous avons aussi composé trois chansons supplémentaires pendant le premier confinement, que nous avons ajoutées sur l’album.

Cet album a les divers éléments qui ont fait le succès de Texas…

On aime toutes sortes de musiques différentes. Ça nous a beaucoup influencés dans nos vies, dans ce que nous écoutons et jouons. En ce qui nous concerne, il ne devrait pas y avoir de règles. J’ai décidé de faire partie d’un groupe parce que je ne voulais pas d’un job normal aux normes contraignantes. Et je ne vois pas pourquoi on devrait se limiter à un seul style.

Qu’est-ce qui a inspiré vos retrouvailles avec les rappeurs du Wu-Tang Clan?

Nous avons tourné un documentaire sur l’époque où nous avions enregistré «Say What You Want» et interprété ce titre aux Brit Awards avec Method Man en 1998. Personne n’avait jusque-là marié ces deux univers. Nous sommes restés en contact depuis et avons des amis communs. En discutant avec le rappeur RZA, qui a participé au documentaire, on s’est dit: «Pourquoi on ne ferait pas un nouveau disque ensemble?» C’est comme ça que ce titre, «Hi», est né.

Etes-vous une grande fan de rap?

J’ai grandi en écoutant des groupes comme Sugarhill Gang et Public Enemy. C’est le type de rap qui me plaisait. Le hip-hop a changé la façon dont la musique est faite et sonne au niveau des rythmes en employant des boucles et des beats. Après, les choses commerciales ou qui manquent de respect aux femmes, c’est pas mon truc. Il y a du bon et du mauvais, comme dans tout. J’adore écouter le flow de grands rappeurs, comme les Français de NTM. C’est un style dur et fort mais qui est pertinent quel que soit ton sexe, ton âge ou la couleur de ta peau.

Née à Glasgow en 1967, Sharleen Spiteri a des origines maltaise, italienne, française, allemande et irlandaise.

La fin des années 1990 était une période formidable pour Texas. L’album «White on Blonde» a d’ailleurs inspiré vos nouvelles chansons…

Oui, c’était une époque géniale et fun. Nous étions au sommet de notre carrière. Nous avions probablement défié les attentes à notre égard. Après un passage à vide, Texas était revenu avec «White on Blonde» et les gens se demandaient qui était ce groupe. Certains pensaient qu’il s’agissait de notre premier disque. Nous avons eu une carrière exceptionnelle et on a beaucoup de chance de continuer à faire de la musique. Et de rester pertinents après plus de 30 ans.

Votre prochaine tournée passera par la Suisse romande en 2022. Vous allez reprendre sur scène l’intégralité de votre premier album, «Southside»?

Oui, Texas assurera la première partie de Texas! C’est l’idée du concert. On interprétera nos anciens titres d’abord, puis les nouveaux. Je dois me remettre en forme parce que je vais être sur scène pendant des heures!

Cette tournée, qui célèbre vos 30 ans de carrière avec un chouïa de retard, est-elle un prétexte pour faire la fête?

Je n’ai jamais besoin de prétexte pour faire la nouba! La vie est trop courte et après ce que nous venons tous de traverser et continuons d’endurer, je crois que beaucoup de gens ont réalisé ce qu’ils veulent vraiment dans la vie. Ils sont nombreux à faire plein de changements pour le mieux et montrer beaucoup plus de respect envers les autres.

Avez-vous modifié quelque chose dans votre vie depuis la pandémie?

La plupart des gens se lèvent le matin à une certaine heure, vont travailler, rentrent chez eux et oublient leur job. Les musiciens ne fonctionnent pas comme ça. On passe une bonne partie du temps enfermés en studio six mois ou plus. Puis, on se retrouve dans un bus sur les routes. Nos vies sont très différentes des horaires de bureau.

Vous vous étiez blessée à la cheville en batifolant avec votre groupe, peu avant notre dernier entretien. Etes-vous plus raisonnable depuis?

Oh, ma cheville me fait toujours mal. Après ça, il y a deux ans, on a dû m’emmener d’urgence à l’hôpital. Je me trouvais au Danemark lorsque je me suis abîmé trois disques. On m’a ramenée ici en avion et j’ai dû avoir douze injections dans ma colonne vertébrale. On a évoqué une opération chirurgicale du dos mais j’ai décidé de ne pas passer sur le billard et j’ai fait de la physio pendant un an. Je dois continuer à faire attention. C’est l’usure normale du dos après des années à jouer de la guitare et sauter sur scène.

Les tournées vous ont manqué depuis un peu plus d’un an?

Non. Je sais que je repartirai en tournée et retrouverai la scène. Les tournées ne me manquent jamais. Ce qui me manque, c’est d’être sur scène. Voyager d’un pays à l’autre est une nécessité mais franchement, je n’aime pas particulièrement ça. J’adore me retrouver dans des pays différents, mais les déplacements… bon Dieu! En ce moment, je ne sais même pas ce qui va se passer. C’est un bordel absolu. C’est cet aspect qui me fâche.

C’est-à-dire?

Ce Brexit, c’est juste des conneries. Je n’ai jamais été plus contrariée et déçue de ma vie que lorsque nous avons quitté l’UE. Je suis furieuse que notre gouvernement ne nous autorise pas à avoir des visas de 90 jours pour partir en tournée en Europe. Nos dirigeants rendent tout très compliqué alors que l’industrie de la musique britannique génère une fortune pour le Royaume-Uni.