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INTERVIEW
AJLA DEL PONTE

Une étoile filante en forme olympique

Auréolée en mars d’un titre de championne d’Europe en salle sur 60 mètres, Ajla Del Ponte est l’un des espoirs suisses des Jeux olympiques de Tokyo. La jeune femme nous raconte sa vie d’athlète. Mais aussi d’étudiante!

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ATHLETIX.CH/ULF SCHILLER | keystone
28 juin 2021
Au sprint, elle aremporté cette année les Championnats d'Europe du 60 mètres: Ajla Del Ponte (24 ans) s'entraîne aux Pays-Bas, étudie à Lausanne et court dans le monde entier.

Au sprint, elle aremporté cette année les Championnats d'Europe du 60 mètres: Ajla Del Ponte (24 ans) s'entraîne aux Pays-Bas, étudie à Lausanne et court dans le monde entier.

Déjà sélectionnée pour l’événement japonais et susceptible d’y remporter une médaille, l’équipe féminine suisse du relais 4 x 100 m devrait compter dans ses rangs la Tessinoise de 24 ans. Ajla Del Ponte espère également se qualifier ces prochains jours pour les 100 m et 200 m. Non contente d’être une vedette du sport, la jeune femme brille aussi dans les études: elle termine un master en littérature italienne et histoire à l’Université de Lausanne. Lorsque nous la joignons par Zoom, elle se trouve dans un camp d’entraînement en Turquie, en fin de quarantaine pour cause de positivité au Covid-19. Mais elle n’a eu que des symptômes légers, nous dit-elle.

Etre atteinte de ce virus, ça vous a effrayée?

Je n’ai pas eu peur pour moi, mais pour les gens qui m’entourent, je ne voulais contaminer personne. Heureusement, ce n’est pas arrivé.

Ça a perturbé vos entraînements?

On m’a prêté un vélo et des poids, je me suis entraînée deux fois par jour dans ma chambre. C’est mieux que d’avoir eu le Covid-19 la semaine avant Tokyo!

Votre préparation pour les JO doit être intensive…

Oui, d’autant plus qu’avant les Jeux, il y a pas mal de compétitions pour se qualifier pour les épreuves individuelles. Mais les entraînements sont très positifs, je suis contente et très motivée.

Elle sera aux prochains JO: la championne Ajla Del Ponte, ici à Macolin, où elle a battu un record du 200 mètres.

Votre médaille d’or aux Championnats d’Europe n’y est pas pour rien!

Ça m’a donné beaucoup de confiance. Depuis l’année dernière, j’ai aussi gagné en assurance grâce aux autres compétitions, mais ce titre m’a fait entrer dans une nouvelle dimension; j’ai envie de batailler avec les meilleures mondiales. Et le temps que j’ai couru, 7’’03 (ndlr: égalant le record suisse) est un très bon présage pour le 100 m.

Stressée, avant ces JO?

Parfois, mais il y a surtout de l’énergie positive. Je pense que tous les athlètes ressentent de l’excitation. C’est un peu comme si la flamme olympique brûlait en nous et nous appelait.

Votre base d’entraînement est aux Pays-Bas depuis mai 2019?

Je me partage entre Arnhem, où se trouve mon entraîneur, Laurent Meuwly, et le Tessin. Je participe également à des camps d’entraînement dans d’autres pays. Au Tessin, je m’entraîne surtout seule, mais je vais parfois à Macolin voir Raphaël Monachon, mon autre entraîneur.

Vous partagez toujours un appartement à Arnhem avec Lea Sprunger?

Oui, c’est cool d’être deux. Elle m’aide beaucoup parce que ce n’est pas évident d’être à l’étranger loin de ma famille.

Vous vous êtes adaptée facilement aux Pays-Bas?

Je m’y sens bien. Les gens là-bas sont ouverts, ils ne sont pas trop dans le jugement.

Sur votre site web, vous avez mis en exergue plusieurs phrases, comme «N’arrêtez pas quand c’est difficile, mais quand vous êtes fier» ou «L’échec vient du manque de volonté». Ces citations sont de vous?

Chaque année, je demande à mes co-­équipiers d’écrire des phrases dans mon livre d’entraînement (ndlr: elle nous le montre). Quand je suis seule aux entraînements ou que j’ai un manque de motivation, je les lis.

Vous êtes forte mentalement depuis toujours, ou c’est venu au fil du temps?

Je me suis toujours beaucoup aidée de phrases, notamment de chansons. Avec mon psychologue sportif, on en a trouvé d’autres. C’est un peu comme des mantras que je me répète et qui m’aident.

Que vous apprend d’autre votre psychologue?

On a beaucoup travaillé sur ma confiance en moi et sur mon esprit de compétition. Il dit que je suis trop gentille! Avant, en allant dans les starting-blocks, je n’avais pas la rage de vouloir gagner. Il m’a aidée à faire de grands pas en avant.

Malgré tout, y a-t-il des moments où vous trouvez que c’est très difficile?

C’est normal de craquer, la pression est parfois très forte, mais j’ai la chance d’être bien entourée. Si je suis un peu déprimée, je peux parler avec ma famille ou avec mes coéquipiers.

Vous faites des études supérieures. Comment les conciliez-vous avec le sport?

Mes partenaires du relais en font aussi. On avance à notre rythme. Si je n’avais pas eu des camarades qui me donnaient les notes des cours, j’aurais mis beaucoup plus de temps et eu plus de difficultés. Et ma famille m’a toujours soutenue, tout comme l’Unil.

Suiviez-vous vos études en partie à distance déjà avant la pandémie?

Surtout quand j’étais en camp d’entraînement. Depuis le Covid-19, je peux être n’importe où et suivre mes cours sans demander les notes à quelqu’un. Je ne suis pas retournée en cours depuis un an et demi! Mais j’ai toujours beaucoup aimé y aller, avoir ce moment pour moi.

C’est important pour vous de mener de front ces deux activités?

Ce sont mes deux passions. Il y a des sacrifices à faire, mais ça me permet de garder mon cerveau en mode de travail. Je suis plus équilibrée que si je n’avais que le sport.

Quand aurez-vous terminé vos études?

Je pensais que ce serait en juin cette année, mais avec les JO, c’était trop compliqué. Ce sera peut-être en janvier prochain. Il me reste mon mémoire.

Quel en est le sujet?

Trois manuscrits de poésies du XVIe siècle écrits par des poètes protégés par la famille Farnèse.

Vous avez le temps de faire d’autres choses?

Pas beaucoup, je choisis mes activités. Au niveau du mental, c’est important de voir des gens, de faire des choses pour soi. Il ne faut pas se surcharger et ne pas avoir de plaisir. Parfois, je lis un livre alors que je ne devrais pas, mais ça me fait du bien. Même chose si je vais voir une amie, ça me permet de mieux affronter mon travail.

Racontez-nous comment se déroulent vos journées.

Je me réveille au plus tard à 7 h 30. Après le petit-déjeuner, je travaille pour mes études, je réponds aux e-mails ou je fais des tâches administratives. Ensuite, je vais à l’entraînement, qui dure deux heures. A midi, je travaille parfois encore pour l’Unil. Puis, je vais en salle de musculation avant de reprendre deux heures d’entraînement. Enfin, il y a un temps pour la récupération et je rentre chez moi. S’il n’y a rien d’urgent pour mes études, je regarde une série ou je lis un livre avant de me coucher.

L’alimentation est importante pour un sportif. Quel est votre régime?

Je n’en ai pas, c’est un de mes prochains projets, mais je veille à apporter à mon corps ce dont il a besoin pour le sport de haut niveau. Le matin, j’aime préparer un porridge coloré avec des noix et des fruits. A midi, on a moins le temps de cuisiner, je fais des œufs avec des avocats, par exemple. Le soir, je mange des protéines (viande, poisson).

Avez-vous découvert des choses positives pendant cette pandémie?

Le semi-confinement m’a permis de revenir chez mes parents, à Ascona, et de retrouver mon frère. On n’avait pas été réunis tous les quatre depuis cinq ans, car mon frère est parti faire du hockey au Canada et aux Etats-Unis quand il avait 16 ans.

Finalement, après quoi courez-vous dans la vie?

J’ai toujours couru après mes rêves. Je commence maintenant à les réaliser.