Zaz revient, transformée | Coopération
X

Recherches fréquentes

L'interview
Zaz

Zaz revient, transformée

Avant de pouvoir sortir (ce sera le 22 octobre) son nouvel album intitulé «Isa», la chanteuse française Zaz est passée par une véritable révolution intérieure, qu’elle nous raconte. Elle se produira aussi à Genève en février prochain.

PHOTO
Darrin Vanselow
18 octobre 2021
Zaz dans le miroir des mots, de  la musique, du temps et des saisons de la vie: la chanteuse est née à Tours  en 1980 et  a notamment  collaboré avec  le musicien Quincy Jones.

Zaz dans le miroir des mots, de la musique, du temps et des saisons de la vie: la chanteuse est née à Tours en 1980 et a notamment collaboré avec le musicien Quincy Jones.

C’est l’artiste de l’Hexagone qui s’exporte le plus à l’étranger depuis ces dix dernières années: la Russie, l’Allemagne, l’Espagne, le Canada, le Japon ou encore l’Argentine ont succombé à sa voix originale et à sa musique rappelant la chanson d’antan, tout en étant bien ancrée dans le présent.

Ce succès, elle le doit à son tube «Je veux», qui tournait en boucle à la radio en 2010. Depuis, Zaz a créé l’association Zazimut, qui se consacre au développement durable et à l’éducation, ainsi que le Crussol Festival, en Ardèche. La chanteuse a enchaîné les albums. Son cinquième, «Isa», abréviation de son vrai prénom, sortira le 22 octobre. Avant de lui donner vie, Isabelle Geffroy (41 ans) a connu doutes et remises en question que l’on ne soupçonnait pas. Aujourd’hui, après un arrêt volontaire, elle est prête à repartir sur les routes. Elle jouera le 10 février 2022 au Victoria Hall de Genève. Avant cela, l’artiste, régénérée et tout sourire, nous a fait des confidences dans un hôtel genevois.

Comment se passe votre journée en Suisse?

Bien, mais c’est intense. Je n’avais pas fait de promotion depuis trois ans.

Vous connaissez notre pays?

Je suis venue pas mal de fois, mais en coup de vent. J’aime être en Suisse parce que, dans mon inconscient, ce pays, c’est l’air, la fraîcheur. Et il y a la nature, la montagne. La montagne me rend heureuse.

Dans une récente interview, vous avez déclaré être apaisée. Et c’est ce que l’on ressent en écoutant votre album «Isa».

Récemment, j’ai découvert plein de choses sur moi. J’ai affronté des peurs, libéré ce qui était enfermé. Du coup, je me sens plus centrée et apaisée. Mais ça n’est pas venu du jour au lendemain, et je ne suis pas totalement sereine.

Avant, il y avait quelque chose de négatif dans votre vie?

Non, mais la célébrité et le succès ont été très forts. J’ai vécu douze ans d’expériences incroyables. Je disais oui à presque tout. Je n’ai pas su m’écouter ni m’arrêter quand j’avais besoin de me retrouver, de prendre soin de moi. Je n’en avais pas vraiment conscience, ou si j’en avais, je fuyais.

Vous étiez prise dans un tourbillon?

Oui, mais ça me nourrissait, me faisait du bien, mais à un moment ça n’a plus été le cas. A la fin de ma dernière tournée, je devais repartir et j’ai dit: «Non, je vais m’occuper de moi, de ma vie personnelle.» S’il n’y avait pas eu le confinement, j’aurais peut-être encore fui.

Comment vous êtes-vous occupée de vous?

J’ai notamment pris des cours de chant, de théâtre, de danse, j’ai fait de la peinture, je suis allée voir ce que j’avais à l’intérieur. C’était formidable et déstabilisant. J’ai dû changer mon quotidien, lâcher prise, être dans l’inconnu, affronter cette peur permanente et même l’embrasser. C’était très dur, mais je suis heureuse d’y être arrivée.

Le titre «Isa», c’est parce que vous êtes plus Isabelle que Zaz maintenant?

Pendant le confinement, je n’en pouvais plus de Zaz, je voulais qu’elle meure.

Vraiment?

En m’arrêtant, j’ai réalisé qu’elle prenait toute la place. Maintenant, Zaz peut revenir parce qu’Isa a été nourrie et écoutée. J’ai l’impression qu’avant, seule Zaz était nourrie. Mais c’est Isa qui doit nourrir Zaz, pas l’inverse.

Vous vous étiez en quelque sorte dédoublée?

Non, Zaz est quand même Isabelle, je ne suis pas comme ces artistes qui ont créé un personnage. Quand je me suis remise derrière un micro, après m’être arrêtée et que le confinement avait commencé, je n’avais plus de voix, je ne savais plus chanter, je ne savais plus qui j’étais, je n’étais plus nourrie par le public. Il a fallu que j’aille chercher à l’intérieur, et c’était vide.

Zaz, lors de notre rencontre à Genève. Elle sortira l'album «Isa» le 22 octobre et sera en concert au Victoria Hall (GE), le 10 février 2022.

C’était une sorte de burn-out?

Je ne crois pas. Quand on n’est plus centré avec soi-même, il est évident qu’une forme de maladie s’installe, dans le corps ou dans l’esprit. Je pense que ça fait partie de la vie jusqu’à ce qu’on trouve un équilibre. Je croyais en avoir trouvé un. A 20 ans, j’avais pris conscience d’un tas de choses, j’avais tout changé, j’étais dans un très beau chemin. Mais à 40 ans, d’autres événements sont arrivés. L’équilibre n’est pas acquis pour toujours, et aujourd’hui encore je dois y faire attention.

Vous avez en partie enregistré «Isa» aux Pays-Bas, dans une église. Un tel lieu invite à l’apaisement?

Cet album, très organique, est introspectif, c’est du recueillement. Le réalisateur du disque vit et travaille dans une église, son jardin est un cimetière, et il y a la mer à côté. C’était plein de symboles: la vie, la mort, le recueillement, la foi, le lâcher-prise, les éléments.

Votre album est empreint de sensibilité.

Je suis très intense et sensible. C’est ce que j’exprime dans ma musique, je me montre brute. Je suis excessive aussi.

Il y a une chanson sur votre belle-fille, une autre sur votre père. Vous vouliez faire un disque personnel?

Non, ça s’est fait naturellement. J’ai dit aux auteurs-compositeurs quels sujets je voulais, on a travaillé les chansons jusqu’à ce qu’elles me plaisent. Mon père est entré en EHPAD (ndlr: EMS), j’ai dû vendre la maison, la nettoyer, c’était un moment très particulier et qui a fait remonter plein de choses.

C’est presque un album autobiographique?

Non, mais c’est la bande originale de ma vie. Je ne pouvais parler que de ce que j’étais en train de vivre. «Comme tu voudras» dit qu’à un moment il faut faire le deuil des parents super-héros parce que c’est juste des humains, même si ça n’excuse pas tout. S’ils n’ont pas fait autrement, c’est qu’ils ne savaient pas le faire. Si on est en colère contre ça indéfiniment, ça nous fait du tort.

Les textes de certaines de vos chansons montrent l’envie d’un monde meilleur.

Je suis une rêveuse, une utopiste. On a tellement d’infos négatives (je n’ai plus la télé depuis longtemps, mais j’ai internet), tellement de moyens de se faire happer, décentrer et d’entrer dans une colère collective. Etre positif demande du courage et de la volonté, c’est un choix et un travail.

Vous y arrivez?

Non pas toujours, mais j’ai choisi ce chemin-là, sinon je ne vais pas aider l’humanité. Par contre, je ne suis plus dans la revendication comme avant. C’est la place de certains, mais je me sens mieux comme ça, ce qui ne veut pas dire que je ne suis pas activiste pour une vie meilleure.

Finalement, vous n’êtes plus la même qu’avant?

Si, mais on change. Je ne suis pas comme à 20 ans. Et je ne pensais pas qu’avoir 40 ans me ferait quelque chose, mais ça a été le cas. Pas par rapport à la vieillesse, mais c’était comme si j’entrais dans une autre saison de ma vie.

L’actualité est sombre, vous le disiez, où peut-on voir du positif?

Dans les mouvements MeToo, Black Lives Matter, les questions d’identité et de genres, même s’il y a des extrêmes. C’est sain de reconnaître nos émotions, de les exprimer, de les libérer.

Quels sont vos défis d’artiste et de femme?

Je me vois maman! J’aimerais aussi avoir une maison à la campagne. J’habite à Paris, j’ai un petit jardin et une maison, c’est très satisfaisant, mais j’ai besoin d’autre chose. Je ne peux pas quitter Paris, mais j’aimerais un pied-à-terre ailleurs.