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L'ÉDITION DES JEUNES
INTERVIEW AVEC JOOS SUTTER

«Je voulais être motard et gagner un championnat»

Nous venons de Suisse romande, alémanique et du Tessin et nous sommes trois apprentis de Coop qui rencontrons le président de la Direction générale Joos Sutter. Il répond à nos questions sur sa vie privée, le développement durable, les nouvelles technologies, ses projets pour l’entreprise.

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Heiner H. Schmit
05 novembre 2018

Au siège de Coop à Bâle, le chef Joos Sutter répond aux questions de Florim Lika, Stefano Jelic et Cynthia Lienhard.

Comment s’est déroulée votre enfance?

J’ai eu une enfance très heureuse. Avec beaucoup, beaucoup d’idées et de projets. Une belle et passionnante enfance, à mon avis.

Quelle profession rêviez-vous d’exercer à notre âge?

Je voulais être motard et gagner un championnat de moto, ou de Formule 1.

Vous n’auriez donc alors jamais imaginé devenir CEO de Coop…

Non, jamais!

Quel a été votre premier emploi?

J’ai occupé pour mon premier poste un emploi dans le domaine de l’horti­culture, au sein d’une entreprise dans laquelle j’aidais à planter des arbustes, etc. Ça a été mon premier vrai travail.

Qu’avez-vous acheté avec votre premier salaire d’apprenti?

Je n’ai pas suivi d’apprentissage, mais j’ai acheté avec mon premier salaire des voitures et des avions télécommandés. Puis j’ai économisé pour un vélomoteur.

Que fait monsieur Sutter en privé?

Je passe beaucoup de temps avec ma famille. J’aime beaucoup être dehors, dans la nature: j’aime pêcher et j’ai conservé cette passion pour la moto. J’ai trois fils adultes dont deux qui sont aux études à Zurich durant la semaine. Quand nous faisons quelque chose tous ensemble, c’est bien sûr un grand plaisir.

Est-il difficile de s’impliquer énormément dans son travail et conserver du temps pour sa famille?

Oui, lorsque l’on choisit un métier comme le mien, il faut être prêt à sacrifier un peu de sa vie privée. C’est le prix à payer pour un poste comme celui que j’occupe.

Que signifie pour vous la notion de durabilité?

Pour moi, la durabilité signifie que les générations qui nous suivent disposent d’une nature intacte, afin de pouvoir mener une existence saine, telle que celle que nous avons nous-mêmes vécue. La durabilité est aussi synonyme de réussite économique, car seule une économie qui fonctionne garantit un avenir viable. Le concept de durabilité est donc très vaste.

L’ex-chef de Migros Herbert Bolliger a dit un jour: «le bio ne ménage pas les ressources» et «si tout le monde veut du bio, une grande partie de la population n’aura plus rien à manger». Que pensez-vous de ces affirmations de Herbert Bolliger?

D’un côté, une chose est claire: l’efficacité ne concerne pas seulement la quantité de fruits et légumes que je peux produire, mais aussi la fertilité de mon sol et la durée pendant laquelle je vais ainsi pouvoir l’exploiter. L’efficacité doit donc être mesurée à long terme. En ce sens, le bio est très efficace, l’agriculture conventionnelle l’étant moins du fait de son utilisation d’engrais chimiques et de pesticides, et l’érosion du sol.

D’un autre côté, la plupart des exploitations agricoles, au niveau mondial, sont conduites par de petits paysans qui produisent de façon écologique.

Enfin, il existe des études qui montrent comment on peut nourrir les habitants de cette planète avec une agriculture biologique jusqu’en 2050. Par conséquent, tout cela, je le vois de manière positive.

Si vous appreniez que vous n’avez plus qu’un jour à vivre sur Terre, comment le passeriez-vous?

Je le passerais avec ma famille, au bord d’un lac de montagne – une canne à pêche à la main.

Comment gérez-vous une journée de travail?

Je me lève tôt, à 5 heures, et je vais au bureau vers 6 h 30. J’ai beaucoup de réunions à Bâle, mais aussi dans le reste de la Suisse. Je quitte en général mon travail à 19h30 et rentre chez moi. L’agenda est très rempli.

Planifiez-vous vos rendez-vous vous-même?

Non, c’est heureusement mon assistante qui s’en charge. Elle planifie un an à l’avance. Je connais ainsi déjà mes rendez-vous et réunions pour novembre 2019.

Quelles sont vos réalisations jusqu’à présent en tant que CEO de Coop?

Ce n’est pas à moi de répondre à cette question. Posez-la à d’autres.

Mais de quoi êtes-vous particulièrement fier chez Coop?

Je trouve que nous disposons d’une excellente équipe: elle réunit des personnes qui s’engagent pleinement pour Coop et ses valeurs – notamment la durabilité, l’efficacité et la réussite. J’en suis très fier.

Les trois apprentis de Coop, venus du Tessin, de Suisse alémanique et de Suisse romande, durant leur interview avec le chef Joos Sutter.

En tant que chef de Coop, quelle a été la décision la plus difficile que vous ayez dû prendre?

Il existe de très nombreuses situations difficiles auxquelles il faut faire face. Mais celles qui se rapportent à la vie d’autres personnes sont certainement les plus préoccupantes. Il est clair que ma fonction m’oblige à prendre des décisions dans ce sens, et cela n’est vraiment pas simple.

Quels sont vos objectifs/missions dans les prochaines années?

Je pense en particulier à quatre thèmes principaux: la différenciation face à la concurrence; la numérisation, qui va modifier notre façon de travailler; la pression sur les prix; et enfin notre volonté de continuer à nous améliorer dans le domaine de la durabilité.

Quand y aura-t-il une femme à votre place?

Nous sommes très ouverts à cette idée. A qualifications égales, nous choisirons une femme. Mais il n’est pas facile de la trouver. La décision de nommer le CEO revient de toute façon au conseil d’administration, et non à moi. Je souhaite qu’un jour une femme accède à ma fonction.

Comment envisagez-vous l’avenir du commerce de détail?

Je pense que le commerce a de beaux jours devant lui, notamment parce que le contact avec la clientèle reste important et qu’il ne peut être automatisé. Le commerce de détail devra bien sûr s’adapter. Je pense que le service à la clientèle va prendre de plus en plus d’importance.

Et le commerce en ligne?

L’importance du commerce en ligne va augmenter. Ce qui va rendre le service à la clientèle plus difficile, le contact n’étant pas direct. Par conséquent, je pense que nous devons faire encore plus d’efforts en termes de «contacts clients» dans ce domaine.

Pensez-vous que dans le futur l’automatisation va franchir une nouvelle étape?

Oui, il est clair que l’automatisation prend de plus en plus de place, en particulier dans les domaines qui n’ont pas de contact direct avec la clientèle, comme la production ou la logistique.

«Le contact avec la clientèle reste important et ne peut être automatisé»

Joos Sutter

Y a-t-il la possibilité qu’un jour Coop innove dans plus de vente en vrac, par exemple pour les pâtes, le riz, le lait…

Oui, nous y travaillons actuellement et nous le faisons concrètement déjà dans le domaine des fruits et légumes.

Mais ce n’est pas toujours la meilleure des solutions, parce que l’hygiène ainsi que la fraîcheur des produits peuvent en pâtir.

Peut-on imaginer qu’un jour Coop fusionne avec notre concurrent principal Migros, pour concurrencer les Hard Discounters Aldi et Lidl?

Coop et Migros sont suffisamment importants pour rester tous deux autonomes. Mais comme je ne cesse de le dire: nous devons rester ouverts à tout changement et collaboration.

Allons-nous ouvrir des Coop à l’étranger un jour?

Dans les prochaines années, je ne pense pas, car nous suivons une stratégie très claire. Celle-ci se fonde sur deux piliers: le commerce de détail en Suisse et le commerce de gros (Transgourmet) et la production, à l’international.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux jeunes et en particulier aux apprentis de Coop?

Je souhaite leur dire que ce qui est important à mes yeux, c’est que nous conservions toujours en nous la curiosité propre aux enfants. Le commerce de détail est extrêmement varié et ceux qui s’intéressent à ce domaine et à son contenu traceront leur voie, accumuleront les expériences et feront une belle carrière.

Je veux aussi leur rappeler que l’on n’a rien sans rien, que rien n’est gratuit. Et enfin qu’il est important de conserver un esprit critique. Je pense qu’il s’agit là d’une bonne combinaison.