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Journée de La Bonne action

Donner de soi aux autres

Le bénévolat n’a pas de prix, au sens propre comme au figuré. Sans tous ses philanthropes, notre société serait bien terne et appauvrie. Rencontre des multiples visages qui incarnent une bonne action.

20 mai 2019

A une époque où l’ego est roi, où la plupart des gens pensent carrière, argent, pouvoir, possessions matérielles, voire célébrité ou sensations fortes, nombreuses sont les bonnes fées qui s’engagent pour autrui. Aider les autres, donner de son temps et de sa personne à celles et ceux qui sont dans le besoin, peut aussi faire monter l’adrénaline. C’est peut-être même le meilleur moyen d’y arriver.

Le professeur Udo Rauchfleisch (76 ans), ancien maître de conférences en psychologie, aujourd’hui invité au sein de différentes universités et hautes écoles suisses et étrangères, explique que «les êtres humains qui réalisent une action altruiste ressentent une joie intense sitôt après avoir aidé quelqu’un. Cette joie est tout à fait légitime, nullement contradictoire avec la générosité que les bonnes actions sous-entendent».

Effectuer des achats pour un voisin malade, porter un repas chaud à un sans-abri, faire un don à une institution caritative, régler le loyer d’un(e) ami(e) en détresse financière, donner un coup de main à la buvette du club sportif, participer à une soupe populaire, etc. La liste des interventions bénévoles est longue.

Certaines personnes vont même jusqu’au sacrifice de leur propre vie pour sauver celle des autres. Il y a quelques années, dans le canton de Berne, une grand-mère a tendu son petit-fils de 2 ans à un voisin par la fenêtre de sa maison en feu, avant de périr dans l’incendie, aux côtés de son mari. En 2016, un tribunal argovien est le témoin d’un autre fait exceptionnel: les proches d’une femme décédée dans un terrible accident de la circulation ont pris dans leurs bras le chauffeur de poids lourds responsable du drame, effondré et anéanti, pour soulager sa douleur.

Altruisme et philanthropie

Deux notions caractérisent les bonnes actions. Celle de l’altruisme, d’une part, qui désigne un acte désintéressé pour autrui. La philanthropie, d’autre part, qui peut se comprendre par «amour de l’humanité».

«Nous entendons par philanthropie toute action volontaire d’ordre privé ayant un but d’utilité publique», explique le professeur Georg von Schnurbein (42 ans), directeur du Center for Philanthropy Studies (CEPS) de l’Université de Bâle et expert en gestion des fondations. «En d’autres termes, la philanthropie ne dépend 
ni de la richesse ni de la position sociale.» Pour agir, pas besoin donc d’être un Bill ou une Melinda Gates à la tête de la plus grande fondation privée du monde, dont le capital total est estimé à 37 milliards de dollars.

Philanthropie, volontariat, actes désintéressés: ces concepts seraient-­ils interchangeables? «Oui et non. Ils se recoupent et sont de ce fait difficiles à différencier», poursuit Georg von Schnurbein. «Le travail bénévole est une fonction que l’on choisit et que l’on exécute sans rémunération. Il s’agit donc de volontariat et, par voie de conséquence, de philanthropie. Les actes désintéressés couvrent un champ plus vaste: ils sont présents dans la sphère privée sans être simultanément considérés comme étant d’utilité publique.»

7477 ans et deux mois

Une bonne action est une aide apportée sans contrepartie d’aucune sorte. Un volume d’heures insoupçonné leur est consacré chaque année en Suisse. En effet, plus de 665 millions d’heures de volontariat sont effectuées, soit près de 7477 ans et deux mois! L’Office fédéral de la statistique mentionne une contre-valeur de 41 milliards de francs. A titre de comparaison, le budget de la Confédération pour l’année 2019  s’élève à environ 72 milliards de francs. Mais ce n’est pas tout: le professeur Georg von Schnurbein estime que le secteur privé verse annuellement environ 4 milliards de francs pour des causes d’utilité publique. «Par rapport à ses homologues étrangers, la Suisse figure régulièrement dans le peloton de tête en matière d’engagement philanthropique», précise-t-il.

Nous pouvons tous faire le bien

Le comportement altruiste est présent dans toutes les cultures. Toutes les religions du monde vantent ses mérites. Des études montrent que les bébés sont solidaires dès le plus jeune âge. Pour autant, c’est l’éducation qui joue le rôle décisif. D’autres facteurs interviennent: se considérant gâtées par la vie, certaines personnes souhaitent restituer une part de leur bonne fortune à la société.

La superstar du tennis Roger Federer (37 ans), dont la mère Lynette (67 ans) est originaire d’Afrique du Sud, illustre très bien cet état d’esprit: sa fondation soutient des projets de formation en Afrique australe. Parmi les plus fameux philanthropes helvètes, on peut citer le fondateur de la Croix-Rouge Henri Dunant (1828–1910) ou Luc Hoffmann (1923–2016), descendant de la famille Roche et cofondateur du World Wildlife Fund (WWF), qui est à l’origine de nombreuses associations de protection de la nature.

Le paysage philanthropique suisse actuel est dominé par des entrepreneurs ou par des familles héritières de dynasties industrielles. «Je trouve toutefois réducteur le fait de ne considérer que l’aspect financier», poursuit Georg von Schnurbein. «La philanthropie est précieuse pour la société quand elle repose sur un large consensus et peut contribuer à améliorer les conditions de vie dans diverses occasions et situations.» Selon lui, nous pouvons tous faire le bien, quels que soient notre fortune, origine, sexe, âge, formation, profession ou position sociale.

Mais les bonnes actions peuvent parfois revêtir des facettes moins reluisantes. Qui dit bonté humaine, dit naturellement risque d’exploitation. En effet, certaines personnes ont des motivations tout sauf charitables: elles veulent par exemple être reconnues, espèrent tirer de leurs actions des avantages sociaux ou professionnels. «Il y a un paradoxe dans le fait d’agir de manière désintéressée dans un but égoïste. Si l’intérêt personnel est le motif réel, alors il ne s’agit plus d’une bonne action au sens du don de soi-même, de façon désintéressée», nous explique Udo Rauchfleisch. Mais selon son confrère Georg von Schnurbein, cette attitude est totalement normale: «Il est dans la nature humaine d’entremêler altruisme et égoïsme.» Ceci étant dit, les bénéficiaires des bonnes actions peuvent tout à fait s’en moquer, le soutien reçu leur étant utile quoi qu’il advienne.

«Attitude philanthropique, activités bénévoles et autres bonnes actions sont essentielles pour la société», résume Udo Rauchfleisch. Une approche qui rejoint celle de Georg von Schnurbein: «Les différentes formes de philanthropie constituent un élément important de la cohésion sociale. Une société dans laquelle les citoyen(ne)s ne sont pas prêt(e)s à s’engager pour autrui est dysfonctionnelle.»

 

A la rencontre de bénévoles

La satisfaction d'aider

Cloé Brachotte

Bénévole pour la section vaudoise du WWF
www.journeedelabonneaction.ch/wwf

«Ce que j’aime dans les bonnes actions, c’est de partir de rien, pour ensuite réaliser quelque chose de concret ensemble», explique Cloé Brachotte, Lausannoise de 28 ans. Diplômée d’un master en biologie, elle coordonne les actions pour la bio­diversité du WWF Vaud. Une fonction bénévole qu’elle assume depuis le début de l’année. Cloé vit à Ouchy, avec sa conjointe Lucie et leurs deux chats, à deux pas du Léman, dont les rives méritent un peu d’attention…

En scrutant les galets au bord du lac, on voit des bâtons de sucettes, des papiers d’emballages, des bouts de mégots. «La plus grande source de déchets, ce sont les pique-niques, relève Cloé. Une astuce durable est d’utiliser des assiettes et couverts réutilisables. Cela demande un peu d’organisation, mais c’est tellement mieux que d’utiliser et de jeter.» Avant de partir, un dernier coup d’œil permet de vérifier qu’on n’a rien oublié derrière soi. «Si la poubelle publique déborde, il est important d’emporter ses déchets jusqu’à la prochaine, sinon le vent les dispersera dans la nature.»

Cloé, qui a grandi en jouant dans les champs du Jorat, est très attachée au respect de l’environnement. Elle a inscrit dans son agenda la matinée du 25 mai: des bénévoles se réuniront pour nettoyer la plage de Préverenges (inscription auprès du WWF Vaud). «Grâce à une machine de l’association Precious Plastic Léman, les plastiques trouvés seront transformés en objets.» Histoire de donner une deuxième vie à ces déchets échoués. La jeune femme a découvert les joies du bénévolat il y a une année, en participant à des actions comme la plantation de haies indigènes pour la faune. «Avant, je ne comprenais pas pourquoi les gens travaillaient gratuitement. Je sais maintenant qu’il y a un autre retour: la satisfaction d’avoir fait quelque chose d’utile et d’avoir aidé. C’est quelque chose d’incroyable, de gratifiant. Tout le monde devrait essayer.» Son conseil: ne pas hésiter à contacter son association préférée pour proposer son aide! Concernant la collecte de déchets avec le WWF, il est possible d’agir seul, en famille ou avec des amis: tout le monde peut participer! (Texte: Tatiana Tissot)

«Voir les bienfaits tout de suite»

Eduard Walter

Bénévole chez Table Suisse Vaud
www.journeedelabonneaction.ch/table-suisse

«C’est bientôt Noël», lance en boutade Eduard Walter en débarquant en plein mois d’avril dans le stock du Centre Coop de Vevey. Ce fringant retraité, 70 ans au compteur, œuvre depuis huit ans pour Table Suisse Vaud. «Je travaille tous les mercredis, été comme hiver, Noël et Nouvel An compris.» Ils sont dix comme lui qui s’engagent pour la fondation, à raison de trois personnes par jour. «On cherche des gens pour agrandir le tournus. Ça, il faut que vous le mettiez dans votre article!» Si garder une activité a été un argument de taille, faire une bonne action a été pour Eduard – qui veut qu’on le tutoie – décisif: «Je voulais faire quelque chose pour les gens de chez moi, et voir les bienfaits tout de suite.» Et il est servi. Parti à 7 heures de Saint-Sulpice, il visite en suivant un planning millimétré les donateurs qui, comme Coop, lui remettent des caisses remplies d’aliments. Parquer la camionnette réfrigérée, rendre les caisses vides, charger ce qu’on lui donne et repartir. Le tout prend environ 5 minutes avant qu’il ne sillonne à nouveau les rues vers un prochain bienfaiteur. Dès qu’il a suffisamment de marchandises, il fait escale chez les premiers bénéficiaires vers 11 heures. Au total, 90 institutions vaudoises sont inscrites à Table Suisse. Partout, on guette l’arrivée d’Eduard et de son fourgon. On court prévenir les 
responsables de la cuisine ou du magasin qui viennent faire leur marché gratuitement, à califourchon sur les caisses pour mieux voir ce qu’elles contiennent.

Les personnes qui bénéficient au final de ce service gratuit à domicile sont toutes socialement fragilisées: enfants en internat, jeunes mères, sans-abris, réfugiés, personnes souffrant de dépendance… «Ça a été un choc de découvrir la face cachée de la médaille sociale. C’est dur de voir les gens dans ces situations.» Un deuxième bénévole épaule aujourd’hui Eduard dans sa tournée, Ruben Blazquez, chômeur en réinsertion âgé de 38 ans: «Je préfère travailler bénévolement plutôt que de rester inactif.» Une manière d’apprendre, de rencontrer des gens et de faire un travail gratifiant. (Texte: Gilles Mauron)

Une véritable école de vie

Dominique Hänggi

Chef louveteaux du groupe scout «Adler» de Pratteln/Muttenz (BL)
www.journeedelabonneaction.ch/scout

Un samedi sur deux, il garde 30 enfants âgés de 6 à 10 ans, excités comme des puces, pendant trois heures. Dominique Hänggi est chef louveteaux depuis près de cinq ans. «Bien sûr, c’est un travail exigeant et le soir je suis K.-O., mais c’est une saine fatigue.» Il y trouve un bon équilibre avec sa vie scolaire – dans une année, le jeune homme de 20 ans originaire de Muttenz (BL) passera sa maturité. En moyenne, Goofy (le surnom de Dominique) consacre huit à neuf heures par semaine aux scouts, préparation et réunion des responsables incluses. ’équipe de monitrices et de moniteurs est une seconde famille pour lui. «Ma principale motivation? Donner l’exemple aux enfants. Leur apprendre par exemple qu’il faut aider les autres quand ils ont besoin de nous», explique-t-il. De toute évidence, cette aventure a aussi un côté ludique: «Entendre rire les louveteaux, voir leurs visages radieux, c’est la récompense de mon engagement.» Dominique aime passer du temps dans les parcs et les forêts avec eux pour leur transmettre l’amour de la nature. Une prédisposition qui n’a rien d’un hasard: la maison de ses parents se situe en lisière de forêt. Depuis sa plus tendre enfance, il passe le plus clair de son temps au grand air.

Le gymnasien a le bénévolat dans le sang: aussi loin qu’il s’en souvienne, ses parents ont toujours été membres d’associations. «Dans notre quartier, il y a aussi des journées de corvées auxquelles tout le monde participe. Nous curons des étangs, débroussaillons des chemins, taillons des arbustes…»Le chef louveteaux prend énormément de plaisir à œuvrer au sein des scouts. Il est convaincu qu’il s’agit d’une véritable école de vie: «Si j’ai des enfants plus tard, je saurai faire face aux événements rapidement.» Le scoutisme est également l’occasion d’acquérir des compétences d’encadrement. Dominique en aura sans doute besoin pour exercer son futur métier: il souhaite devenir maître d’école primaire! Lors de chaque rencontre de louveteaux, il prouve d’ores et déjà qu’il est capable d’enseigner aux enfants et de leur inspirer le respect. (Texte: Susanne Stettler)

Aider et prévenir le gaspillage

Bruna Bernasconi

Responsable de Table couvre-toi à Chiasso (TI)
www.journeedelabonneaction.ch/table-couvre-toi

«Etre solidaire envers les plus démunis, c’est dans mon ADN.» L’effervescence est grande autour de Bruna Bernasconi, responsable régionale à Chiasso de ’association Table couvre-toi. Comme tous les mardis, les détenteurs de la carte de l’association se retrouvent dans l’ancien gymnase pour bénéficier d’une aide alimentaire comprenant des fruits, des légumes et d’autres denrées alimentaires. Le tout pour 1 franc symbolique. Il est 14 heures passées et la camionnette du centre de distribution de Castione n’est pas encore là. Pour les familles, l’attente se prolonge. «A Chiasso et dans les communes limitrophes, pas moins de 800 personnes bénéficient de ce service. Près d’une soixantaine d’entre elles vivent même sous le seuil de pauvreté», souligne l’ex-enseignante de 74 ans. Des chiffres qui donnent le vertige et qui contrastent avec l’image opulente qu’on a de la Suisse. «Notre pays compte 650 000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Une réalité souvent invisible, mais présente.»

La camionnette arrive. La trentaine de volontaires décharge les vivres et les dispose sur les tables. «On récolte environ une tonne de marchandises par semaine», indique Bruna. Table couvre-toi, qui comprend 14 centres de distribution au Tessin, est présente dans la petite ville de Chiasso depuis 2011. «J’ai tout de suite rejoint cette cause, parce que la collecte des denrées permet d’aider ceux qui sont dans le besoin, mais aussi de lutter contre le gaspillage alimentaire et de réduire les déchets.» 

Tandis que les familles continuent d’arriver, elle ajoute: «Il y a autre chose qui compte à mes yeux: c’est la solidarité qui s’instaure entre ces personnes. Elles échangent des vivres pour que chacun puisse avoir un peu de tout.» Une ouverture d’esprit qu’elle trouve très positive. «Il faut cependant avouer que ce n’était pas facile au début. Kurdes syriens, Syriens chrétiens, Arabes musulmans et Erythréens gardaient leurs distances, ils étaient méfiants.» Grâce aux efforts déployés par les institutions communales, la paroisse et Table couvre-toi, le dialogue et l’intégration sont en bonne voie. (Texte: Paolo D'Angelo)

 

La beauté de la gratitude

Ursina Schwab

Samaritaine de la section de Grindelwald (BE)
www.journeedelabonneaction.ch/crs

Ursina Schwab était prédestinée à devenir samaritaine dès son plus jeune âge, ses parents étant actifs dans une section de l’Alliance suisse des samaritains. «Mais à l’époque, cela ne m’intéressait pas», avoue-t-elle. C’est la rencontre de son mari, ancien conducteur d’ambulance et samaritain lui aussi, qui a pour ainsi dire rétabli le cours du destin. Depuis 2008, cette femme de 50 ans est membre de la section de Grindelwald, au sein de laquelle elle est responsable des actions de don du sang organisées au printemps et à l’automne depuis 2012. Ursina est chargée de tous les préparatifs et sert la collation offerte aux donneuses et aux donneurs de sang une fois le prélèvement terminé. «J’interviens aussi dans des manifestations sportives comme le marathon de la Jungfrau, l’Eiger Ultra Trail, l’Eiger Bike Challenge ou le Trucker & Country Festival à Interlaken», explique-t-elle. Elle éprouve une grande satisfaction quand elle peut apporter son aide à quelqu’un qui souffre ou s’est blessé durant la compétition. «La reconnaissance dans les yeux d’une personne qui se sent mieux est belle à voir.» Ces missions souvent longues peuvent durer jusqu’à douze heures, ce qui ne dérange pas Ursina. Quand elle rentre à la maison, elle est certes épuisée, mais ravie. Sa collaboration avec les autres samaritaines et samaritains lui tient particulièrement à cœur. «Nous sommes une équipe très soudée. L’individualisme ne mène à rien.» Les interventions bénévoles, les exercices, les formations continues et autres manifestations collectives forgent l’esprit de convivialité au sein de la section. Ursina, qui travaille dans la vente et dans la restauration, apprécie la compagnie de ses collègues. Son engagement a visiblement inspiré ses enfants. La nouvelle génération fait déjà preuve d’une grande motivation: cette année, son fils aîné, Ivan (31 ans) a accepté la présidence de la section des samaritains de Grindelwald. Il est donc devenu son chef, ce qui la rend très fière. (Texte: Susanne Stettler)