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Brouter parmi les orchidées

Mission botanique délicate pour des chèvres itinérantes: brouter tout ce qui se trouve à portée de leur museau. Elles favorisent ainsi la diversité des espèces.

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Mischa Christen | Heiner H. Schmitt
08 octobre 2018

Séance photo avec Antonia Studer et son troupeau dans l'Urserental. Les chèvres ne se font pas prier pour prendre la pose.

Dans le silence des montagnes uranaises, on entend presque le bruit de centaines de mâchoires qui mastiquent. Une paix à peine troublée de temps à autre par le doux tintement de sonnailles. Mais à l’appel de la chevrière Antonia Studer (32 ans), toutes les chèvres accourent, petites et grandes, à poils longs ou courts, vieilles et jeunes. La pente abrupte de Tiefenbach, dans l’Urserental (UR), ne freine guère les 200 biquettes. Quand Antonia les appelle, elles savent qu’une friandise spéciale les attend: du pain sec. Et elles comptent bien se régaler.

Précieux biotopes à préserver

Les chèvres ne sont pas uniquement là pour leur bon plaisir. Elles sont investies d’une mission. Elles doivent brouter tout ce qui croise leur chemin et ainsi œuvrer à la diversité des espèces. Ces bêtes font partie du projet «Chèvres itinérantes».

L’idée est simple: en montagne, de plus en plus de prairies et pâturages secs sont envahis par les buissons et les broussailles, car les paysans n’ont plus d’intérêt à les exploiter. Pourtant, ces zones sèches sont des biotopes précieux. Elles abritent non seulement des gentianes et des edelweiss, mais aussi des lys orangés et plusieurs variétés rares d’orchidées. «Pour pousser, ces plantes ont besoin de beaucoup de lumière et de chaleur», explique Pierre Coulin (44 ans), spécialiste en agroécologie et coordinateur du projet. Mais d’autres plantes, des buissons ou même des arbres croissant dans le même espace leur dérobent ces ressources essentielles.

Les chèvres grignotent les feuilles et les écorces des broussailles et des arbres. L’apport en eau est alors suspendu, ce qui entraîne la mort des plantes. Les caprins mangent aussi des espèces rares, mais ce n’est pas grave. Ces dernières repousseront avec encore plus de vigueur l’année suivante. Voilà le principe théorique de ce projet. Une idée qui a su convaincre Pro Natura, l’Office fédéral de l’environnement ainsi que les cantons des Grisons et d’Uri de tenter l’expérience. Ces deux régions recensent de nombreuses zones d’estivage.

Du Rhin au col de la Furka

Le troupeau de chèvres itinérantes se déplace ainsi, de pâturages en prairies entre avril et octobre, dans neuf endroits différents. L’aventure a commencé à Trimmis, dans la vallée grisonne du Rhin, près de Coire. Les caprins se sont ensuite rendus à Rhäzüns et Ilanz avant de découvrir l’Urserental. Ils paissent en ce moment à 2150 mètres. Si la météo s’est montrée jusqu’ici clémente, il n’est pas rare qu’il neige en octobre à cette altitude et les chèvres n’aiment pas cela.

Elles ne sont pas seules à profiter de la douceur automnale. Elles sont accompagnées d’Antonia Studer et de Beatrice Herzig (38 ans), toutes deux chevrières. Avec Christian Brunold (27 ans), elles sont responsables du troupeau. Le trio installe et démonte les enclos, arrange les transports et s’occupe des animaux malades ou blessés. Et les cajole! Surtout Sämu, un chevreau né en mai. Ou Olaf, un imposant bouc castré connu à la ronde pour être très câlin.

Une fois leur mission accomplie dans l’Urserental et d’autres pâturages grisons, les chèvres retourneront dans la vallée du Rhin. Mais quelques-unes d’entre elles devront prendre le chemin de la boucherie. A Sedrun, une petite exploitation transformera leur précieuse viande en saucisses Pro Montagna, qui seront en vente dès la semaine suivante dans les grands supermarchés Coop. 

Acte N° 234

Pour l'avenir de nos montagnes

Grâce à Pro Montagna, nous soutenons depuis 2007 nos régions de montagne. Cette marque propre de Coop garantit que les matières premières proviennent de nos montagnes et qu’elles sont transformées sur place. Ainsi, nous assurons des emplois durables dans ces régions et contribuons à endiguer l’exode rural.