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Famille

Maman et patronne

Indépendantes Près d'une entreprise sur six est créée par une mère de famille dans notre pays. Grâce à Internet, les «mampreneurs» parviennent à les diriger depuis chez elles.

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Heiner H. Schmitt, Corinne Aeberhard, Claudio Bader, Gabi Vogt
13 juin 2016

Racha Fajjari, ici avec son fils Maximilian, une mampreneur au succès remarquable.


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Inégalités tenaces

Bien qu'inscrite dans la Constitution fédérale depuis 1981, l'égalité hommes femmes était loin d'être acquise.
Le 14 juin 1991, les femmes ont cessé le travail partout en Suisse pour exiger l'égalité salariale. Vingt-cinq ans plus tard, elles n'ont toujours pas obtenu gain de cause. D'après l'Office fédéral de la statistique, les femmes exerçant dans le secteur privé gagnent en moyenne 15% de moins que leurs collègues masculins. Et si le travail à temps partiel et l'interruption de l'activité professionnelle peuvent expliquer en partie ce phénomène, il n'en subsiste pas moins un écart de salaires difficile à justifier.
Lorsqu'elles deviennent mères, les femmes rencontrent toutes sortes de problèmes dans le monde du travail: «Le retour à la vie professionnelle devient de plus en plus compliqué», confirme Katell Bosser, présidente de l'association mampreneurs.ch. La plupart du temps, elles se voient confier un travail ne correspondant pas à leurs compétences.
Et le fait d'être maman tout en restant une «bonne employée» représente un défi. Bien des familles sont tributaires de structures d'accueil de jour dotées d'horaires fixes et rarement ouvertes au-delà de 18 h 30. Dans une entreprise où la motivation se mesure en fonction du temps de présence, les mères en font les frais.

Dur de retrouver un emploi

Après leur congé maternité, rares sont celles qui retrouvent leur ancien poste, notamment parce qu'il était impossible de réduire le taux de travail. «Et certaines entreprises tentent de décourager les mères en leur imposant des horaires de travail intenables», révèle Katell Bosser.
De nombreuses femmes ont du mal à trouver un nouvel emploi, certaines entreprises hésitant à recruter des mères ayant des enfants en bas âge. L'argument le plus souvent avancé est que si l'enfant tombe malade – ce qui arrive fréquemment au cours de la première année –, la mère ne peut pas venir travailler. «Après la naissance de mes deux filles, j'ai passé dix-huit mois à chercher un nouvel emploi. Mais personne ne souhaite engager une mère de jumelles», raconte Zrinka Sanjic, qui s'est alors lancée en indépendante (lire dans l'onglet «Portraits»). Son cas est fréquent. «Depuis longtemps déjà, on assiste à une augmentation du nombre de femmes se mettant à leur compte», confirme Walter Regli, directeur général de startups.ch. Cette société spécialisée en création d'entreprises en ligne compte près de 50% de mères de famille parmi ses clients.
Selon la société de conseil aux entreprises Bisnode D&B, 40 000 start-up ont vu le jour en Suisse en 2015. Parmi les créateurs d'entreprises se trouvaient 14 000 femmes. Si l'on se base sur l'estimation de Walter Regli, selon laquelle près de la moitié de ces femmes ont des enfants, cela signifierait qu'environ 7000 sociétés ont été fondées par des mères en 2015. Autrement dit, près d'une entreprise sur six a été créée par une mampreneur.

Flexibilité appréciable

Le fait d'être indépendantes offre de la souplesse aux mères. Nombre d'entre elles peuvent travailler depuis la maison. «Cela permet d'être plus flexible. Les mères peuvent être près de leurs enfants quand ils sont malades. Il en va de même pour les vacances scolaires: grâce à leurs horaires et un poste de travail flexibles, les mères ont du temps pour leurs enfants», souligne Gudrun Sander, professeure en économie d'entreprise. Revers de la médaille, difficile de séparer travail et loisirs lorsque le lieu de travail et la maison sont sous un même toit. En outre, il faut compter un certain temps avant que l'entreprise soit rentable.

Débuts difficiles

Au début, il faut beaucoup de travail et de passion pour un faible revenu. «Il est préférable de disposer d'une marge de manœuvre financière pour pouvoir se mettre à son compte. Pour éviter de se disperser, il est important de se fixer un délai pour le succès de l'entreprise: environ deux à trois ans», conseille Gudrun Sander. Il se peut que son entreprise ne fonctionne pas aussi bien qu'on l'aurait pensé. Seule une start-up sur deux parvient à se maintenir à long terme sur le marché. Comme les mères travaillent le plus souvent à temps partiel, leur entreprise est viable lorsqu'elle a passé le cap des cinq ans.
Les mampreneurs dont nous avons tracé le portrait en sont à des stades différents du développement de leur entreprise.
Racha Fajjari fait partie de celles dont l'entreprise a passé le cap fatidique des cinq ans. Elle incarne la mampreneur par excellence qui, avec la discipline nécessaire, a su transformer une bonne idée en succès commercial. Elle reste modeste: «Je dois mon succès à la solidarité entre mamans. La manière dont elles m'ont encouragée et recommandée est tout simplement incroyable.»

Source Enquête suisse sur la population active (ESPA)
Infographie Niki von Almen

  • Premier conseil: établir un business plan. Déterminez la forme juridique qui vous convient le mieux. Indiquez clairement la situation financière, le régime de retraite et les assurances.
  • Prendre suffisamment de temps pour planifier la création de l'entreprise.
  • Pour ce faire, mettez votre période de grossesse à profit.
  • Il faut organiser la garde des enfants. Votre progéniture ira-t-elle à la crèche pendant que vous travaillerez à la maison ou avez-vous une alternative?
  • Entourez-vous de personnes qui soutiennent votre projet. On a parfois besoin de l'aide de tiers pour se motiver.
  • Apprenez à déléguer. En tant que mère et cheffe d'entreprise, vous ne pouvez pas tout gérer toute seule. Et ayez recours à votre réseau!
  • Plusieurs guides et autres formations vous permettront d'apprendre tout ce qu'il faut savoir pour créer sa propre entreprise. 
  • Coop emploie 63,4% de femmes, dont beaucoup ont des enfants en âge scolaire.
  • Au total, 42,5% des employés travaillent à temps partiel, dont 86,5% de femmes.
  • 75% des mères retrouvent leur poste après leur congé maternité.
  • Leur taux d'activité de prédilection oscille entre 40% et 60%.
  • Exception: la majorité des frontalières françaises souhaitent reprendre le travail à un taux de 80% à 100% après la naissance de leurs enfants.
  • Pour Nadine Gembler, responsable du personnel chez Coop, cela montre qu'il est essentiel qu'un pays se dote de bonnes infrastructures pour les mamans: «Je suis moi-même mère de famille et je travaille à plein temps.»
  • Avec le projet Child Care, Coop apporte son soutien aux collaborateurs à faible revenu en offrant jusqu'à 600 francs par mois et par enfant pour les frais de garde.

Portraits

Racha Fajjari, ici avec son fils Maximilian, une mampreneur au succès remarquable.

Chez Julie Tai Suhner, à Pully, les meubles flexibles sont sources de jeu et de business.

Coralie Petersen chez elle à Massagno (TI), avec son benjamin James (4 mois).

En tant que Française vivant au Tessin, Coralie Petersen (37 ans) a dû se réinventer. La journaliste a commencé à enseigner les langues. Enceinte de son deuxième fils, elle choisit de prendre un congé maternité d'une année. «C'est à cette période que j'ai découvert les couches lavables, un produit quasiment inconnu au Tessin.» Enthousiaste, elle décide d'en vendre. C'est ainsi que la boutique en ligne Les Petits Hiboux voit le jour en novembre 2014. «Je voulais reprendre le travail tout en conservant une certaine flexibilité me permettant de passer du temps avec mon fils», raconte-t-elle. On n'a rien sans rien: «Je passe un nombre incalculable d'heures assise devant mon ordinateur. Mais cela ne me pose aucun problème, car j'ai conscience que je travaille sur mon propre projet.»  Entre-temps, son entreprise a grandi, sa famille aussi: James (4 mois) a rejoint ses frères Timothé (11 ans) et Joshua (2 ans).

Zrinka Sanjic travaille lorsque ses jumelles Lea et Ema dorment ou samusent.

Fière de ses jumelles Lea et Ema, Zrinka Sanjic (33 ans) organise des mariages en Suisse et en Croatie dans le cadre de son entreprise Marrytale. Un job sur mesure pour cette habitante de Volketswil (ZH), arrivée en Suisse de Croatie à 6 ans. «J'étais déjà enceinte lorsque j'ai suivi la formation d'organisatrice de mariages. J'étais sûre que ce métier était idéal», raconte la jeune femme. Les circonstances l'ont amenée à concrétiser ce souhait plus tôt que prévu. Après la naissance de ses enfants, elle a passé deux ans à chercher un emploi dans le domaine commercial, sans succès. «Quand j'ai ouvert mon site Internet et que les demandes ont commencé d'affluer, j'ai su que créer ma propre entreprise était la bonne décision!»
La plupart du temps, Zrinka Sanjic travaille depuis chez elle pendant que ses filles dorment ou jouent. Lorsqu'elle a des rendez-vous en soirée, elle s'organise avec son mari, Martin.

Elena Habicher dans la chambre de sa fille Alissa, qui la inspirée pour créer sa société.

L'idée de Family First, un guide touristique online pour les familles avec enfants, orienté sur plusieurs régions de Suisse alémanique, répond à un besoin personnel: «Nous ne sommes pas des parents parfaits. Nous avons besoin de sources d'inspiration pour trouver de bonnes idées d'activités», explique la Zurichoise Elena Habicher (38 ans). La maman d'Alissa (5 ans) a étudié l'audit comptable et financier ainsi que l'art. Son site Internet ne se contente pas de proposer des idées. Les parents peuvent communiquer entre eux. Avant de se lancer, la jeune femme a réalisé un business plan qui lui a dévoilé les forces et les faiblesses de son projet. «Dans la vraie vie, il faut être plus flexible», sourit Elena. Pour cause: un deuxième bébé va rejoindre la petite famille en novembre!
Du côté de la Suisse romande, le parcours d'Elena Habicher fait penser à celui d'Isabelle Henzi. Mère de trois enfants, elle a créé avec une amie lafamily.ch. C'était en 1999. Sa plateforme d'information aux parents était alors axée sur Lausanne. Depuis, son site est devenu une référence. Il parle aussi bien de loisirs, de santé ou d'éducation et il s'est étendu à six cantons.

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