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Cas atypique: un papa à la maison

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Comment gérer le quotidien avec trois enfants? Dans cette famille romande installée à Bâle, c'est le père qui est au foyer.

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Nicolas de neve, DR
09 octobre 2017

Quelques minutes après avoir tout rangé, cest souvent de nouveau le chaos dans les chambres des enfants. Lionel, le père, constate les dégâts.


Lorsque l'opportunité professionnelle s'est présentée à Angela (42 ans) de rejoindre Bâle il y a deux ans, il n'a fallu que deux mois à cette conseillère en hypothèque vaudoise et à son mari Lionel (42 ans) pour se décider de «partir à l'aventure» avec leurs enfants Adrien (12 ans), Diane (8 ans) et William (4 ans). Le couple, marié depuis 5 ans, habitait pourtant dans une jolie maison à La Sarraz (VD). «Elle était trop grande et nécessitait une charge de travail énorme, se souvient Lionel. Nous étions en décalage total le week-end, car Angela voulait profiter de la maison alors que moi je ne rêvais que de partir loin.» Dans la famille Gaille, Lionel a troqué son bleu de travail de constructeur métallique pour celui de père au foyer lors de la naissance de leur premier enfant. Des raisons économiques mais aussi des conditions de travail moins favorables que sa femme ont motivé ce choix qui s'est fait «assez naturellement», rajoute Angela. 

Un entourage surpris 

Au début, le choix de la famille vaudoise surprend leur entourage. «Ce sont surtout les femmes qui étaient sceptiques, car selon elles les enfants ont besoin de leur mère, précise Angela. Ce qui compte, au final, c'est l'amour et la présence de l'un ou de l'autre parent est d'égale importance.» Si le temps a permis à leurs proches de comprendre que le modèle adopté fonctionnait, Lionel doit encore faire face aux clichés qui perdurent. «Il y a de la jalousie, des personnes qui trouvent cela bizarre et on me regarde parfois de travers», confie le père au foyer. Lionel s'occupe des tâches ménagères, des courses mais aussi de l'achat des vêtements. «Je n'ai aucune idée pour les tailles. Quand un pantalon est trop petit et doit être remplacé, c'est lui qui s'en occupe», raconte Angela. Lionel défie les statistiques, puisque ce sont en grande majorité les femmes qui gèrent le foyer. Lorsqu'il sort avec ses enfants la semaine par exemple, le père au foyer a souvent droit à des réactions féminines bienveillantes. «De toute façon, je ne m'occupe pas de la réaction des autres, mais de mes enfants», glisse-t-il avec un sourire malicieux.

Les imprévus du quotidien

«Pour moi, la répartition des tâches est bonne, poursuit le paternel. Je suis plus habile manuellement et Angela s'occupe de la paperasse. En même temps, c'est une banquière…» Pour sa femme, qui s'occupe des paiements et qui gère le budget familial, la répartition est satisfaisante, «même s'il y a de l'administratif que je fais qu'il ne sait pas faire…» Et son mari de couper: «Je pourrais, mais je n'en ai pas envie!» Parmi les difficultés rencontrées, le père évoque notamment «ces imprévus du quotidien», comme le chaos dans les chambres, quelques minutes après avoir tout rangé. Mais aussi vers 18 h, lorsque tout arrive en même temps: les enfants qui rentrent de l'école, la préparation du repas et le retour du boulot d'Angela. «Et puis le week-end, il y a deux mondes complètement différents qui se croisent. On doit se réorganiser, car on fait des activités sans Angela en semaine lorsque les enfants sont libres. Le samedi est un jour de transition qui n'est pas toujours facile, mais le dimanche tout devient déjà plus naturel.» Le matin et le soir, c'est Angela qui réveille et couche les enfants. Sa pause, elle l'effectue entre son travail et son domicile car elle sera très sollicitée par les enfants dès son retour, mais pourra compter sur son mari qui prépare parallèlement le repas. «On fait en fonction de nos affinités, on ne se force jamais estime Angela. Au niveau organisationnel et quand ça doit vraiment fonctionner, comme des rendez-vous importants ou des vacances, c'est moi qui vais m'en occuper», répond-elle. Son mari Lionel acquiesce. «Je suis plutôt dans la spontanéité, c'est vrai que je ne planifie pas à six mois.»
Les trois enfants, eux, sont habitués à cette situation depuis leur naissance. «Au début, William demandait souvent sa maman pour l'amener à la crèche, confie Angela. Le soir, Lionel est moins patient pour leur raconter des histoires, écouter les leurs et gérer les conflits. Il est en revanche plus au courant de l'actualité et il a des centres d'intérêt très variés qu'il partage avec eux.» La complémentarité du couple, 25 ans de vie commune, fait selon eux leur force. «On se connaît par cœur», conclut Lionel, conscient d'être privilégié de pouvoir passer du temps auprès de ses enfants.

Source OFS 2013; infographie Caroline Koella