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Ces satanés devoirs!

Les devoirs d’école sont parfois source de discorde dans les familles, si l’on considère la faible motivation de la plupart des enfants. Les conseils du psychologue Fabian Grolimund pour éviter les problèmes. 

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Getty Images, DR
22 octobre 2018

Derrière les devoirs se cache aussi l'apprentissage de l'autodiscipline et du sens de l'organisation.

Fabian Grolimund (39 ans) 

Psychologue, conseiller d’apprentissage, et auteur

Au sein de nombreuses familles suisses, le chaos règne après l’école. La question des devoirs scolaires est systématiquement synonyme de pleurnicheries et de jérémiades. Elle envenime l’atmosphère familiale et perturbe plus d’un parent: les études montrent que 90% d’entre eux aident régulièrement leurs enfants à faire leurs devoirs. L’analyse de Fabian Grolimund, auteur de différents livres sur le thème de l’école et de l’apprentissage, nous éclaire de manière instructive. Son credo: accompagner sans ingérence.

Fabian Grolimund, pourquoi les devoirs sont-ils source de conflit?

De nos jours, l’école et les devoirs revêtent une importance capitale pour les parents. Ils s’investissent beaucoup plus que les générations précédentes, et ce notamment pour éviter des conséquences désastreuses sur l’avenir de leur progéniture en cas d’échec scolaire. Les enfants, quant à eux, ont de plus en plus un emploi du temps chargé par de multiples activités et davantage d’occasions d’être distraits, réduisant proportionnellement le temps consacré aux devoirs.

Tous les enfants ont-ils du mal à faire leurs devoirs?

Pas tous, mais la grande majorité. Les devoirs constituent le problème central des enfants qui ont des difficultés à s’organiser et à se concentrer.

Les devoirs sont-ils vraiment nécessaires?

De nombreuses études indiquent que les devoirs ne favorisent guère la réussite de l’apprentissage des écoliers du primaire. Dans le canton de Schwytz, par exemple, ils ont été supprimés entre 1993 et 1996. Les résultats des enfants concernés n’ont pas fléchi. Du reste, ce sont surtout les bons élèves qui profitent des devoirs, parce qu’ils reçoivent beaucoup plus de soutien à la maison que ceux dont le niveau est plus faible.

«Il faut inciter les enfants à user de leurs ressources et leur suggérer des stratégies»

Fabian Grolimund

Alors les devoirs n’ont aucun sens?

Un avantage souvent cité est celui de l’encouragement des savoir-faire fondamentaux comme l’autodiscipline et le sens de l’organisation. Souvent, on peut détecter dès la deuxième classe quels enfants en sont capables, et cela change peu par la suite. Il est rare qu’un enfant aux prises avec des difficultés dans ces domaines en deuxième classe les surmonte en troisième classe grâce aux devoirs. Quand l’objectif est d’apprendre à l’enfant à mieux s’organiser, c’est précisément ce qu’il faut travailler avec lui.

Serait-ce mieux de supprimer complètement les devoirs?

Ce n’est pas une nécessité. En revanche, il est essentiel que les exercices à la maison soient considérés comme pertinents. Il existe des approches véritablement novatrices: je connais par exemple des professeurs qui laissent leurs élèves décider s’ils veulent faire leurs devoirs ou non. Dans ces classes, les problèmes de motivation sont rares. Supprimer les devoirs ne signifie pas non plus que les écoliers doivent cesser de se préparer aux évaluations à la maison.

Quelques petits moments de respiration sont importants pendant les devoirs.

Il serait plutôt souhaitable qu’ils n’aient pas à le faire car les enseignants ne pourront pas vérifier si la leçon a été comprise si les élèves sont aidés dans leurs devoirs.

La meilleure aide est donc l’absence d’aide?

Non. L’indépendance n’est pas innée. Il faut inciter les enfants à user de leurs ressources, leur suggérer des stratégies. De nombreux enfants s’insurgent aussi contre l’autonomie qui leur est imposée. Et certains vont jusqu’à pleurer lorsqu’ils se sentent en situation d’échec. Dans ce cas, les parents doivent intervenir.

Pourquoi les enfants demandent-ils de l’aide pour faire leurs devoirs?

Souvent, la quantité de devoirs est presque écrasante pour eux. Ils sont nombreux à rechercher la proximité des parents pendant qu’ils travaillent, et s’assoient de préférence à la table de la cuisine plutôt que seuls dans leur chambre. Les enfants demandent de l’aide parce qu’ils veulent attirer l’attention des adultes. Il faut leur enseigner l’art de travailler de façon indépendante.

Quelle est la meilleure façon de procéder?

Il est essentiel de planifier ensemble les devoirs à effectuer au début de la semaine, dès que les enfants travaillent avec des schémas hebdomadaires. Il est recommandé de consigner tous les devoirs sur un tableau magnétique.

Comment crée-t-on une bonne atmosphère d’apprentissage?

Il est utile que les parents fassent preuve de compréhension pour la fatigue et la réticence des enfants, mais proposent une solution alternative. Par exemple: «Travaillons côte à côte, j’ai encore des choses à faire.»

Comment constate-t-on que l’enfant a trop de devoirs?

La règle générale est la suivante: dix minutes de devoirs par jour, par année scolaire. En première classe, dix minutes. En sixième classe, soixante minutes. Si un enfant éprouve le besoin de passer plus de temps à sa table de travail, il convient d’en parler à l’enseignant. De nombreux parents aidant leurs enfants à faire leurs devoirs, les professeurs ignorent souvent que l’élève a des difficultés pour apprendre. 

 

Accompagner sans ingérence

Petites astuces à mettre en place pour les soutenir

A faire avec un enfant

  • Répartissez les devoirs ensemble.
  • Permettez-lui de décider avec vous de l’endroit et de l’heure des devoirs.
  • Laissez-le travailler à côté de vous quand vous êtes occupé à autre chose.
  • Félicitez: «Ce n’était pas simple. Quelle persévérance, bravo!»
  • Introduisez de courtes pauses: une collation ou quelques minutes de respiration en regardant par la fenêtre.

 

A ne pas faire avec un enfant

  • Rappeler constamment que les devoirs doivent être faits.
  • Critiquer les erreurs: «Mais nous avons vu ça hier!»
  • Râler: «Tu crois que tout me fait toujours plaisir?»
  • Menacer: «On ne tirera jamais rien de toi!»
  • Inciter à aller plus vite: «Allez, avance, on ne va pas y passer la journée!»