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Trouver les mots pour donner confiance

Les apprentissages, scolaires ou autres, sont étroitement liés avec la confiance en soi de l’enfant. Heureusement, il existe des stratégies pour la développer. Quelques pistes avec des expertes.

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Getty Images, DR
17 décembre 2018

Pour la psychologue Bernadette Lemoine, il est essentiel de ne pas juger un enfant tout en portant un regard de vérité.

Comment les parents et les éducateurs peuvent-ils aider le développement de la confiance en soi et d’une bonne estime de soi de l’enfant? «Surtout avec des comportements et des phrases», répond Bernadette Lemoine, psychologue et coauteure avec Diane de Bodman de «Petites phrases à leur dire pour les aider à grandir». Pour commencer, elle propose de bien distinguer les deux notions. «Ce sont deux réalités différentes, mais qui ont un lien. L’estime de soi est le prix qu’on se donne. Si on n’a pas une bonne estime de soi, il est difficile d’avoir confiance en soi.» Cette estime de soi dépend du regard que l’adulte porte sur lui. Et de ce qu’il lui dira. Bernadette Lemoine met donc en garde contre les phrases négatives, culpabilisantes et désespérantes. «Lors d’un échec, si on blâme un enfant tout de suite en lui disant qu’il est nul, il risque fort de partir battu d’avance, surtout si c’est répété.» Pour la psychologue, il est essentiel de ne pas juger l’enfant, tout en portant un regard de vérité: «Ce que tu viens de faire, ce n’est pas brillant, mais tu es capable de faire mieux.»

Lui demander de faire de son mieux

Cette acceptation des erreurs, qui font partie de la vie, est particulièrement importante pour les enfants à l’intelligence précoce. «Ils ne supportent pas d’être dans le faux et se mettent tout de suite dans des états incroyables. Ce sont des enfants très sensibles, il faut leur inculquer que c’est normal de rater.»

Bernadette Lemoine souligne également l’importance de ne pas exiger tout de suite le meilleur, mais de demander à l’enfant de faire de son mieux à chaque instant. «On peut le complimenter d’aller d’un mieux à un autre mieux en lui disant: «Je vois que tu as progressé. Je me réjouis pour toi. On va voir comment on peut faire encore mieux et réussir.» Dans cette quête de la confiance en soi, la distinction entre la personne et le résultat de son action est essentielle. «Si un enfant me dit qu’il est nul, je vais reprendre le mot avec lui. Je le fais souvent en tant que thérapeute. Nous regardons ensemble dans le dictionnaire, et nous voyons que nul signifie sans existence, ce qui me permet de lui dire: «Tu vois, tu n’es pas nul. Tu existes, tu as de l’importance pour tes parents et d’autres personnes.»

«Les émotions conditionnent l'apprentissage»

Mélanie Cotting et Quentin Bays, créateurs du jeu «Cap sur la confiance»

Plus d’infos sur: www.capsurlaconfiance.ch

Mélanie Cotting, formatrice et créatrice avec Quentin Bays du jeu «Cap sur la confiance», confirme le lien entre apprentissage et confiance en soi. Ces anciens responsables d’établissements se sont mis à la recherche des bonnes clés pour faire avancer les élèves qui ont de la résistance dans les apprentissages et ne se développent pas à la hauteur de leur potentiel. «Nous nous sommes rendu compte que tout était en lien avec le sentiment de confiance. Ils nous disaient souvent: «Je suis nul en maths» ou «Je n’arriverai jamais à lire». Nous ne pouvions pas les laisser penser ça et nous avons dû trouver un moyen de développer leur sentiment de compétence.» Dans les ateliers qu’elle donne, Mélanie Cotting s’attache en outre à demander aux enfants quel est leur but. «Ils arrivent souvent avec des demandes liées à l’école, mais ils peuvent aussi souhaiter s’affirmer davantage face à leurs camarades.» La professionnelle les questionne sur ce qui les empêche d’atteindre leurs objectifs, les émotions qui y sont liées. On sait en effet aujourd’hui que ce sont les émotions agréables ou désagréables qui conditionnent l’apprentissage. «Je suis formée à l’Emotional Freedom Technique, qui utilise les tapotements pour gérer les émotions qui entravent l’apprentissage. Visualiser son but est une autre technique. Elle est utilisée par les sportifs de haut niveau et donne des résultats.»

Le jeu de société Cap sur la confiance encourage la coopération et permet d’aborder en famille et de façon ludique ces questions de progrès, de compétences, du fonctionnement du cerveau et du rôle des erreurs dans l’apprentissage, mais ces éléments peuvent également être apportés par le discours et le comportement, comme le souligne Bernadette Lemoine.

Petites phrases à leur dire pour les aider à grandir

Bernadette Lemoine, Diane de Bodman, Ed. Albin Michel, 192 pages

 

J'aide mon enfant à avoir confiance en lui

Dr Edwige Antier, Ed. Robert Laffont, 360 pages

 

Apprendre la confiance en soi est essentiel pour grandir sereinement.

 


Des idées simples À mettre en pratique

  • Mélanie Cotting conseille de laisser de la place aux émotions. «Souvent les familles acceptent une émotion mais pas l’autre. Mais ce sont des messagers qui viennent toquer à la porte et reviennent tant qu’on ne les a pas entendus.»
  • Bernadette Lemoine recommande de ne pas confondre émotion et réaction. «Il faut respecter les émotions et apprendre à les gérer en les nommant. Si un enfant hurle, il s’agit d’une réaction. On peut lui dire qu’on respecte sa colère, mais qu’il doit aussi respecter les autres, et hurler dans sa chambre pour ne pas nous casser les oreilles. Quand il s’est calmé, il faut discuter avec lui d’autres réactions acceptables, comme une activité physique intense, faire du vélo, etc.»
  • La professionnelle souligne aussi l’impact négatif des idées fausses comme «Je suis nul en maths». «Le challenge sera alors de trouver la preuve du contraire. Il faut les prendre en flagrant délit de réussite!» Gare aussi aux phrases du genre: «Dans notre famille, on est mauvais en allemand, c’est comme ça.»
  • Enfin, une façon très concrète de doper la confiance en soi d’un enfant: «Mettre une bille dans un bocal transparent chaque fois qu’on observe un progrès ou un effort. Mais il ne faut pas forcément récompenser un résultat.» Bernadette Lemoine renchérit: «Les résultats scolaires peuvent grimper spectaculairement si les parents ne demandent pas à leur enfant d’avoir une bonne note, mais de faire de son mieux.»