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En finir avec la violence

L'école est au centre de toutes les attentions devant la montée du harcèlement. Les différents acteurs prennent conscience de la nécessité de collaborer pour lutter contre ce fléau. Quelques pistes pour mieux vivre ensemble.

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Getty Images, Fotolia, Dr
19 mars 2018
La violence entre élèves est de moins en moins physique. Elle sexprime davantage sous forme de mobbing (harcèlement).

La violence entre élèves est de moins en moins physique. Elle sexprime davantage sous forme de mobbing (harcèlement).


Un gamin tabassé systématiquement à la sortie de l'école, une jeune fille qui retrouve ses photos dénudées sur la Toile, un groupe WhatsApp qui se moque d'un élève… La violence scolaire prend les formes les plus diverses.
Si, entre 2004 et 2014, les cas de violences (corporelles, sexuelles, racket) ont dans l'ensemble diminué dans le canton de Vaud, le harcèlement entre élèves, lui, prend d'importantes proportions. En effet, 12% des filles et 8% des garçons en âge de scolarité secondaire affirment avoir déjà été victimes de harcèlement. Sur Internet, ils sont respectivement 4,5 et 2,8% à l'avoir déjà subi.
Olivier Duperrex, médecin responsable de l'Unité de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire pointe du doigt l'âge où l'on reçoit son premier smartphone, qui ne cesse de diminuer et tourne autour de 10 ans aujourd'hui: «Il n'y a plus de zone de sécurité. L'enfant est constamment sous influence. Ou alors, il coupe son téléphone et s'exclut du groupe.» (lire plus bas).
Mais attention, relèvent les auteurs de l'enquête populationnelle sur la victimisation et la délinquance chez les jeunes dans le canton de Vaud (2014): «Le cyber-­harcèlement est réciproque: les victimes sont souvent elles-mêmes auteurs et vice-versa.»

Une école sur cinq concernée

Ce phénomène, les établissements scolaires le ressentent: 23% s'estiment confrontés à des problèmes préoccupants de violence. Dans le classement de ces problématiques, la violence verbale vient en troisième position, derrière les difficultés scolaires et le désengagement, et juste avant la cyberviolence.
Au niveau Suisse, selon les chiffres du programme de la Confédération jeunes et violence.ch, environ 6% des élèves sont victimes de harcèlement. Cela comprend des menaces, des bousculades, des surnoms ridicules, des jets de projectiles ou des moqueries.
La problématique de la violence scolaire ne date pas d'hier. En effet, la première étude sur ce sujet date de… 1908! Ce qui est nouveau, en revanche, c'est la prise de conscience des différents acteurs (écoles, services sociaux, politique, police, etc.) de la nécessité à travailler ensemble. Concrètement, suite à cette enquête de l'Institut universitaire de médecine sociale et préventive, le canton de Vaud a édicté un catalogue de mesures pour renforcer la prévention. «Nous ne confrontons plus les élèves, car le harcèlement suppose une asymétrie de posture, observe Olivier Duperrex.
Il s'agit de rappeler le cadre de vie à l'école et l'importance du respect. Puis on débroussaille en quelques séances individuelles pour permettre aux élèves d'exprimer ce qui ne va pas et trouver avec eux des solutions.»

Action préventive au primaire déjà

Dans l'établissement primaire et secondaire de Bex, la mixité sociale s'avère plus forte qu'ailleurs. Après une réorganisation des récrés il y a deux ans, grands et petits se sont retrouvés dans le même préau, créant une nouvelle dynamique. Suite aux plaintes de parents, l'école a immédiatement cherché des solutions. Elle a participé au projet pilote «Grandir en paix», de l'ONG genevoise Graines de Paix. Celle-ci a élaboré quatre brochures adaptées aux enfants de 6 à 12 ans. La Haute école pédagogique du Valais a monitoré, pendant un an, leur utilisation en classe avant de les valider. «On rencontre les problèmes de harcèlement plutôt dans le deuxième cycle scolaire, c'est pourquoi on travaille beaucoup sur la prévention dans le premier cycle, explique Lucia Quintero, responsable et coordinatrice du projet. L'idée est d'outiller une génération d'enfants, de les aider à développer leurs compétences psychosociales, leur empathie, mais aussi de leur apprendre à exprimer leurs émotions.»

Il faut aider 
les enfants à travailler 
sur leurs émotions»

Lucia Quintero, 
responsable du projet «grandir en paix»

Chacune des brochures comprend des activités que l'enseignant peut proposer, en les adaptant, à sa classe. Il s'agit d'expérimenter des situations, par exemple au travers de jeux de rôles, avant de revenir avec des mots sur l'expérience. «Ils piochent dans les thématiques selon leur programme. Au début, ce n'était pas facile, car les élèves n'étaient pas habitués à travailler sur leurs émotions», observe Lucia Quintero. Mais n'est-ce pas le rôle des parents d'éduquer leur enfant et le sensibiliser au bien vivre ensemble? «Oui, bien sûr, mais les enfants passent beaucoup d'heures à l'école et dans la cours de récré. De plus, les compétences psychosociales font partie du Plan d'étude romand.» Et Olivier Duperrex d'ajouter: «Cette thématique inquiète beaucoup de monde, les parents, le personnel scolaire, mais aujourd'hui aussi la société entière et les médias.»

Un climat scolaire sain

Les différentes études suisses et internationales sur le sujet montrent que la clé réside dans le climat scolaire. Si les enfants se sentent intégrés, respectés, en sécurité, que les règles sont claires et appliquées de manière stricte, la violence a tendance à diminuer.
Pour ce faire, les prestataires de solution, comme Graines de Paix ou la méthode de la «préoccupation partagée» (lire l'interview ci-dessous) insistent sur l'importance d'intégrer les élèves à l'élaboration de ces règles. Cela leur permet de mieux les comprendre et donc de mieux les respecter. Il faut aussi rapidement prendre en charge les écoliers en «situation difficile», avec un accompagnement individuel. Après un an d'essai, le projet «Grandir en paix» a été plébiscité. «On voit une prise de conscience des élèves, dit Lucia Quintero. Les enseignants, eux, constatent des différences entre les classes qui ont participé au projet et les autres. Dans les premières, les écoliers utilisent davantage la parole pour exprimer leur mécontentement.

Olivier Duperrex Responsable de lUnité de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire du canton de Vaud

Qu'est-ce qui est mis en place par les établissements scolaires pour lutter contre la violence scolaire?
Auparavant, on était centré sur la personne. A présent, on axe sur le contexte et la dynamique de groupe, dans laquelle chacun a un rôle. Dans le canton de Vaud, on préconise la méthode de la «préoccupation partagée» pour la plupart des situations: une approche non blâmante où auteur, victime et témoins sont intégrés dans le processus et deviennent acteurs. Nous avons commencé à former le personnel des établissements à cette méthode. Mais nous soutenons aussi une série de projets pour un bon climat scolaire, qui favorisent le respect et le sentiment d'appartenance afin de lutter contre le harcèlement entre élèves, mais aussi de diminuer le mal-être des enfants. Les écoles choisissent les projets qu'elles souhaitent mettre en place. Nous les accompagnons par la mise à disposition d'outils, un soutien financier ou en les mettant en contact avec des prestataires externes, comme Graines de Paix ou Action innocence.

Qui sont les acteurs-clés dans ces processus?
Les membres de la direction des écoles, les personnes ressources dans l'établissement (médiateur, infirmier, aumônier, psychologue…) et enfin les enseignants formés à cette problématique. La police vient aussi dans les classes pour expliquer l'impact juridique du harcèlement, y compris la composante «cyber». Enfin, lors des cours d'éducation sexuelle, la question des images intimes est également évoquée.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune victime de harcèlement?
De surtout ne pas rester seul, en parler à quelqu'un de confiance, des professionnels à l'école ou à ses parents. On peut aussi contacter le 147 ou ciao.ch.