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Famille

Jouer dehors, c'est essentiel

Enfants Colorier la rue à la craie, faire des figures en roller, courir derrière un ballon, etc. Les jeux de notre enfance disparaissent peu à peu. Un état des lieux.

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Elena Monti, DR
05 février 2018

Pas besoin dune immense place de jeux: beaucoup denfants comme Lara (10 ans) et Siena (4 ans) samusent avec un rien, sans lintervention des parents. Et cest bon pour leur santé physique et psychique.


Samedi matin, 9 h 30, à Pratteln, (BL). La neige tombe en légers flocons tandis que, confortablement installé, je suis plongé dans mon livre. Il s'agit d'un ouvrage de l'Allemande Christiane Richard-Elsner intitulé Draussen spielen (jouer dehors), aux Éditions Beltz. L'auteure prononce un vibrant plaidoyer en faveur des jeux en extérieur pour les enfants, hors de l'appartement ou de la maison, de la garderie et de l'école. Rassemblant de nombreuses données, Christiane Richard-Elsner dresse un état des lieux fort sombre des jeux enfantins. Selon elle, l'une des principales causes du problème est l'incompréhension des parents pour l'importance des jeux en extérieur. Je ne dépasse guère l'introduction. Comme souvent le week-end, notre fille aînée Lara se tient devant moi, l'air désespéré et le regard suppliant: «Papa, je m'ennuiiiie!» Je sais ce qui m'attend, quoi que je réponde. J'essaie quand même: «Joue avec tes Lego ou lis un livre… Ou, mieux, réponds à ta correspondante d'Espagne.»
Naturellement, ce n'est pas ce qu'elle avait envie d'entendre. Elle voulait obtenir la permission de jouer sur sa console Nintendo. Mais il n'en est pas question, elle a déjà dépassé le temps autorisé pour la semaine. Sa porte claque, ma fille de 10 ans doit démontrer que mon «non» la contrarie. Elle a par contre réussi à attirer l'attention de sa sœur Siena, qui a presque 4 ans. Suivant l'exemple de son aînée, celle-ci pleurniche depuis la pièce voisine: «Papa, je m'ennuiiiie!»

Christiane Richard-Elsner (55 ans), auteure et sociologue

Dedans les esprits s'échauffent

Cela nous vaut de nouvelles jérémiades de la grande, qui s'était réfugiée dans la lecture d'un Harry Potter: «Siena, tais-toi, je n'arrive pas à lire avec tout ce bruit!» Bienvenue dans la familière pagaille du week-end. Pourtant, avant que la situation ne dégénère, il me vient un éclair de génie. Inspiré par ma lecture interrompue, je vérifie d'un coup d'œil à la fenêtre qu'il neige toujours. «Lara, Siena, il neige!» Mes deux charmantes têtes blondes démontrent alors à quelle vitesse les enfants peuvent changer de tenue quand ils sont motivés. Tandis qu'il y a quelques minutes à peine elles étaient encore en pyjama, les voici équipées de pied en cap. Je leur tends à chacune un ballon et elles s'élancent à l'extérieur. Rarement ont-elles joué dans leur chambre avec autant d'enthousiasme que maintenant, dehors. Je me rends compte qu'il ne faut pas grand-chose pour trouver une occupation qui leur plaise. À vrai dire, je me joindrais volontiers à leurs jeux. Mais je les laisse entre elles, car c'est justement l'argument principal de Christiane Richard-Elsner dans son livre: «Dehors, les enfants s'éloignent de la surveillance et d'une possible intervention de leurs parents.» Ce qui leur offre la possibilité de développer leurs propres jeux avec leurs propres règles, de commettre également des erreurs et de les corriger d'eux-mêmes.
Jouer à cache-cache, recouvrir la rue de dessins à la craie, sonner chez le voisin puis décamper avant qu'il n'ouvre ou dévaler la pente en patins à roulettes – autant de jeux familiers auxquels s'adonnaient les enfants il y a encore quelques décennies, mais qui ont aujourd'hui pratiquement disparus. Pourtant nos enfants en auraient tant besoin; un besoin comme ancré dans les gènes et indispensable à l'évolution harmonieuse de la personnalité.

Dehors, la créativité se développe avec de simples ballons.

Trop gros et trop sédentaires

Nous savons à présent que la plupart des enfants bougent trop peu, malgré la diversité des sports proposés. Ils sont toujours plus nombreux à souffrir de surpoids, parfois même d'obésité. Depuis les années 1980, le nombre d'enfants trop gros a augmenté de 50% et l'obésité pathologique a, quant à elle, doublé. La raison en est évidente: au lieu de se dépenser à l'extérieur, les enfants sont assis devant la télévision ou l'ordinateur et se bourrent d'aliments gras ou sucrés. Le risque est alors grand de voir s'installer un cercle vicieux: parce qu'ils ne font pas assez d'exercice, les enfants prennent du poids, puis ayant grossi, ils ont de la peine à s'astreindre à une activité physique et encore moins envie d'en faire l'effort.

Cela vaut aussi pour les adultes

Cependant, Christiane Richard-Elsner souligne que cela ne tient pas seulement aux enfants. «Aujourd'hui, les jeux en extérieur ont comme disparu des préoccupations collectives.» D'après la spécialiste, le besoin pourtant bien réel qu'ont les enfants de bouger en liberté à l'extérieur, de découvrir leur environnement à leur gré et à leur rythme n'est plus pris en compte. Pire, «il est réprimé de toutes parts en raison de la circulation routière, des priorités des adultes, de l'anxiété des parents, de la garde des enfants durant la journée, de l'utilisation des médias, etc.», explique l'auteure. Les espaces de jeu se réduisent comme peau de chagrin sans que personne ou presque n'en parle. Il est grand temps d'y remédier! Dehors, la neige a cessé. Des coups à la porte me tirent de ma lecture. Lara et Siena, trempées et sales, demandent à rentrer. Leurs joues rouges et leurs yeux brillants révèlent de manière éclatante le plaisir qu'elles ont eu à jouer dehors.

Plus d'excuses: sortez! Ce livre recense quelque 200 jeux d'extérieur pour s'amuser à deux ou plus! Des jeux classiques et intemporels, ou inédits, adaptés à un lieu ou à une occasion: à la récré, au jardin, à la plage, dans l'eau, par grand froid…

«Le livre des jeux d'extérieur. Activités pour les 6−12 ans», Brigitte Bellac, Éd. ABC Fleurus