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Les troubles Dys, toute une histoire

La dyslexie est un trouble de l’apprentissage. D’autres troubles, moins connus, comme la dyspraxie, la dysphasie ou la dysgraphie, sont désormais mis en lumière. Mais de quoi s’agit-il, comment les repérer au plus tôt chez l’enfant, les traiter et vivre avec?

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Alamy, Patrick Gilliéron Lopreno
17 septembre 2018

 Les troubles de l’apprentissage apparaissent dès le plus jeune âge. Certains indices doivent alerter les parents.

Environ une personne sur dix est dyslexique, et ce handicap est souvent associé à d’autres troubles. Il a beau être invisible, certains signes peuvent pousser à consulter un logopédiste pour établir un bilan. Claire Robert, qui consulte en cabinet à Genève, explique: «Un premier indice se manifeste souvent quand l’enfant est encore tout petit, dans le langage. Beaucoup de ces troubles ont une origine neurologique avec des composantes phonologiques.» Et de souligner: «Cela ne signifie pas que tous les enfants qui disent «pestacle» au lieu de spectacle sont dyslexiques. Mais si la difficulté perdure, cela peut alerter les parents ou les enseignants.» 

Des troubles à décrypter

Il existe d’autres indices, comme la difficulté à se situer dans la temporalité. «L’enfant aura du mal à se souvenir d’une histoire dans l’ordre. Par ailleurs, quand il commence à déchiffrer, il ne perçoit pas la différence entre deux sons en dualité, comme f et v, p et b, ou che et je. Il faut bien comprendre que l’enfant Dys n’a aucune atteinte organique de la vue ou de l’audition. Ses difficultés sont d’ordre cognitif, c’est-à-dire dans le traitement de l’information visuelle ou phonologique.»

La dyspraxie, cette maladresse pathologique qui touche l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, se manifeste dès les premiers jeux. «L’enfant a une difficulté, normale au début de l’apprentissage, à emboîter les objets, et plus tard à fermer son manteau ou à lacer ses chaussures. Les pédiatres font automatiquement des tests au moment des contrôles médicaux. C’est aussi le cas pour le retard du langage appelé dysphasie.»

Appréhender le quotidien

Avec la dyscalculie, l’enfant a de la peine avec la numération, compte deux fois le même objet ou en oublie un. Elle est rarement isolée et souvent combinée avec la dyspraxie, la dyslexie ou la dysphasie. Tout comme le TDA/H, le trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. «Quand l’enfant est diagnostiqué, il est médiqué ou pas selon le choix des parents. Parfois les médicaments aident, parfois c’est autre chose.» Raphaël Faltin, par exemple, qui vit dans le canton de Genève, souffre de dyspraxie, de dysorthographie et d’une dysgraphie légère.

Sa dyspraxie a été diagnostiquée à l’âge de 3 ans, quand la directrice de la crèche leur a conseillé de voir une psychomotricienne. Avec ce trouble de la coordination, apprendre à faire du vélo a été plus long. «Sa difficulté à former des lettres lui demande tellement d’énergie qu’il ne peut pas se concentrer sur une autre tâche en même temps», nous explique sa mère Anne. «Heureusement, l’ergothérapeute était là pour travailler avec Raphaël et lui proposer un ordinateur.»

A 15 ans, Raphaël est optimiste pour son entrée au collège (gymnase pour les autres cantons). Il aimerait étudier la physique à l’EPFL plus tard. «J’ai de très bonnes notes en mathématiques.» Seule la disparition de certaines mesures dans sa nouvelle école l’inquiète, comme le fait que l’orthographe comptera dans ses notes, par exemple en histoire.

Amanda Oriol

Préverenges (VD)

Amanda Oriol, née en 1993 à Lausanne, a écrit «Confession d’une dyslexique» où elle raconte comment fonctionne la dyslexie avec beaucoup d’humour. «Dès le primaire, lire n’était pas un plaisir. Je ne voyais pas la différence entre «la» et «le». Comme je me concentrais sur les lettres, je n’arrivais pas à comprendre le sens des consignes les plus simples.» Un bilan avec une logopédiste en sixième année permet de poser un diagnostic. «Ça a été un gros soulagement de mettre un nom sur le problème, de savoir que je n’étais pas bête. Comme je voyais une logopédiste qui m’a beaucoup aidée, je revenais à la maison avec des exercices. A ce moment, mon père s’est rendu compte qu’il faisait aussi les fautes typiques des dyslexiques, comme confondre les lettres en miroir b et d ou prendre beaucoup de temps pour lire un texte, ce qui n’était pas très connu quand il était enfant. La dyslexie est héréditaire, mais je suis le seul enfant de la famille à l’avoir.»
Ce handicap n’a pas empêché son père de faire des études à l’EPFL, et Amanda, douée pour aider les autres, souriante et positive, aimerait devenir ergothérapeute, après avoir obtenu un bachelor ès lettres. Paradoxalement, cette école montre des difficultés à mettre en place des aménagements adaptés à son handicap.

Hendrik Comment

Grand-Saconnex (GE)

Agé de 12 ans, Hendrik souffre de dyslexie, de dysorthographie et de troubles de l’attention. Sa mère Sandrine est heureuse de voir ses progrès, après une situation compliquée. «Des tests ont montré qu’il avait un QI assez élevé, avec un grave déficit d’attention. Les médecins nous ont pratiquement obligés à lui donner de la Ritaline. Il est devenu comme un robot alors qu’il prenait le dosage le plus faible. Ensuite il a redoublé, et on a vécu deux ans et demi très difficiles, avec une phobie scolaire et des maux de ventre. A force, je n’avais plus qu’un métier, celui de maman d’Hendrik. J’avais un peu peur de l’enseignement spécialisé, mais quand une place s’est libérée à l’ARC (ndlr: école qui accueille des enfants en difficulté) ça a été le soulagement. Il n’y a que dix élèves dans la classe, avec un psycho­pédagogue et un logopédiste sur place.» Quant à Hendrik, il vient de changer d’école et se demande si son niveau en langues sera à la hauteur. «Les maths, ce n’est pas la même chose, j’ai toujours vite compris. A l’ARC, je me sentais mieux, parce que je n’étais pas le plus nul. On avait tous des difficultés différentes, et on pouvait s’entraider. J’ai eu un ergothérapeute en sixième qui m’a beaucoup aidé. Sans lui, je n’aurais pas eu mon ordinateur qui peut lire la consigne à ma place.»