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Les dinosaures continuent de fasciner, comme le prouve la sortie du cinquième volet de «Jurassic Park», et suscitent des vocations dans notre pays. Rencontre de Beat Scheffold, un paléoartiste, et de Luca Zulliger, un paléontologue.

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Pino Covino, Sandro Mahler
11 juin 2018

Beat Scheffold (60 ans) se jette dans la gueule de lune de ses créations: un crocodile préhistorique.


Laffiche du film Jurassic World: Fallen Kingdom.

Ce fut l'événement cinématographique de l'année 1993. Vingt-cinq ans ont passé depuis la sortie de Jurassic Park, mais la dinomanie qui s'en est suivie semble ne pas vouloir s'arrêter. Peu importe si la saga n'a pas tenu compte des nouvelles découvertes scientifiques dans la représentation animalière. Il n'y a en effet pas grand-chose de jurassique dans les films: bon nombre de dinosaures montrés à l'écran vécurent au crétacé, des dizaines de millions d'années plus tard. Depuis, les animaux préhistoriques fascinent, en témoigne la sortie en salle très attendue du cinquième épisode de la saga, Jurassic World: Fallen Kingdom, mercredi dernier.

Le paléontologue Luca Zulliger (35 ans) explique aux enfants les différentes sortes de fossiles, au musée Monte San Giorgio à Meride.

Paléoart: sciences naturelles et art

«J'ai vu les films de Jurassic Park et c'est une bonne chose qu'ils soient parvenus à intéresser tant de jeunes à la paléon­tologie. C'est aussi grâce à eux que des musées m'ont confié plusieurs missions, car ils voulaient tous avoir des reconstitutions de dinosaures et d'animaux préhistoriques. Mais je crains que l'intérêt provoqué reste superficiel et commercial. Ces films ont, à mon avis, enlevé un peu de magie», confie Beat Scheffold, assistant de la collection du Musée palé­ontologique de l'Université de Zurich et paléoartiste.

Paléoartiste? Au carrefour des sciences naturelles et de l'art, son objectif est de fournir une représentation artistique de la vie préhistorique, en se basant sur la paléontologie. Les animaux préhistoriques n'existent que dans les fossiles et l'imagination, les paléoartistes évoluent donc entre la réalité et l'inventivité. Beat Scheffold nous montre ses dessins: «Je me base sur les fossiles, les dernières découvertes et les études, mais aussi sur l'observation d'animaux existants qui présentent des similitudes. Je suis actuellement en train de réélaborer un saurien retrouvé à Frick (AG) et que j'avais modelé il y a quelques années: on a découvert qu'il était muni de plumes, je vais donc les ajouter au modèle», dit-il. Et d'ajouter: «J'ai la chance de toujours pouvoir demander à des experts leur opinion, et d'être au courant des dernières découvertes scientifiques. La seule chose qui relève de la pure spéculation dans mon travail, c'est la couleur de la peau. Si un dinosaure pouvait voir l'un de mes modèles, il se mettrait peut-être à rire», s'amuse l'artiste.

Quand on observe ses reconstitutions, on se rend compte de la taille des sauriens. Comme l'énorme tête d'un cro­codile préhistorique retrouvé au Venezuela, qui s'est éteint il y a 5 millions d'années. Une œuvre qui lui a demandé presque cinq mois de travail. Il insuffle une certaine peur, même si le paléontologue passionné en parle avec affection, comme d'un animal de compagnie. Il nous montre aussi le fossile d'un grand reptile marin retrouvé sur le Monte San Giorgio (TI) et dont la forme est vraiment bizarre. «En effet, le Tanystropheus longobardicus avait un cou exagérément long par rapport à sa petite cage thoracique. Il ne pouvait probablement pas sortir de l'eau, car il n'aurait pas pu tenir le cou levé», précise Beat Scheffold. Un troisième fossile de l'un de ces animaux exposés ici n'est pas entier.

«Vous voyez? Le cou a été tranché net. Il a probablement été attaqué par un prédateur; c'est pour cette raison que nous n'avons retrouvé que le cou et la tête qui se sont déposés sur les fonds marins en tombant.» Une affaire classée sans suite pour un crime commis il y a plus de 200 millions d'années.

La passion de Beat Scheffold pour les animaux préhistoriques ne date pas d'hier. «J'avais 12 ans, j'étais en vacances avec ma mère au Tessin et j'ai vu des fossiles pour la première fois à Gandria. J'ai été estomaqué. Pouvoir donner forme à un animal ayant disparu il y a des millions d'années est fascinant et j'aime voir les enfants admirer mes travaux.»

Luca Zulliger pose avec le Ticinosuchus ferox au musée des fossiles à Meride.

Monte San Giorgio: un site unique

Cohérence chez les parents

C'est justement une sculpture de Beat Scheffold qui accueille les visiteurs du musée des fossiles de Meride (TI): le Ticinosuchus ferox, un animal impressionnant à la mâchoire dotée de dents aiguisées. «C'est le seul saurien terrestre de taille importante qui a été retrouvé au Monte San Giorgio, explique Luca Zulliger, paléontologue et directeur du musée – et ce n'est pas un dinosaure. Ceux-ci sont arrivés environ cinq millions d'années après. Chez nous se trouvent les grands-parents des dinosaures, pour ainsi dire. En ce qui concerne l'ère du trias moyen, notre site est unique au monde, poursuit le directeur. C'est pour cela que le Monte San Giorgio est classé au Patrimoine mondial de l'Unesco. L'importance du site vient d'une conservation exceptionnelle de fossiles de poissons, reptiles marins et terrestres, de plantes et d'invertébrés, et du fait qu'au moins six niveaux fossilifères témoignent d'une évolution ayant duré environ quatre millions d'années.» Tous les modèles et les illustrations du musée ont été réalisés par Beat Scheffold.

Une fillette montre la trouvaille qu'elle a dénichée dans une fouille, un faux fossile en plâtre.

De petits paléontologues à l'œuvre

Pendant ce temps, les enfants participent à l'atelier «Comment travaille un paléontologue». Les jeunes doivent partager certains fossiles par catégories, à l'aide d'illustrations et de photographies de reconstitutions et se familiarisent ainsi avec les mollusques, les reptiles, les poissons et les plantes. Mais le moment qu'ils attendent avec le plus d'impatience, c'est la partie des «petites fouilles»: munis d'un scalpel, d'un masque et de lunettes, ils s'activent pour libérer un fossile caché sous une couche de plâtre. Tous sont très concentrés et s'enthousiasment en révélant pas à pas la colonne vertébrale, les pattes et la tête d'un Neusticosaurus peyeri, un petit reptile aquatique retrouvé justement dans cet endroit il y a un peu plus de dix ans. Qui sait si un petit Beat ne se trouve pas déjà parmi eux...

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La Suisse préhistorique

Les fans de dinosaures ont l'embarras du choix parmi les expositions et activités à travers tout le pays. Notre sélection.

Le spectacle Walking with Dinosaurs, sponsorisé par Coop, du 12 au 16 septembre au Hallenstadion de Zurich et du 19 au 23 septembre à l'Arena de Genève. Entrée réduite de 20% pour certaines représentations avec la Supercard.

www.dinosaurlive.com

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Jurassica Museum à Porrentruy (JU)
propose une exposition temporaire (jusqu'au 4 novembre) sur les tortues, en parcourant à nouveau une histoire de 220 millions d'années.

www.jurassica.ch

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Dino World à Villeneuve (VD): jusqu'au 26 août, vous pourrez observer plus de 50 modèles de dinosaures grandeur nature.

www.dinoworld-expo.ch

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Le Préhisto-Parc de Réclère (JU) propose de redécouvrir les grandes étapes de l'évolution animale sur un parcours de 2 km, jalonné de panneaux explicatifs et de 45 reproductions grandeur nature.

www.prehisto.ch