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Famille
Burn-out parental

Au bord de la crise de nerfs

Loin de l’image du bonheur, certains pères et mères souffrent: 5 à 8% d’entre eux seraient en burn-out parental. Isaline Ackermann a touché le fond avant de poser des garde-fous. Témoignage.

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Valentin Flauraud
09 septembre 2019

Isaline Ackermann (37 ans), ici avec le dernier de la fratrie, Tom, a décidé que les chambres de ses quatre enfants ne ressembleraient plus à celles, immaculées, des magazines.

Ça a commencé sournoisement. De la fatigue, le sentiment de ne jamais parvenir à gérer toutes les tâches, les cris des enfants, le manque de reconnaissance. Et puis la gifle qui part. «Je criais sur tout le monde. Mère au foyer, c’était mon travail, il fallait que je soigne l’image que je donnais, que tout soit parfait. Je devais être heureuse de cette situation», raconte Isaline Ackermann (37 ans), maman de Louise (9 ans), Jules (8 ans), Charles (6 ans) et Tom (3 ans et demi). Ce jour de 2015, elle en parle comme si c’était hier, elle a fait ses valises et elle est partie chez sa mère. Trois jours à lire, voir des amies, dormir, réfléchir.

«Je me sentais nulle»

«Après la naissance de mon troisième enfant, je n’ai pas pu retrouver mon travail dans les RH. Avec les frais de garde, on s’était dit avec mon mari qu’il valait mieux que je reste à la maison.» L’organisation est millimétrée, les fêtes d’anniversaire «instagramables», le bain donné à heure fixe. Pendant deux ans, la Vaudoise d’Eclépens tient ce rythme effréné. Mais son énergie baisse autant que sa joie de vivre. «J’avais honte car je n’avais pas de raison singulière de déprimer. Mais pourtant, je ne me sentais pas bien. Je me sentais inutile. Transparente. Incapable. Nulle. Bonne à jeter», avoue Isaline Ackermann. 

Elle se souvient de la jalousie qui l’envahissait en voyant ces mamans qui restaient calmes en toute situation. Une larme roule. Un jour, sa belle-sœur lui prête un livre sur le burn-out maternel, c’est le déclic. «Je pétais souvent les plombs, mais je ne connaissais pas le burn-out. Je pensais que ça n’arrivait qu’aux autres, à celles qui ont un enfant malade. J’avais toute la charge mentale.»

Le couple a mis en place une nouvelle organisation. Régis, son mari, part travailler plus tôt pour être à la maison quand les enfants reviennent de l’école. Ils se partagent la lessive, les nuits, le taxi pour emmener les enfants au sport. De temps en temps, quand la jeune femme sent que les signaux virent au rouge, elle s’en va le temps d’un week-end. «Au début, les enfants pleuraient beaucoup. Je les consolais en leur disant que je serais meilleure après.» Régis reprend les rênes et même s’il ne fait pas tout comme elle le souhaiterait, elle a lâché prise. «On a le droit de dire que c’est difficile d’élever des enfants. Cela ne fait pas de nous de mauvais parents.» 

Aujourd’hui, Isaline Ackermann a mis en place des mécanismes pour éviter une rechute. D’abord, exit le super anniversaire à thème, place à la simplicité. Elle a également délégué certaines tâches aux enfants, comme passer l’aspirateur, mettre ou débarrasser la table. Elle a arrêté d’écouter les commentaires des autres («Mais tu les as voulus!») et s’accorde le droit d’être égoïste de temps en temps. Elle en parle ouvertement avec son mari et ses amis. D’ailleurs, ils organisent des ateliers de couple sur cette thématique. En parallèle, elle a ouvert le blog «Thérèse and the kids» où elle évoque son quotidien avec quatre enfants. «Cette période m’a poussée à me demander qui je suis, ce que je voulais que mes enfants voient de leur mère. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre.» Après tout, dans les avions aussi, on demande aux passagers de mettre d’abord leur propre masque à oxygène avant d’aider les enfants.

«Les parents veulent tout bien faire, peut-être trop bien»

En Suisse, près d’un quart des parents se sentent régulièrement dépassés par la situation. Une mère sur dix développe des symptômes de burn-out. Dans leur détresse, de nombreux parents se tournent vers le service SOS parents d’Elternnotruf. 

Les mères sont les plus touchées par le burn-out parental: 10% en montrent des signes. Selon une étude du Secrétariat à l’économie (Seco) sur les causes du burn-out, les femmes indiquent un stress dans la situation familiale, les pères ne mentionnent que le travail.

Bernhard Prechter (55 ans) Pédagogue au service SOS parents d'Elternnotruf

En 2017, le service SOS parents d’Eltern­notruf (ndlr: interlocuteur francophone disponible) a reçu 4222 appels pour des questions ou demandes d’aide, soit 408 de plus qu’en 2016. Un cinquième des appels proviennent de pères. Bernhard Prechter conseille depuis dix ans les parents en matière d’éducation et note que le burn-out les pousse de plus en plus à téléphoner.

Etre mère ou père n’a jamais été facile. Le burn-out parental n’est-il pas simplement une nouvelle dénomination pour un vieux problème?

Non. Il a bien sûr toujours existé des pères et des mères dépassés par la parentalité. Mais la forme que nous connaissons aujourd’hui est un phénomène nouveau et surtout en augmentation. 

Vous conseillez de nombreux parents, dans des situations très diverses. A quel moment soupçonnez-vous un burn-out? 

Lorsque les pères et mères expliquent qu’ils n’ont plus la force de maintenir la même relation qu’auparavant avec leurs enfants: ils ont du mal à écouter, ils ne sont plus intéressés par ce que leurs bambins vivent et ressentent. Ces parents continuent à faire le nécessaire – ils cuisinent, les conduisent à l’école et les mettent au lit –, mais ils ne peuvent plus donner davantage.

Pourquoi les parents sont-ils aujourd’hui plus susceptibles de souffrir de burn-out?

Un point important réside dans le noyau familial. Beaucoup de parents n’ont pas d’entourage à proximité, ni de réseau social. Ils ont tendance à être plus seuls qu’auparavant. Ils supportent une charge trop lourde pour leurs seules épaules. Les grands-parents, qui pourraient les en soulager, ont d’autres centres d’intérêt aujourd’hui. En outre, dans beaucoup de familles, les deux parents travaillent. Ces contraintes multiples créent un énorme stress, en particulier pour les mères. 

Laquelle est la plus stressée: la mère qui travaille ou la mère au foyer? 

Les situations sont très différentes selon la qualité des relations. Des mères de six enfants dans un univers favorisant la communication peuvent se sentir tout à fait bien. D’autres avec un seul enfant se sentir au contraire plus seules. L’activité professionnelle constitue alors pour elles une diversion bienvenue et nécessaire. Dans tous les cas, la famille nucléaire (ndlr: ou traditionnelle, soit le modèle familial le plus présent de nos jours) ne représente pas un projet épanouissant pour l’ensemble des parents. Cela peut provoquer de la frustration, les intérêts personnels devant être mis en sourdine.

Les parents d’aujourd’hui sont-ils égoïstes? 

Ils sont certainement davantage centrés sur leur épanouissement personnel que les générations précédentes. D’une manière générale, la parentalité exige un certain altruisme: les nuits sont plus courtes, on a peu de temps pour soi, sans parler des activités en couple. Cela ne correspond plus à l’air du temps, où l’offre de loisirs n’a jamais été aussi grande. Devoir se limiter peut provoquer de la frustration. Dans l’ensemble, je constate cependant que les parents sont très attentifs et dévoués. Ils veulent tout bien faire, peut-être trop bien. 

Existe-t-il des parents parfaits?

Bien sûr que non, et c’est une bonne chose. Les parents qui veulent tout faire à la per­fection ne reconnaissent fréquemment plus leurs propres limites et risquent le burn-out. Ils veulent souvent résoudre les problèmes familiaux de manière rationnelle. Ce qui crée alors des troubles relationnels et du stress.

Comment se débarrasser de cette aspiration à la perfection?

En se libérant de la pression des attentes internes et externes. Il est primordial de se concentrer sur le relationnel. Au final, peu importe si mon enfant n’accroche pas toujours correctement sa veste au portemanteau. Il finira bien par l’apprendre. Nous constatons que les parents les plus heureux sont ceux qui laissent régulièrement passer ce genre de petits défauts et qui se concentrent sur le contact émotionnel avec leur enfant.

Simple fatigue ou épuisement?

Les différents symptômes d’un burn-out parental

  • Perte de résilience physique et mentale
  • Epuisement émotionnel et physique durable
  • Sensation de vide intérieur
  • Indolence
  • Fatigue
  • Prédisposition aux infections / système immunitaire faible
  • Problèmes d’endormissement / de sommeil
  • Maux de tête
  • Troubles physiques diffus tels que vertiges, problèmes gastro-intestinaux, transpiration, problèmes cardiaques ou douleurs musculaires