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Corde lisse: la gravité de l'instant

Voir Joachim Ciocca suspendu à une corde lisse donne le vertige. Un vertige poétique et magnifique. A applaudir notamment à l’occasion du festival de cirque Young Stage à Bâle, du 10 au 14 mai. 

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Sedrik Nemeth
28 avril 2019

Il donne l’impression de voler quand il marche. Qu’il pourrait s’évaporer dans les airs. Et c’est ce qu’il fait! Lorsqu’il escalade sa corde lisse, il fait fi de la pesanteur. Grimpe en un rien de temps, déroule en un clin d’œil, effectue une figure la tête en bas, comme on cuit un œuf au plat. Bref, en observant Joachim Ciocca (33 ans), on se dit qu’on ne subit pas la même attraction terrestre. Travailleur et modeste, il prétend que ce n’est pas si difficile, une fois qu’on a la technique. «J’ai dû bosser vingt fois plus pour mes figures en monocycle, même si cela paraît moins impressionnant.» Le Genevois est tombé dedans à 8 ans, grâce à l’école de cirque Théâtre-Cirqule. Il y apprend les différentes disciplines: le jonglage, la danse contemporaine, la clownerie et les acrobaties. Il croche déjà à la corde lisse. A 22 ans, Joachim Ciocca s’envole pour l’école de cirque de Mont­réal où il se spécialise sur le monocycle et la corde. «J’aime le mélange du cirque, de la danse et du théâtre.»

La corde: mystique

«La corde lisse a quelque chose de mystique, elle évoque la peur de la mort, du vide, on monte au ciel, dans un espace rare. En quittant le sol, on met le corps en position de danger. Symboliquement, c’est très fort», explique-t-il. La corde fait mal, brûle et contraint les muscles. «Il faut une bonne endurance face à la douleur et à la fatigue.»

A-t-il peur, quand il monte là-haut? «Je n’ai pas le vertige. Mais j’ai peur quand je ne sais pas comment la corde est accrochée. Je connais trop d’histoires d’artistes qui ont fini paralysés. C’est incroyable le nombre de théâtres qui disent ça devrait tenir! Ça me fait flipper», s’anime-t-il.

A l’occasion du festival de cirque Young Stage, du 10 au 14 mai à Bâle, il a repris le duo aérien avec son ancienne partenaire Natalie Oleinik. «On se connaît tellement bien, on travaille ensemble depuis plus de dix ans et on partage une grande amitié. En duo, on ressent la fragilité, l’entraide, le risque de rompre le charme à tout moment.»

Le monocycle: technique

Joachim Ciocca avait déjà participé au festival bâlois il y a six ans, en monocycle. Depuis, il a fait du chemin avec son vélo à une roue, puisqu’il a remporté cet été la médaille de bronze aux Championnats du monde de la discipline, en Corée. Il se produit depuis quelques années autant en danse contemporaine qu’en cirque. «Cela peut paraître contradictoire de pratiquer ces disciplines en parallèle, mais elles se complètent bien, défend-il. La danse me permet de travailler la qualité du mouvement. Avec le monocycle, je joue sur la relation à l’objet, dans une réflexion sur la mécanique, notre interaction avec la technologie, ce qu’elle permet, là où elle nous enferme.» Et d’ajouter: «Je n’en parle pas en termes de bien ou mal, mon rôle n’est pas moralisateur. Mais cela évoque beaucoup de choses dans l’esprit du public.»

L’artiste vit de sa passion, avec des semaines plus dures que d’autres. «J’ai toujours vécu pour ça, je ne saurais pas faire autre chose.» Il a créé sa propre compagnie, Insaisissable, il y a deux ans, avec laquelle il «performe» dans un parfait mélange des styles, à travers le pays. Levez la tête! 

Festival de cirque

À voir

Du 10 au 14 mai, la 11e édition de l’International Circus Festival Young Stage Basel, dont Coop est le sponsor principal, se tiendra à Bâle. La manifestation, qui prime les jeunes artistes du cirque, est ausi une chasse aux jeunes talents. Des scènes open air seront montées à travers la vieille ville.