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Des bravos, oui, mais pas trop!

Faut-il féliciter son enfant? Ne va-t-il pas prendre la grosse tête? Oui, mais non, et la question est surtout de connaître les mots justes.

16 septembre 2019

L’enfant se nourrit des félicitations pour grandir. Mais pas n’importe lesquelles.

Quand Benjamin arrive avec une bonne note à la maison, comment réagir pour l’encourager sur cette voie sans le rendre accro à la récompense? Et si Sophie range enfin sa chambre après une lutte au corps à corps pendant des mois, que faut-il lui dire pour qu’elle ne se remette pas immédiatement sur ses anciens rails? Marco Maltini, formateur en discipline positive, répond à ces questions lancinantes.

Pour ce convaincu d’une méthode éducative qui prône à la fois la fermeté et la bienveillance, la réponse est évidente: «Bien sûr qu’il faut féliciter son enfant. Tout dépend de ce qu’on entend par ce mot. Dans notre courant, nous donnons une place centrale aux encouragements. Nous en avons tous besoin – même les adultes – pour avoir du courage et de l’énergie, que ce soit face à une difficulté ou à un succès.»

Tout est dans la formulation

L’encouragement permet à un enfant de se sentir bien et de faire des pas supplémentaires dans ses apprentissages et ses acquisitions. «Mais quand on utilise les mots formidable ou magnifique, on est dans le compliment et donc dans le jugement. Cela va rendre l’enfant dépendant du regard de l’adulte, même s’il est bienveillant.» Plutôt que d’offrir un jugement positif, Marco Maltini préfère dire: «Tu as réussi cet exercice, tu dois être fier de toi!», de manière à le rendre acteur de sa propre évaluation.

Féliciter l’action et non l’enfant

Pour développer la compétence d’auto-évaluation recherchée, on peut aussi centrer le commentaire sur l’action. Il s’agit de mettre l’accent sur ce qui a été fait, et non sur l’enfant. «Parce que si on s’autorise à dire qu’il est génial, on s’autorise aussi à dire qu’il est nul», explique le spécialiste. De même, l’enfant ne se sentira pas encouragé si on compare le comportement présent à un mauvais comportement passé. Tout est donc dans la subtilité du langage. Par ailleurs, pour permettre à l’enfant de progresser, il vaut mieux également valider le chemin parcouru et le progrès plutôt que s’arrêter sur le résultat. Et comme il est important qu’il y ait une cohérence entre l’école et la maison, le centre de discipline positive forme aussi bien des parents que des enseignants. Ce qui n’est pas évident, puisque «l’école fonctionne souvent soit avec des notes, soit avec des punitions ou des récompenses».

Bon pour la construction de l’estime de soi

Jessica Héritier, une experte de l’éducation positive – qui gomme toute hiérarchie et qui exclut les punitions – nuance. Pour elle, féliciter un enfant a deux fonctions importantes: construire l’estime de soi et valoriser l’enfant, parce que le regard de l’autre reste tout de même important dans son développement. Comme l’avis des parents reste primordial, pourquoi se priver de félicitations sincères et spécifiques? Elle conseille donc d’utiliser le pronom «je» et d’éviter les bravos généraux.

De plus, dit-elle, «les félicitations lui apprennent à recevoir et donner un compliment. Et tout dépend de l’enfant. Un timide a besoin de plus de validations qu’un enfant sûr de lui. J’incite les parents d’enfants de moins de 6 ans à les encourager. Ils sauront mieux être fiers d’eux et exprimer leur satisfaction. Cela fera des ados beaucoup plus enjoués, moins las, plus sûrs d’eux, et qui auront le sens de l’effort.»

La phrase de Rudolf Dreikurs nous servira de conclusion. Ce psychiatre autrichien du courant adlérien, dont les recherches forment la base de la discipline positive, disait: «L’encouragement est à l’enfant ce que l’eau est à la plante.»

Divers adresses et sélection d’ouvrages traitant de la discipline positive sur: www.cooperation.ch/disciplinepositive


Les mots justes pour le dire

Tout est dans la nuance

On évitera: «Je suis fier de toi, tu as réussi cet exercice comme on te l’a demandé.»

On préférera: «Ouah, tu as réussi ton exercice. Tu dois être fier de toi!»


On évitera: «Bravo, tu as rangé ta chambre. Depuis le temps que tu ne l’avais pas fait!»

On préférera: le simple constat, un encouragement très efficace: «Je vois que tu as rangé ta chambre.»


On évitera: «Tu as fait ce puzzle si vite! Je sais que tu es intelligent», à un petit enfant

On préférera: «Tu l’as fait très rapidement. Aimerais-tu en faire un plus complexe?»


On évitera: «Tu as écrit ton prénom. Tu mérites un autocollant!»

On préférera: «Tu as écrit ton prénom. Je sais à quel point tu as travaillé dur pour ça.»