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Son ami imaginaire, sa force pour grandir

S’inventer un camarade quand on est petit est bien plus courant qu’on ne le pense. Selon des études récentes, loin d’être une hallucination inquiétante, cet ami invisible aiderait au contraire nos enfants à affronter les défis et devenir grands. S’inventer un camarade quand on est petit est bien plus courant qu’on ne le pense. Selon des études récentes, loin d’être une hallucination inquiétante, cet ami invisible aide au contraire nos enfants à grandir.

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Getty Images
12 août 2019

Baptiste (5 ans) adore son grand frère Max. Chaque jour il vient le chercher à l’école après le collège. Sur le chemin de la maison, il lui achète des bonbons et quand les autres garçons de la classe l’embêtent, il est toujours là pour le défendre. Le mieux, c’est quand il l’emmène au parc jouer au foot et qu’il lui apprend à faire des roulettes.

Oui, Max est vraiment un super grand frère. L’ennui, c’est que Baptiste n’a qu’une petite sœur d’un an et demi, trop petite pour jouer avec lui et dont papa et maman doivent s’occuper sans cesse. Max n’existe que dans sa tête.

«C’est quelqu’un qui est là pour l’écouter et le protéger»

Anne Spira, Psychologue

Amis imaginaires, animaux invisibles, peluches qui parlent et vident les friandises du placard… Le fait d’avoir un camarade de jeu fictif est un phé­nomène étonnamment répandu. Cela concernerait environ 65% des enfants. Selon Paige Davis, maître de conférences en psychologie à l’Université de York, au Royaume-Uni, c’est entre 3 et 5 ans que les enfants commencent à s’inventer un compagnon, et ce, qu’ils viennent de Suisse, des Etats-Unis, du Kenya, du Japon ou encore du Népal. Surtout, cette particularité est plutôt bon signe!

Au début du XIXe siècle, les psycho­logues craignaient que ce phénomène soit le symptôme d’une instabilité ou de problèmes psychologiques. Mais les récentes études démontrent au contraire que les amis imaginaires sont une véritable force pour les plus petits et favorisent leur développement.

Se sentir moins seul

«L’ami imaginaire est d’abord un ami, souligne Anne Spira, psychologue à l’unité de guidance infantile des Hôpitaux universitaires de Genève: c’est quelqu’un qui est là pour soutenir l’enfant, l’écouter, le protéger, être proche de lui. Il apparaît la plupart du temps pendant la période œdipienne, à l’âge où l’enfant se confronte à la réalité. Entre 3 et 5 ans, il sort du monde infantile dans lequel il se sentait tout-puissant pour comprendre que tout ne tourne pas autour de lui, qu’il ne peut pas tout faire ni avoir sans cesse l’attention de sa mère.»

S’inventer un ami imaginaire, adaptable à souhait, va l’aider à passer ce cap. C’est une façon pour lui de garder la maîtrise sur une partie de sa vie, contrairement à ce qui se passe dans la réalité. Il disparaît généralement vers 7 ans, à «l’âge de raison», quand la distinction entre le réel et l’imaginaire devient plus claire.

Selon Paige Davis, qui a compilé les études sur le sujet, la première fonction de l’ami imaginaire est sans doute de soulager son sentiment de solitude. «Avec ces personnages imaginaires, on a toujours quelqu’un avec qui jouer. C’est pour cela que les aînés ou les enfants uniques sont plus susceptibles de se créer des compagnons fictifs.»

Apaiser ses angoisses

L’ami imaginaire peut aussi aider l’enfant à surmonter des épreuves (déménagement, arrivée d’un petit frère, divorce des parents, etc.). Par jeu de miroir, il peut donc permettre de mieux comprendre ses besoins, ainsi que sa personnalité. «Il lui donne aussi l’occasion d’expérimenter les relations sociales sans risque, de jouer tous les rôles sans être jugé ni rejeté par ses parents, de vivre des émotions intenses, des peurs, des jalousies et des sentiments agressifs qu’il ne peut pas exprimer dans la réalité», relève Claudia Jankech, psychologue spécialisée dans les psychothérapies pour enfants et adolescents à Lausanne.

Mais ce n’est pas tout. Des recherches ont révélé que les enfants ayant des amis imaginaires sont plus à l’aise en société. Ils ont, par exemple, plus de facilité à se mettre à la place des autres et à concevoir qu’ils aient une manière différente d’envisager les choses.
 


Quelle attitude pour les parents?

Laissez l’enfant inventer son ami imaginaire

Les parents se demandent souvent comment réagir par rapport à ces personnages parfois envahissants, auxquels il faut laisser une place dans la voiture ou à table. Selon Paige Davis, la meilleure chose à faire est d’accepter cet «ami» et de jouer le jeu. «Mais sans en faire trop non plus», tempère pour sa part Claudia Jankech. Inutile, par exemple, de parler directement à ce personnage fictif. «Il faut accepter cet ami, mais sans entretenir chez son enfant la confusion entre réel et imaginaire. S’il accuse son ami d’une bêtise, mieux vaut lui dire gentiment qu’on sait que c’est peut-être lui qui l’a faite, qu’on comprend que ce soit difficile à avouer, mais que malgré ses bêtises on l’aime de toute façon. De même, s’il exige qu’on réserve une place à son compagnon dans la voiture, on peut lui expliquer que cet ami invisible n’a pas besoin d’autant de place que les autres personnes ou les valises.»

Alors, à partir de quand faut-il s’inquiéter? Quand cet «ami» devient trop envahissant, estime Anne Spira, qu’il empêche l’enfant de faire d’autres activités, nuit à la vie de famille et affecte ses relations avec des amis bien réels. Mais dans la grande majorité des cas, les petits savent que ce personnage n’existe pas réellement. Loin d’être des «hallucinations», ces amis invisibles sont plutôt la manifestation des incroyables capacités d’imagination et de la créativité de leurs auteurs.