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L'art de se disputer

Bouder ou crier, discuter ou partir en claquant la porte... Nos disputes reproduisent en grande partie celles de nos parents. Et si on apprenait à gérer les conflits autrement?

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Tobias Dürring | Shutterstock | Getty Images
30 septembre 2019

«Les enfants supportent très mal les disputes de leurs parents, explique la psychologue familiale Binia Roth (55 ans). C’est pourquoi, soit ils s’interposent, et c’est souvent le cas, soit ils se replient sur eux-mêmes.» Pourtant, il est possible de gérer des conflits devant les enfants – à condition de le faire de façon constructive. «Les parents sont des modèles, y compris dans les situations de conflit. Ils peuvent montrer à leur progéniture comment défendre un point de vue, faire des compromis et se réconcilier.» Ils jouent à cet égard un rôle important. «Les études révèlent que le mode de conflit d’une famille se transmet d’une génération à l’autre», déclare Guy Bodenmann (57 ans), chercheur à l’Université de Zurich dans le domaine du couple et auteur d’ouvrages comme Was Paare stark macht (Ce qui rend le couple plus fort). «La façon dont un couple gère les conflits reproduit en grande partie les modèles des parents, d’autres référents importants, ou encore ceux montrés dans les médias.» Le caractère de la personne joue aussi un rôle.

Mais rien n’est perdu pour ceux qui ont hérité d’une culture de la dispute malsaine. En effet, il existe une bonne façon de se quereller, et même des cours pour cela. Guy Bodenmann en a lui-même créé un, intitulé Paarlife (vie de couple). «Ce type de cours leur explique comment se comporter lors de conflits, les erreurs à ne pas commettre et quelles attitudes adopter pour permettre une évolution favorable du dialogue», nous indique le psychologue clinicien et thérapeute de couple. La démarche en vaut la peine: il est possible d’acquérir les bons réflexes assez rapidement.

Les disputes font partie d’une relation de couple saine, selon Guy Bodenmann. «Lorsque deux personnes vivent dans un espace restreint avec chacune un passé, des idées, des besoins et des exigences qui lui sont propres, les tensions sont inévitables. L’absence de dispute est le signe d’un manque d’harmonie problématique et de conflits refoulés qui auront tôt ou tard un effet destructeur.»

Harmonie ou résignation?

«Au début d’une relation, le couple a tendance à être fusionnel et à ne faire qu’un, explique le thérapeute de couple Peter Würsch (41 ans). Mais cet état ne peut pas durer. Une relation est constituée de deux êtres qui ont leurs propres besoins. Ne pas se disputer pour maintenir l’harmonie signifie ne pas reconnaître ces besoins. Ce n’est pas de l’harmonie, mais de la résignation.»

Mais trop se disputer s’avère aussi dommageable pour un couple. Selon Guy Bodenmann, le ratio entre interactions positives et négatives doit être au minimum de 2 pour 1 – voire de 5 pour 1. «Les études indiquent que les couples qui ont des relations souvent conflictuelles, mais qui font au moins deux fois plus preuve de comportements prévenants, de soutien et d’affection, sont plus satisfaits et plus stables», précise Guy Bodenmann.

Au sein des ménages suisses, la principale source de conflit est l’éducation des enfants, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS). En effet, 42% des personnes interrogées avouent se quereller à ce sujet. Viennent ensuite la question des tâches ménagères (37%) et, avec la même fréquence, les loisirs, l’argent, puis les relations avec les parents ou beaux-parents.

«On pourrait penser que les couples viennent en thérapie avec de grandes questions du type: faut-il avoir des enfants? Faut-il émigrer? Mais dans la plupart des cas, il s’agit de difficultés de communication, de discussions sur les chaussettes qui traînent par terre ou le lave-vaisselle mal rempli», note Peter Würsch. Or, il ne faut pas sous-estimer ces conflits apparemment insignifiants. «Ils cachent souvent des angoisses existentielles. La personne se sent seule ou ressent un manque d’écoute.»

«Dans la relation, les deux êtres ont leurs propres besoins»

Peter Würsch, thérapeute

Toujours dans le calme

Les couples avec enfants se disputent plus souvent que ceux qui n’en ont pas, toujours selon l’OFS. La majorité parvient la plupart du temps à discuter du désaccord dans le calme: 87% déclarent choisir cette option fréquemment ou parfois.

Les personnes interrogées avouent garder souvent pour elles ce qu’elles pensent – les hommes davantage que les femmes. 14%, soit une proportion relativement faible, déclarent tout simplement partir lorsqu’un conflit survient. Enfin, 28% des couples réagissent parfois ou régulièrement par des cris et de la colère, ce comportement étant plus fréquent chez les ménages avec enfants que chez ceux sans enfant. La psychologue pour enfants Binia Roth le comprend bien. «Il y a souvent du bruit et du désordre dans ces foyers, explique-t-elle. Emotionnellement, on démarre déjà à un autre niveau.» Si les conflits sont bruyants et importants, on en arrive vite à de graves reproches. Par contre toute violence psychologique ou physique est à bannir! Si les disputes dérapent, il est urgent de solliciter une aide externe.

Montrer l’exemple à ses enfants

Des conflits hostiles peuvent aussi se produire entre frères et sœurs. «Les parents doivent alors agir.» Quand une intervention s’avère nécessaire, celle-ci devrait dans l’idéal uniquement aider les enfants à résoudre la dispute. «Ecoutez les enfants et leurs propositions de solution. Aidez-les ensuite à négocier un compromis», conseille Binia Roth. Elle estime qu’il n’y a pas de raison de s’inquiéter en cas de querelles fréquentes entre frères et sœurs. «Tant qu’ils passent aussi de bons moments ensemble, tout va bien.» Pas d’inquiétude non plus lorsque les adolescents sont en conflit avec les parents. «Cela fait partie de la puberté.» Là encore, Binia Roth livre un conseil: il doit certes y avoir des règles, mais si les parents campent sur leurs positions de manière autoritaire, les adolescents se sentent impuissants. «Ecoutez leurs arguments et acceptez le débat. Instaurez une culture du dialogue.» Vous vous épargnerez beaucoup de tracas – et les futurs partenaires, collègues et amis de votre ado vous en seront reconnaissants!

Bien se disputer

Conseils

À ÉVITER

  • Faire des reproches généralisés.
  • Rabaisser, provoquer et blesser d’une manière quelconque.

À PRIVILÉGIER

  • Faire part de ses sentiments et de ses besoins.
  • Evoquer des situations concrètes ou des comportements concrets dérangeants.
  • Critiquer l’attitude et non la personne.
  • Rester calme au lieu de faire des reproches et expliquer à la personne opposée ce que la situation signifie pour soi (utiliser le «je» plutôt que le «tu»).
  • Ecouter de façon active et intéressée.
  • Poser des questions ouvertes en écoutant.
  • Résumer ce que l’on a compris dans les propos de l’autre personne.
  • S’excuser de ses erreurs.
  • Etre prêt à faire des compromis.
  • Lorsque la conversation menace de s’envenimer, se retirer pour apaiser les choses puis, une fois le calme revenu, reprendre la discussion.