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Lisez-leur une histoire!

Les bienfaits de lire des livres à ses enfants sont aujourd’hui prouvés. Le mercredi 22 mai aura lieu la Journée suisse de la lecture à voix haute.

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13 mai 2019

Lire des histoires à ses enfants est un moment de partage ludique qui leur apportera beaucoup plus tard.

Une évidence, dira-t-on. Si les parents lisent des histoires à leurs enfants dès leur plus jeune âge, ceux-ci apprendront plus vite à écrire, à lire. Et auront forcément moins de problèmes avec la rédaction de la langue lorsqu’ils grandiront. Quelle logique implacable! C’est un peu comme se brosser les dents, il faut simplement y consacrer quelques minutes chaque jour. Dans cette optique, l’Institut suisse Jeunesse et Médias (ISJM) organise pour la deuxième fois la Journée suisse de la lecture à voix haute le 22 mai dans toute la Suisse. 

«Pourquoi?», nous lanceront les sceptiques. Les conclusions des études PISA sur les compétences des élèves en Suisse sont sans appel: à la fin de la scolarité obligatoire, un adolescent sur six a des capacités insuffisantes pour lire et écrire. Pour pallier cette situation, il suffirait que les enfants aient ces acquis en lecture dès leur plus jeune âge. 

Les bienfaits de la lecture à voix haute

D’après Bernard Utz, coordinateur de la Journée de la lecture à voix haute pour la Suisse romande, les enfants ont tout à gagner de cette pratique. «Ils acquièrent le goût et la passion des livres, s’éveillent à l’imagination et à l’inventivité.» Le côté social est également primordial avec le moment de plaisir et d’échanges que le parent a avec son enfant. Le spécialiste souligne aussi l’aspect de transmission culturelle. «Il peut bien sûr s’agir de culture au sens large. Mais également pour toute personne issue de l’immi­gration, de transmission de sa culture dans la langue d’origine, et ce avec des histoires typiques de son pays, en montrant les côtés sympas de leur langue!»

D’un point de vue scientifique, deux études ont clairement mis en avant les avantages de la lecture à voix haute. Une enquête de chercheurs de Boston montre les effets positifs sur les futures capacités en écriture et lecture des enfants. Durant ces moments, ces derniers apprennent à reconnaître les lettres et comprennent qu’elles représentent des mots que l’on utilise en parlant. Ils font donc le lien entre le langage et sa représentation sur un support écrit. Ils se familiarisent en outre avec les formulations écrites et la structure des histoires et du récit qui sont différentes du langage parlé. «Par la suite, ils auront plus de facilité à lire un livre et saisir cette formulation qui peut paraître étrange si on n’y est pas familiarisé», nous explique Bernard Utz.

Un enfant à qui on a lu des histoires à voix haute apprend plus vite à lire et à écrire. Il peut même développer une passion pour les livres.

La seconde étude s’est intéressée au point de vue neurologique. L’Académie américaine de pédiatrie a démontré que les régions du cerveau responsables de la compréhension narrative et de la for­mation d’images mentales sont davantage activées chez les bambins à qui on raconte régulièrement des histoires.

Bernard Utz précise toutefois que le plaisir de la lecture et le moment partagé sont plus parlants pour les enfants que tous les aspects pédagogiques. «Les effets à long terme – le modelage de ses capacités cognitives – viennent ensuite naturellement!» En résumé, c’est dans le jeu que l’enfant acquiert un bon support pour être plus réceptif à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture!

Tout un monde d’aventures

Rappelons que la lecture à voix haute est avant tout un moment de partage! «Les parents partent en quelque sorte à l’aventure avec leurs enfants, déclare Bernard Utz. Dans des mondes imaginaires, sur des îles désertes, des monts enneigés, dans plein de merveilleux endroits! C’est pour eux l’occasion de vivre un moment d’excitation et de joie avec leurs enfants.»

Cette pratique permet également de découvrir (ou de redécouvrir) des perles de la littérature jeunesse. Une fois qu’on est adulte, si on continue à lire, il y a parfois cet a priori que l’on ne peut plus se plonger que dans la littérature adulte. Pourtant, nombre de classiques pour la jeunesse, comme les contes, s’adressent aussi bien aux petits qu’aux plus grands. «On les vit simplement différemment, si on les lit à voix haute à ses enfants!»

Un énorme succès

En 2018, la première édition de la Journée suisse de la lecture à voix haute a rencontré un gros succès, avec 5000 lecteurs et 45  000 auditeurs. Ces rencontres ont eu lieu dans quelque 430 lieux publics (bibliothèques, librairies, musées, parcs) et 500 lectures ont été organisées dans les écoles et les crèches. Enfin, 400 lectures privées ont été répertoriées (inscription sur le site web ci-dessous, onglet «Participer», puis «Lecture privée»). Alors, si on passait un moment le 22 mai à lire une histoire à nos chérubins?

Tous les événements sont annoncés et répertoriés sur une carte interactive à l’adresse: www.journee-de-la-lecture.ch

Conseils aux parents

Comment devenir un as de la lecture à voix haute?

  1. S’installer confortablement avec l’enfant dans une atmosphère détendue. Bien éteindre tous les écrans qui peuvent être autour de vous. 
  2. Choisir un livre ensemble qui fera plaisir à l’enfant et aux parents. Suivant son âge, un enfant demandera souvent qu’on relise les mêmes histoires. Il faut donc un petit peu de patience, surtout si on relit la même histoire pour la dixième fois! Il est bon de faire des compromis: lire encore une fois celle-ci, mais en raconter une autre, jamais encore lue, la prochaine fois. Il faut que l’enfant garde sa curiosité pour de nouvelles histoires. 
  3. Ne pas hésiter à lire de manière vivante, à donner du caractère et différentes voix aux personnages. Veiller aussi à toujours garder un contact visuel avec l’enfant afin de voir comment il réagit. 
  4. Le laisser interagir s’il a une question ou ne comprend pas un mot. Il ne faut surtout pas dire: «On finit l’histoire et on parlera après»! Cela doit rester un moment de plaisir!
  5. Lire des histoires de manière régulière. Même si le texte n’est pas très long et que cela ne dure que 5 minutes, il est conseillé de le faire chaque jour. L’aspect répétitif a un effet positif sur les enfants. 
  6. Lire dans sa propre langue. Si les parents ont des origines différentes, il est important de parler dans sa langue maternelle. Raconter une histoire, c’est également mettre de l’émotionnel. On partage en effet plus de choses dans la langue dans laquelle on est le plus à l’aise. C’est aussi une façon de faire découvrir ses origines et sa culture à son enfant.

«Une vraie intimité»

Jean-Marc Richard lira une histoire à des enfants d’environ 6 ans au Scoubidou à Neuchâtel, le mercredi matin 22 mai.

Jean-Marc Richard (58 ans)

Animateur à la RTS

Vos parents vous lisaient-ils des histoires?

Oui, ma maman. J’en garde un souvenir d’histoires au pluriel. Avoir une lecture à voix haute me permettait de me concentrer sur l’univers dans lequel évoluent l’histoire et les personnages. J’aimais surtout les contes et les légendes.

Lisez-vous aussi des histoires à vos enfants?

Oui, bien sûr, à mon fils de 10 ans (ndlr: il a quatre enfants de 10, 16, 25 et 28 ans). Je lui apprends aussi à lire en même temps et je choisis parfois des bouquins avec lui. Mais quand il était plus petit, je lui lisais beaucoup d’histoires.

Votre femme également? 

Ah oui, encore plus que moi! Elle lui lit tous les soirs un extrait de «La Quête de Deltora» (ndlr: cycle de romans de high fantasy).

Qu’est-ce que la lecture à voix haute a apporté à vos enfants?

Au-delà de la lecture, ça leur apporte quelque chose de très intime dans leur rapport avec les parents. Ces moments, on ne peut pas les faire dans n’importe quel contexte. Je trouve qu’il y a quelque chose de très précieux pour l’enfant tout comme pour le père ou la mère. La lecture, quand l’un lit à l’autre, quand on lit ensemble, ça crée une vrai intimité. On est protégé de tout ce qui se passe autour ou à l’extérieur.

Savez-vous déjà quelle histoire vous lirez le 22 mai?

Non, mais c’est très libre. Je me grefferai sur l’âge des enfants. Je choisirai peut-être «Le Petit Prince»…