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Les bébés ne naissent pas dans les choux

Faut-il raconter à son enfant l’histoire de sa conception? Oui, selon nos expertes, car cela l’aidera à construire son identité. C’est l’occasion également de lui expliquer comment on fait les bébés.

04 novembre 2019

Avec un discours adapté à son âge, on peut raconter à son enfant sa conception, par exemple lors d'un voyage.

Nils et Lars sont jumeaux. Quelques mois avant leur naissance, leurs parents ont passé leur lune de miel en Scandinavie. Un hasard? Non, leurs prénoms sont un souvenir de ce voyage durant lequel, selon les calculs, ils auraient été conçus. Une manière pour leurs géniteurs de les inscrire dans la saga familiale. De son côté, Juliane sait qu’elle a été «faite» à Noël, une information «sympathique» pour elle.

«Le prénom donné à l'enfant véhicule beaucoup d'informations»

Rosemonde Rossel

Si la plupart des gens pressentent qu’ils sont le fruit d’un amour, qu’ils ont été désirés, peu connaissent réellement la chronologie de leur conception. Un sujet plus gênant que tabou, car trop connoté sexuellement, mais qui, pourtant, fait aussi partie de l’histoire de l’enfant. L’origine de son existence l’intrigue davantage que l’acte sexuel en soi. «Connaître ses origines est un besoin fondamental à la construction de son identité et de sa personnalité. C’est pourquoi il est conseillé de parler à chaque enfant des circonstances de sa conception, heureuses ou moins heureuses», estime Rosemonde Rossel, spécialiste de la psychogénéalogie, cette pratique qui analyse le comportement au travers de l’histoire familiale.

Un prénom, une histoire

Le prénom du nouveau-né, comme dans le cas de nos jumeaux ci-dessus, est aussi un marqueur du vécu des parents, que ce soit de leur identité, leurs affinités, leur vécu. «Les prénoms choisis véhiculent de nombreuses informations, à la fois conscientes et inconscientes.» Un souvenir propre aux amoureux, un hommage à un ancêtre ou à une per­sonnalité marquante... Depuis l’arrivée de Lewis Hamilton en formule 1, en 2008, le nombre de petits Lewis a triplé. Quelques mois après chaque Coupe du monde de football, on voit naître des Diego (Maradona), Zlatan (Ibrahimovic, occurrence décuplée en 2010 puis à nouveau en chute libre), Lionel (Messi)…

Trouver les bons mots

Bien sûr, il faut distinguer, dans son récit, l’origine et la sexualité. «Ce qui se passe dans l’intimité de la chambre fait partie du jardin secret du couple; il faut faire la différence entre géniteurs, qui transmettent le patrimoine génétique et la fonction de parents, qui est de protéger, éduquer et aimer l’enfant au quotidien», poursuit la spécialiste.

Le moment de la rencontre entre l’ovocyte et le spermatozoïde s’avère chargé émotionnellement: souvenirs heureux, aboutissement d’un long parcours médical, circonstances rocambolesques ou douloureuses. Il s’agit de trouver les bons mots, selon l’âge des enfants. Cela peut aussi être l’occasion de leur apprendre comment on fait les bébés (lire l’interview ci-dessous).

L’utilisation d’images, de livres ou de contes adaptés peut aider. «Ce qui compte, c’est d’être authentique avec l’enfant et en accord avec ses décisions et son vécu», note Laure de Jonckheere, conseillère en santé sexuelle au CPMA (Centre de procréation médicalement assistée), à Lausanne. L’enfant perçoit si ses parents sont cohérents et au clair avec leurs choix. Gare aux non-dits! «Il va alors se mettre à imaginer des choses ou penser qu’il y a un problème avec lui, prévient Rosemonde Rossel. L’authenticité renforce les liens familiaux.»

La question du récit de la fécondation est parfois abordée avec les couples en amont, durant leur parcours de procréation médicalement assistée. «On parle de ce qu’ils souhaitent transmettre de leur histoire à l’enfant. Certains sont inquiets d’avoir recours à la FIV. Ils peuvent avoir le sentiment de forcer la nature et se questionnent pour la santé de l’enfant à venir», explique Laure de Jonckheere, qui propose d’adapter son discours de «c’était horrible, on t’a attendu des années» en «on t’a beaucoup désiré, on est heureux que tu sois là», qui atténue la culpabilité et le sentiment d’être à part. Pour mieux comprendre sa conception, une jeune fille de 14 ans a demandé à visiter le laboratoire du CPMA, car l’image d’un embryon congelé lui semblait abstraite. Elle est repartie rassurée d’avoir pu poser des questions au biologiste.

Dans le cas d’une naissance issue d’un viol, la question des origines devient épineuse. Pourtant, selon Rosemonde Rossel, il faut absolument casser ce tabou: «L’enfant est une victime directe. Connaître les circonstances de la conception traumatisante pourra l’aider à comprendre ses propres réactions et les réactions de sa mère, comme le rejet, les difficultés d’attachement, la peur de l’abandon, voire une surprotection. Découvrir le secret par hasard peut être vécu comme une déflagration, car l’enfant jeune ou adulte doit à la fois encaisser l’information et le fait que les personnes qui sont le plus proches lui ont menti durant des années.»

L'éducation sexuelle commence déjà avec les expériences sensuelles que fait un bébé.

 

Interview

«Parlez du corps, de l’amour et de la sexualité dès le plus jeune âge»

Expliquer à un petit enfant d’où viennent les bébés ou à un ado comment utiliser correctement les contraceptifs: l’éducation sexuelle, c’est bien plus que ça!

Luise Treu

Sexopédagogue à la Fondation Santé bernoise

Luise Treu, à quel âge faut-il commencer à parler de sexualité?

Dans les moments où les thèmes du corps, de l’amour, de la tendresse, de la sexualité, mais aussi de la honte surgissent. L’éducation sexuelle est un processus ancré dans le quotidien familial. Chez les bébés, elle se fait par exemple lors du bain ou du change, lorsque l’on nomme les parties du corps. Au moment du coucher, lorsque l’on demande à l’enfant s’il veut un bisou. Lorsque les parents rencontrent des connaissances homosexuelles. Quand la maman ou le papa explique comment ils sont tombés amoureux. Mais elle peut également se faire lors de l’achat d’un smartphone – l’occasion pour les parents de parler de la pornographie avec leur enfant.

Comment répondre aux questions avec leurs mots?

Prenons un exemple: un petit de 4 ans aperçoit une femme enceinte et demande: «Comment le bébé arrive-t-il dans son ventre?» Les parents peuvent confirmer que la jeune femme a bien un bébé dans le ventre. Il n’y a pas besoin de tout expliquer en détail aux jeunes enfants. Ils prennent ce qui leur convient.

Que faire si les enfants ne posent aucune question?

Des livres, mais aussi des sites web pour les jeunes donnent des clés pour ouvrir la discussion tout en fournissant des infos utiles. Les enfants décident eux-mêmes ce qui les intéresse, de quelle manière ils veulent être renseignés et à qui poser leurs questions. Souvent, plus ils sont grands, moins ils posent de questions.

A quel moment va-t-on trop loin en matière d’éducation sexuelle?

Les parents vont trop loin, quand ils ne respectent pas les limites des enfants et des ados. Quand ceux-ci éprouvent de la honte ou expriment leur désintérêt pour les questions de la sexualité. Il est important que les parents tiennent compte de leur pudeur. Mais ils peuvent aussi laisser entendre qu’ils trouvent le sujet important et qu’ils en discuteront quand leur enfant sera prêt.

Comment bien éduquer son enfant à la sexualité et lui donner une perception positive de son corps?

Dès leur naissance, les bébés font des expériences sensuelles, par le contact physique et la tendresse. Ils sont curieux et explorent leur corps. Ils apprennent beaucoup des réactions de leurs parents, par exemple lorsqu’ils se touchent le pénis ou la vulve. Pour les aider à avoir un rapport positif à leur corps et à la sexualité, les parents peuvent nommer les sentiments de bien-être ressentis, sans aucune gêne. Si seules la contraception, les maladies et les violences sexuelles préoccupent les parents, la sexualité risque d’être perçue par l’enfant comme stressante ou dangereuse.

Beaucoup de jeunes de 12 ans ont déjà visionné des contenus pornographiques sur un smartphone. Internet sursexualise-t-il les ados?

Bien que les contenus à caractère sexuel soient en effet très répandus sur la Toile, on n’observe pas de phénomène de sursexualisation chez les jeunes. Pour la plupart, la sexualité s’inscrit dans une relation sérieuse. On sait que bien informés, ils sont davantage préparés au moment de leur premier rapport sexuel, qu’ils se protègent mieux contre la grossesse et les maladies. Parlez à votre enfant de la sexualité dans les médias dès qu’il surfe sur Internet. En principe, je conseille aux parents d’évoquer le corps, l’amour et la sexualité dès le plus jeune âge et de transmettre les valeurs importantes à leurs yeux.